Devenir professionnel dans le milieu du jeu vidéo : apprendre le game design

A l’occasion des journées Portes Ouvertes de Sup Info, le 14 mars dernier, j’ai pu avoir le loisir de me rendre sur place. Comme beaucoup d’autres joueurs, et au delà du simple fait de jouer, je témoigne un intérêt certain pour l’industrie du jeu. Et comme j’y reviendrai, le jeu vidéo est aussi un marché, par ailleurs particulièrement florissant en ce début de 21e siècle.

Présentation de SupInfo

A ma grande surprise, Sup Info existe depuis un bon moment : 1965. Suite à sa reprise en 1999, diverses antennes naquirent ça et là en France et dans les DOM-TOM. La branche qui nous intéresse, SupInfoGame, a été créée en 2001. A l’issu d’une promo « test », la formation débute dès 2002, offrant ainsi aux étudiants français la possibilité de se former aux métier du jeu vidéo. Le game design et la gestion de production furent alors pressentis pour rassembler l’ensemble des connaissances nécessaires à l’intégration en entreprise.

Discussion avec élève de fin de cycle

Au détour d’un halle, certains des projets de fin de cycle étaient présentés aux visiteurs. Mes compagnons et moi avons ainsi eu l’occasion de poser les yeux sur une magnifique créature, devant laquelle nous ne pouvions que trépigner d’impatience à l’idée d’en savoir plus, de mieux la connaître. Celle-ci se prénommait Adrenaline Rush et nous a été expliqué par une élève non moins charmante, que nous prénommerons par son pseudo, Sylfriiz. Sylfriiz a su se montrer pertinente devant le torrent de questions qui l’ont inondée. Elle nous expliqua ainsi la conception d’un projet, le fait qu’il fallait dès la création d’un projet de jeu préciser son support, sa cible et en expliquer l’essence à travers une phrase. Le prototype de Adrenaline Rush tournait pour le moment en version beta, sur PC, mais il était déjà possible d’utiliser l’accessoire phare de la Wii : la Wii Board. Assez vite, il nous a été facile de déceler la présence de traces d’Unreal Tournament, notamment lors des chargements, et en y regardant de plus près, même dans l’hoverboard utilisé par le personnage principal. En effet, comme le précise le site web du jeu, le jeu a été réalisé avec l’Unreal Engine 3. Sylfriiz nous expliquera par la suite que le choix du Wii Board et du moteur du jeu ont été totalement libres, et à l’unique initiative des créateurs du projet. Par la suite, elle appuiera le fait que tous les projets personnels sont bons à prendre, les élèves de ces cursus ne devront donc pas hésiter à prendre des initiatives.
Pour ma part, plongé dans une perplexité des plus prolongées (et systématiquement doublé dans mon questionnement par un être particulièrement singulier), je m’attelai à imaginer les questions les plus pertinentes que mon esprit troublé pusse trouver. Ainsi, je demandai à Sylfriiz si elle jouait, et à quoi. Car c’est important, quand même. Étant issu d’une formation portée sur le cinéma d’animation, elle avoua n’avoir vraiment joué que tardivement. Pourtant, à ce moment précis, de grands noms sortirent de sa bouche : Heart of Darkness, ICO, Shadow of Colossus. Que diantre, découvrir le jeu tardivement pour commencer par ça ! Êtes-vous déjà mariée, mademoiselle ?

Présentation des formations

A l’occasion d’une conférence, c’est Didier Quentin, le directeur des étude, qui a pris soin de nous éclairer sur les différents cursus. On y apprend ainsi qu’il y a deux filières disponibles : Game Design et Gestion de Production (disponible en cycle préparatoire et supérieur) ou Game Design et Infographie (disponible pour l’heure uniquement en cycle supérieur). Cette dernière est la petite nouvelle et si tout se déroule bien, un cycle préparatoire sera disponible dès octobre 2010. Chacune des catégories ouvrent ensuite sur des métiers variés : le game design ouvre aux postes de game designer et level designer. Le game design est par ailleurs souvent lieu d’une mauvaise compréhension, à laquelle je m’étais joint jusque là : il ne s’agit pas de faire du design, mais de la conception. Pour illustrer cela, Didier Quentin nous explique qu’il s’agit de « capter l’intention du joueur », de mettre au point « une courbe d’apprentissage », « une gestion de la difficulté » et « un système de récompense ». En clair, il s’agit d’aborder tout l’aspect ludique et toutes les mécaniques de jeu pas forcément visibles par le joueur. La gestion de production, quant à elle, forme de futurs chefs de projet ou assistants de production. Enfin, le cycle Infographie se destine avant tout aux graphistes et aux dessinateurs. Leur sera ainsi proposé, à l’issu de la formation, de devenir infographiste, animateur ou bien encore character designer. Ce dernier ne touchera d’ailleurs que rarement un ordinateur, étant le plus souvent attelé à la réalisation des ébauches et des artworks des personnages.

Chacune des deux filières n’est disponible que sur concours. Celui-ci se déroule sur une journée complète. Au cours de cette journée, se poseront aux postulants un test de culture générale (un QCM), un test de culture ludique (ne questionnant pas seulement sur les jeux vidéo), un test de créativité, à partir d’un sujet donné, ainsi qu’une dernière épreuve, sous la forme d’une analyse de contenu de jeu pour les élèves postulant en Game Design et Gestion de Production, ou sous la forme d’un dessin pour ceux postulant en Game Design et Infographie. Un oral d’une vingtaine de minutes sera également à prévoir, au cours duquel l’élève sera amené à motiver sa candidature et présenter certains projets personnels, si tel est le cas, sachant que ces derniers accroitront considérablement vos chances d’être pris. Il sera ainsi conseillé de joindre à votre dossier de candidature une partie de vos expériences personnelles, celles-ci pouvant prendre des formes très diverses comme un jeu, une réalisation de groupe, un écrit, ou bien même une association. La politique du centre étant de ne pas avoir de carcan, et d’être ouvert à tous candidats.

En fin de conférence, un trailer d’un projet récompensé nous fut diffusé. Celui de Alice en pièces (récompensé à l’IMAGINA 2009) se refusant à nous (le site officiel en fait actuellement de même), on nous présenta celui de Yéti (dont le site officiel, yeteam.com, semble avoir été tout aussi éphémère). Ce dernier propose d’incarner un yéti, donc, et de nouer des liens sociaux à travers différentes actions. Ces actions sont réalisées à l’aide d’un tapis, lequel, apprend-t-on de la bouche de Didier Quentin, fut produit en deux exemplaires par Domyos, la marque appartenant au groupe Decathlon. A ce propos, nous apprîmes la volonté de Decathlon de se développer sur le marché du sport ludique. Inspirés par le carton de Wii Fit ? Sans aucun doute.

Question chiffres, sur les 130 personnes postulant en cycle préparatoire (actuellement uniquement disponible dans la filière Gestion de Production, pour rappel), 17 environ seront sélectionnées. Et des 50 à 70 personnes postulant en cycle supérieur, de 8 à 10 seront prises, 17 places étant pour ainsi dire réservées au préalable aux étudiants du cycle préparatoire, portant le nombre d’étudiants en cycle supérieur au nombre de 25-27. Question gros chiffres, il faut bien comprendre que la formation ne s’adresse pas à tous : les coûts d’une année de formation s’élèvent à environ 6800€ pour le cycle supérieur et 5800€ pour le cycle préparatoire.

Les alternatives

ENJMIN :
Cet organisme s’adresse aux personnes déjà diplômées, puisqu’elle n’est disponible qu’un bac +3 en poche. Contrairement à SupInfo, qui est un organisme privé, l’ENJMIN a un statut universitaire. Fort de cela, l’année de formation ne coûtera que environ 450€ aux plus motivés. A l’issu des deux années de formation initiale, qui s’adresse aux étudiants, un Master est délivré dans une 6 spécialités : Game Design, Conception visuelle, Conception Sonore, Programmation, Ergonomie, Chef de Projet. Le site nous apprend par ailleurs que le cursus peut-être complété par une troisième année de projet personnel. Une formation continue est également disponible aux salariés ou aux demandeurs d’emploi possédant au minimum un bac +3. Celle-ci peut se faire en différentes occasions, et vous coutera la modique somme de 5000€ dans les cas ou elle n’est pas prise en charge par l’entreprise.

O3D :
Beaucoup plus récent que ses deux compères, O3D Game dispose de deux filières 3D et Programmation. Chacun de ces deux filières admettent les élèves possédant un bac et se découpent en trois années de formation (bien que le cycle 3D propose également une année préparatoire en sus). Les sélections se font via un test et un entretien de motivation. Dans certains cas, il faudra également prévoir la présentation de ses travaux personnels via une soutenance dédiée. Les personnes déjà diplômées n’auront pas la possibilité de faire un cycle 3D sans passer par la première année, tandis qu’ils pourront directement rejoindre la deuxième des trois années de programmation via un test d’entrée supplémentaire. Au sujet des tarifs, il faudra prévoir entre 5000 et 6400€ par an. Le financement pouvant être partiellement ou totalement pris en charge en fonction de votre provenance. Pour retrouver ces informations et faire une demande de documentation, rendez-vous sur le site en section « Infos pratiques ».

Chacun de ces organismes disposent d’accords avec des entreprises françaises. Par exemple, dans le cas de SupInfoGame, aucun professeur n’est résidant, et tous sont des consultants issus du milieu professionnel. J’ai notamment eu l’immense privilège d’être à quelques pas de David Téné, qui est professeur sur l’histoire du jeu vidéo à SupInfo, et qui était présent lors de la conférence. Par ailleurs, il arrive quelques fois qu’à l’issu d’un stage un étudiant reste dans l’entreprise, alors que les autres étudiants auront entre 85 et 90% de chance de trouver un job au sortir de la formation. Ce qu’il faut retenir, c’est que cela n’est pas systématique, mais que le marché du jeu vidéo français, tout comme le marché international, est en développement, et qu’il y a de fortes chances de trouver un emploi. C’est entre autres ce que nous révèle Christophe de Larouhe, ancien élève de SupInfoGame, qui précise bien ne pas avoir été exempt de démarches mais avoir trouvé assez rapidement. Nous retrouverons d’ailleurs Christophe dans une seconde partie dédiée à son interview.

Il est important de garder à l’esprit que ces formations ne s’adressent pas uniquement aux passionnés de jeu vidéo, et que ces derniers gagneront à se présenter avec d’autres bagages, tels qu’une culture générale suffisante et des bases bien établies en anglais. Il s’agit aussi et surtout d’aborder le jeu vidéo en tant que création, en tant que marché, et il s’agira d’être toujours ouvert aux tendances et aux joueurs pour réaliser un projet de manière efficace.

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