C’est à l’occasion du Microsoft Showcase que Rare a – enfin – dévoilé le troisième opus d’une de ses franchises phares, Banjo et Kazooie. Très attendue par les joueur de tout poil, cette nouvelle itération du best-seller Nintendo 64 avait de quoi réjouir les fans de plate-forme, tragiquement sous-alimentés dernièrement. Autant être clair tout de suite, c’est la mal-nutrition qui les attend désormais.
Rare fait partie de ces développeurs cultes. Ayant porté à bout de bras la N64 de Nintendo (avec le géant japonais bien entendu), la firme anglaise s’est taillée une réputation énorme dans la milieu. Pourtant, depuis le rachat par Microsoft, Rare a déçu. Peu de jeux sont sortis de ses usines, et la qualité globale – plutôt correcte tout de même – n’avait plus grand chose à voir avec le luxe d’autrefois. C’est dire si l’envie de voir un nouveau Banjo et Kazooie se faisait pressante chez les fans. A l’occasion du Microsoft Showcase, la firme de Redmond a fait son petit E3 perso en dévoilant les grands jeux first-party qui égayeront les jours de la X360 dans ce deuxième semestre 2008. A côté des Ninja Gaiden 2, Gears of War 2, Viva Pinata 2, on trouvait un titre mettant en scène un ours et son acolyte volatile, dont le sous-titre ne parvenait à masquer l’ascendance. Oui, Banjo et Kazooie était de retour…
Prévu pour novembre, le titre de Rare s’est montré sous forme de vidéo. Les fans de plate-forme ayant déjà fait connaissance avec ce media (que je vous met en fin d’article) ont digéré la déception. Banjo 3 n’a plus grand chose à voir avec un titre de plate-forme de la belle époque (et le logo ne fait aucun mystère sur ce changement d’orientation). Le nouveau gameplay s’articule autour de véhicules. L’exploration d’un niveau par nos deux compères leur donnera l’occasion de récupérer diverses pièces métalliques, qui une fois rassemblées dans un garage dédié pourront constituer un véhicule. Tout le nerf du jeu tient donc dans l’utilisation de ces véhicules. Le joueur pourra définir quel type d’engin construire (volant, rapide, etc.) pour continuer plus avant la visite du niveau et afin de s’offrir de nouveaux éléments (hélice, canon, etc.) et de nouvelles pièces de puzzle l’équivalent des étoiles dans Mario). Bien que le résultat puisse s’avérer réussi au final, beaucoup de joueurs se montrent déjà sceptiques. Il faut dire que les jeux de plate-forme se font si rares que la désillusion est cruelle. Pourtant la réalisation est chatoyante, les niveaux ont vraiment l’air sympa, mais rien n’y fait…
Ceux qui ont lu notre article sur l’évolution d’un genre consacré au jeux de plate-forme sont avertis. Ce type de jeu voit son nombre diminuer d’années en années. Et aujourd’hui, on peut dire que le seul Mario (au travers, il est vrai, de l’excellentissime Mario Galaxy) concentre tout ce qu’il reste de ce genre de jeux. Les autres se sont noyés dans des diversification de gameplay, se sont fait phagocytés et assimilés par d’autres genres de jeux, si bien qu’ils représentent aujourd’hui – bon gré, mal gré – le futur. Alors la question qui nous anime désormais est de tenter de comprendre si Rare, conscient de la désaffection pour ce genre de jeu, a sciemment éloigné son rejeton de cette structure (dont les deux premiers opus représentaient des modèles du genre, mais lorgnant – déjà – parfois avec le jeu d’aventure / exploration). Ou bien si ce constant n’est que la résultante d’une pression exercée par Microsoft pour offrir à sa Xbox 360 un jeu au contenu participatif, avec possibilités online à la clé. Dur à dire, même si la deuxième solution ne me parait pas si aberrante, tant le cahier des charges de la firme à Billou est friand de ce type de produit à la mode (citons également Spore, Little Big Planet, le nouveau projet de David Perry pour comprendre l’engouement du moment envers ce type de jeu mettant l’utilisateur au centre du gameplay en l’incitant à donner de la matière au jeu, à le créer, puis à le partager). Et puis, un jeu de plate-forme offre beaucoup moins de possibilités de jeu multi qu’un soft basé sur l’utilisation de véhicule (course poursuite, arènes à la Destruction Derby, etc.). Alors tant pis pour les vrais fans de plate-forme (et donc tant pis pour nous).
