Si vous êtes un lecteur de Console Syndrome, c’est que vous aimez fatalement la presse papier, ou du moins que vous êtes au fait de son évolution. Sujet très cher à notre cœur, la crise qu’encourt le milieu de la presse spécialisée nous touche énormément. Depuis peu, une nouvelle sorte de magazine s’installe sur nos consoles et plus précisément sur le Xbox Live et le Playstation Network. Le 8 d’avril dernier, le groupe Future Publishing a lancé le pendant européen du mensuel américain Oore : un magazine uniquement disponible sur PSN.
Le webzine est un peu l’eldorado de tous. Tirant parti du meilleur des deux mondes (le papier et le web), il serait pratique, lisible, interactif, réactif à l’information, moderne, proposant du contenu vidéo et surtout gratuit, en un mot : parfait. Baptisé Fisrt Play, l’inédit “psnzine” hebdomadaire de Future répond t-il aux critères d’excellences que nous venons d’énoncer (rappelons que Future est la maison d’édition anglaise qui, en rachetant à tour de bras les licences de mags français (Joypad, Consoles +, etc.) , a fait de notre paysage de presse, un marché oligopolistique) ?
Se présentant comme une émission de télé HD, vous trouverez chaque semaine sur le PSN UK, des news, tests, vidéos et d’autres joyeusetés très classiques rédigées par l’équipe du mag officiel Sony anglais. Future serait-il tombé sur la tête en ne proposant rien de mieux que le web, mais payant ? Car oui, j’ai omis de vous dire que First Play n’est pas gratuit. 0,99£ l’épisode ou 8,99£ au trimestre, sont les prix qu’il vous faudra débourser pour visionner l’émission. La plus-value, que vous offrira First Play contre ces quelques deniers ne sera évidemment pas les tests et autres vidéos en HD, mais bel et bien des DLC exclusifs pour vos jeux. Moins sympa, il faut savoir que l’émission est sponsorisée. Jolie mot pour dire qu’il y a de la publicité. En tout, 6 spots de 30 secondes maximum, viendront couper le magazine. Et il ne vous sera autorisé de les zapper qu’au second visionnage.
Est-ce que la question de la liberté de la presse se pose obligatoirement ? Non, pas plus que pour les magazines officiels des constructeurs (en France, Future possède les officiels Sony et Nintendo). Quoique, il existe une différence dans le cas de First Play. Le magazine est hébergé par Sony, et non pas édité par. Le poids du constructeur est donc énorme. Il est facile de dire que les journalistes, dans ce contexte, ne sont pas libres. Mais changeons de situation, est-ce que vous seriez près à dire ouvertement du mal d’un ami qui vous héberge ? Que le pain qu’il vous offre n’est pas bon et que le lit qu’il vous prête n’est pas confortable ? La métaphore est capilotractée, mais illustre en gros le rapport de force. Plus proche de nous, prenons Console Syndrome comme exemple. A ce jour, nous sommes partenaires de Rue du Commerce. Ce dernier nous aide pour la communication et nous propose un soutien matériel (les jeux concours). Mais à l’époque de La Page Jeux Vidéo, nous étions édités par Alapage. Liés par un contrat, nous avions rajouté le droit d’appliquer la ligne éditoriale que nous voulions. Alapage a accepté cette clause, car nous ne représentions pas un obstacle à la vente, notre rôle était uniquement accès sur l’image de marque. Nous n’étions pas hébergés sur le site de vente et nos textes ne figuraient pas directement sur les fiches produit des jeux. Être édité et hébergé représente une subtilité qui, si on n’y prête pas attention, peut se transformer en vraie différence. Et de taille, car le contenu rédactionnel sera fatalement vicié.
Mais la différence qui m’a vraiment sauté aux yeux, c’est le lieu de consommation du produit (et cela rejoint mon premier point). On lit un magazine chez soi, dans ses toilettes, dans son lit, mais pas devant un rayon de jeux vidéo. Avec First Play, on nous propose des critiques alors que nous sommes déjà sur le lieu de vente des jeux: le PSN. C’est un peu comme si on vous disait que les tests du magazine Micromania, ou que les textes de présentation, derrière les boîtes de jeu, étaient écris par des journalistes libres de dire ce qu’ils veulent du titre en question. Ces comparaisons vous paraissent stupides, c’est bien le problème. L’inconscient collectif reconnaît à présent ces deux sources d’information comme biaisées et non critiques. First Play se présente différemment (ils ne sont pas bêtes) mais entre dans la même catégorie. Cette proximité entre le lieu de vente et de consommation est essentiel pour préservé une certaine liberté d’expression.
Mais qu’en est-il dans les faits ? Sobre et classe, First Play se pose là comme le fier petit frère en mouvement de EDGE. La réalisation est dynamique et les vidéos sont bien montées. Pas étonnant, venant d’un groupe aussi carré que Future (d’autant plus que le mag est sous couvert de Sony). Rien à redire, c’est excellent côté technique, et côté contenu, c’est du très classique : news, tests, chroniques. Le mag est découpé en quatre rubriques que vous pourrez consulter dans l’ordre souhaité. C’est ni bon, ni mauvais, seul l’irrépressible sentiment d’être pris pour un pigeon m’a dérangé, quand j’ai vu que chaque conclusion étaient doucement orientées vers le « mais si, achète, c’est bien ». Vous pourrez bientôt juger par vous-même, car Sony a annoncé l’exportation de son concept dans plusieurs pays d’Europe (sans plus de précisions).
Sortir de la crise, faire de l’argent, First Play va sans aucun doute y parvenir. Les publicités vont affluer vers ce nouveau support qui oblige le spectateur à regarder les réclames (pour info, les pub au cinéma sont les plus chères, car on est inéluctablement cloué au siège pour regarder les spots publicitaires). Je serais donc plutôt optimiste concernant le futurs succès de First Play. Effectivement, si on regarde les chiffres de vente des mag papier, les officiels se placent toujours très bien. Le CD « offert » et son prix exorbitant, n’ont jamais arrêté les lecteurs de Sony magazine. Dommage que le mastodonte Future n’est pas eu le cran de révolutionner le média (grâce à ses finances) plutôt que de faire du web payant. Un comble qui va sans aucun doute se transformer en succès grand public.
Pour pouvez regarder un aperçu de Fisrt Play sur le site officiel.
Pour finir, si vous voulez avoir un aperçu de ce que pourrait être le futur de la presse en mouvement, filez jeter un œil sur le site de l’ancien magazine américain EGM. Ce dernier propose de consulter le dernier numéro de Electronic Gaming Monthly (jamais paru en kiosque) façon lecture interactive. Musique, vidéo, offre couplée au mag papier, ce webzine là, offre théoriquement de bons atouts pour la conquête de ce nouveau marché. Néanmoins, on sens le manque d’expérience (pour ce support). Si côté technique c’est pas folichons (temps de chargement longs et maquette ordinaire), c’est plus le parti pris rédactionnel qui me chagrine. Georges « Jay » Grouard avait tenté le coup du webzine sur Gameweb.fr et il se heurta aussi à la question du texte. Car qui dit magazine, dit forcement texte plus consistant que sur le web. Problème, avec un webzine, l’écran est toujours le support de lecture. La solution est donc d’avoir une ligne éditoriale basée sur des textes courts mais allant à l’essentiel. Un choix logique, diront certains, mais qui ne me sied gère.



