L’article d’aujourd’hui se consacre à la sérialisation de nos jeux. Sous ce terme se cache la nouvelle tendance des éditeurs et développeurs à produire des titres dont le contenu est capable de s’étendre sur plusieurs suites, un peu à la manière des séries télé, et dont chaque « épisode » amène à la « consommation » du suivant, Nous ne traiterons donc pas uniquement des contenus téléchargeables épisodiques, qui ont ouvert la voie au phénomène, car les plus gros blockbusters semblent à leur tour suivre le même chemin.
Le développement de suites est un lieu commun dans le milieu du jeux vidéo. Ainsi, certaines sagas se sont pliées au rythme de sortie annuel. Au premier rang, on trouve les jeux de sports, qui profitent de l’actualisation des divers effectifs pour sortir leur itération. La guéguerre FIFA / PES est un exemple frappant de ce phénomène, mais il ne faut pas occulter les NBA Live / 2K, Tiger Woods, Madden, Skate et consort. De la même manière, les jeux musicaux ont suivi la même règle, chaque automne marquant la sortie d’un nouveau Rock Band ou Guitar Hero. Ici, EA et Activison ont poussé le bouchon au maximum, histoire d’assurer des stand-alone trimestriels, pour maintenir l’intérêt (mais nous y reviendrons vendredi). Plus étonnant, des softs moins attendus ont aussi pris ce pari. Left 4 Dead 2 a d’ailleurs provoqué une grosse polémique, les joueurs se sentant lésés par le comportement de Valve, il est vrai peut habitué à ce genre d’entourloupes. Sur Nintendo DS, on retrouve depuis deux ans maintenant l’excellente série des Professeur Layton, qui devrait perdurer encore quelques cycles de plus (2 épisodes sont en attente de traduction).
Dans un autre domaine, le plus évident lorsqu’on parle de sérialisation, les jeux téléchargeables ont vite adopté ce mode de fonctionnement. Telltale Games s’en est même fait une spécialité via les liences Sam and Max, Monkey Island ou Wallace et Gromit. Voilà comment aborder de manière intelligente l’édition de jeux via les canaux dématérialisés (Steam, XBLA, PSN ou WiiWare). Le concept est aujourd’hui mature, mais pas nouveau. On se rappelle que David Cage avait pensé son Fahrenheit pour être distribué de la sorte. Les autres grands de l’industrie observent attentivement le phénomène. Soulignons l’idée ingénieuse soumise par Peter Molyneux : ce dernier a découpé son Fable 2 en plusieurs chapitres, chacun dispo indépendamment sur le XBLA, et dont le tout premier est gratuit ! Une très bonne manière d’amener en douceur les joueurs vers un titre en particulier, mais surtout, vers ce mode de consommation.
Le phénomène le plus intéressant dans cette sérialisation concerne le découpage d’un même univers, voire d’une même intrigue. Rockstar a dégainé le premier avec ses contenus additionnels pour GTA IV, deux vraies expériences probantes, offrant une vision d’un même univers au travers de prismes différents. De plus, maintenant que le développement sur next-gen est arrivé à maturité, les grosses boites sont capables de proposer la suite d’un blockbuster en deux ans. On voit ainsi apparaître des phénomènes plutôt cantonnés aux séries télé, voire au manga (deux formats de publication continus et sur le long terme) avec l’apparition de cliffhanger ou du fan service. Ceux qui ont pu bouclé Assassin’s Creed II voient de quoi je parle. On nous laisse en plan, à la fin d’un chapitre, avec mille questions en tête. L’expérience en elle-même est terminée (l’histoire d’Ezio se voit conclut) mais on sait que des réponses (et de nouvelles questions !) nous seront offertes dans deux ans. Pour Call of Duty, on a pu constater des pont évidents entre les deux Modern Warfare, l’apparition de persos du précédent opus ayant été traités comme des évènements majeurs de la progression. De quoi titiller le joueur et sa fibre nostalgique.
Le développement de jeux ambitieux demande énormément de ressources. De ce fait, il n’est plus étonnant de voir les créateurs capitaliser sur un univers, forcément rendu familier au gamer, et jouer sur la corde de la fidélisation afin de s’assurer des ventes futures.




