La conférence tenue aujourd’hui par Square Enix a été riche d’enseignements concernant le futur de sa licence phare : Final Fantasy. Au rang des annonces chocs faites par l’éditeur japonais, notons la mise en chantier d’une suite à FF XIII, baptisée astucieusement FF XIII-2, à la manière de ce qu’a connu FF X, l’absence de date de sortie pour FF Versus XIII, ainsi que le changement de nom de FF Agito XIII en FF Type-0. Tout ce qui va suivre concerne une analyse de la direction prise par la franchise et sa gestion et il ne s’agit pas de juger par avance de la qualité des jeux.
Lors de son annonce, il y a déjà presque 5 ans, le projet Fabula Nova Crystallis devait englober une constellation de titres, partageant une même mythologie. Lors de l’E3 où ce projet avait été dévoilé, trois jeux avaient été mis en avant : FF XIII, FF Versus XIII et FF Agito XIII. Pourtant, on sentait les développeurs prompt à enrichir cette collection et d’autres noms, officieux, n’ont pas tardé à circuler (FF Haeresis XIII notamment). Qu’on n’apprécie, ou pas, la tournure prise par les FF récents, il est toujours agréable de voir un éditeur faire montrer d’ambition en dévoilant des développements simultanées, ancrés dans un projet commun, gage d’une cohérence bienvenue. Pourtant, tout ne semble pas s’être passé comme prévu.
Le premier soucis est venu de la difficulté des équipes de Square à dompter le hardware des consoles next-gen Xbox 360 et PS3. Résultat : il a fallut patienter plus de 4 ans entre l’annonce de FF XIII et sa sortie. La suite, tout le monde la connait : le titre a dérouté, par ses choix drastiques (linéaire, pas de village, nombreuses cinématiques) mais a enchanté autant de joueurs qu’il n’en a déçu. En soit, la sortie d’un FF XIII-2 peut se comprendre, d’un point technologique. La mise au point des outils de développement et la création d’un moteur graphique performant sur next-gen appelaient à une suite, plus « facile » à mettre en œuvre, et surtout nécessitant moins de travail (je parle ici de la longueur du développement, je suis pas en train de dire que créer un FF est facile). En réutilisant des personnages, des intrigues et des lieux pré-existants, Square s’affranchit d’un nouveau développement marathon (même si une date de sortie, fixée à 2011, pourrait trahir les faibles ambitions de cette suite). D’ailleurs Nomura avait déclaré qu’il attendait la sortie de FF XIII pour récupérer de la main d’œuvre pour bosser sur Versus XIII, un projet qui a pris énormément de retard. Espérons que l’absence de date de sortie n’occule pas les évidents progrès montrés dans la vidéo de présentation (enfin du gameplay, plutôt péchu pour ne rien cacher).
Le cas de Agito est plus perturbant. On peut imaginer, si on est un tantinet optimiste, que Square a choisi d’annoncer le développement de sa mythologie Fabula Nova Crystallis avec une idée très précise derrière la tête. Trois titres connectés, reliés entre eux. Dire aujourd’hui que Agito s’est « trop éloigné » de FF XIII et ne peut en garder le nom, se voyant maintenant affublé du sobriquet de Type-0, paraît peu sérieux. Évidemment, le développement de ce projet, initialement amorcé sur téléphone portable, pour finir sur PSP et 2 UMD (!), montre que les ambitions de l’équipe aux commandes ont grimpé en flèche. Cela suffit-il à remettre en cause le « lien » avec FF XIII ? Apparemment oui. Peut-être, si on est plus mauvaise langue, que Square s’est rendu compte que l’accueil tiède réservé à son FF XIII sonnait en fait le glas de cette Fabula Nova Crystallis, ne souhaitant pas que cette « mauvais pub » contamine ses projets. Une manière aussi d’ouvrir la voie à une “nouvelle nouvelle” saga ? Une branche supplémentaire, à la manière de Crystal Chronicles, (si on s’en tiens aux noms de domaine Type-1, 2 ou 3 déjà réservés : pour rattraper les pots cassés après un FF XIII discuté, ou simplement un héritage du développement épisodique envisagé sur téléphone mobile) ? Et si toute l’ambition du projet FNC n’avait en fait été réduite à peau de chagrin en raison de la mauvaise appréhension de la tâche par les dirigeants aux commandes (incluant de fait un développement forcément chaotique) ? Un géant incapable d’avoir une vision à long terme ?
La conférence d’aujourd’hui n’a pas rassuré sur la gestion de Square Enix et le futur de la licence Final Fantasy. Quand on comprend que des impératifs matériels ont raison d’une ambition éditoriale et artistique, on se dit que c’est tout de même un peu dommage. A confirmer, ou infirmer dans quelques mois.



