Jeu Parfait – vol. 4 : la durée de vie

Med : Petit à petit notre rubrique fait son nid : après le visu et l’auditif nous allons attaquer un point qui n’a pas attrait à l’un de nos sens : la durée de vie. Plus qu’un élément important, la longévité d’un jeu est la caractéristique qui fera passer un studio de développement pour un voleur, alors qu’il pourrait être traité de génie, si cette dernière avait été peaufinée. Avant de laisser la place à Kreu et CouCou pour deux avis très personnels (et volontairement un peu caricaturaux) concernant la place à donner à la durée de vie, je vais d’abord vous exposer le pourquoi du comment. La durée de vie est le temps passé sur un jeu, mais pas seulement. Plusieurs facteurs entrent en compte pour déterminer combien de temps nous allons être sous assuétude. Le premier est la courbe de difficulté ; de facto celle-ci doit être parfaite. Le jeu doit être ni trop dur, ni trop simple, sans quoi il sera d’une incohérence absolue. Le second facteur est la replay value, ou rejouabilité in french. Fut un temps où l’on se contentait d’un “You are the best, tu as fini le jeu”, et, avec un peu de chance, nous avions droit à une jolie scène de fin pour nous récompenser de tant de labeur. Terminare, de nos jours le joueur veut des bonus à débloquer, des fins alternatives, des objets à trouver après avoir conclu la trame principale, etc. Un vrai replay value en somme. Mais l’ajout de ces secrets et autres extras ne doit pas se faire au détriment du volume de jeu en lui-même. Il n’y a rien de plus frustrant que de terminer un bon jeu en quelques jours, et de n’avoir que deux, trois cheats pour se consoler (Kreu vous en dira plus sur un certain TR Legend). L’autre caractéristique qui peut rentrer en ligne de compte est le mode multi. Et là, (pour certains softs) c’est la panacée universelle, le remède pour toutes les soirées. Le multi-joueurs est indispensable à tout jeu de compétition, et il l’est même si l’arrivée du Live est un bon palliatif au fait d’avoir des amis physiques. Ainsi, cette option vous donnera l’illusion d’être sociable, tout en restant chez soi. Néanmoins certaines productions (tous genres confondus) arrivent à tirer leur épingle du jeu en ajoutant un mode multi optimisé et qui rallonge, par la même, la durée de vie. Voilà en substance en quoi elle pourrait être décrite. Maintenant je vais laisser la place à Kreu pour un avis plus en faveur des jeux longs.

Kreu  : Y a-t-il plus grand plaisir que de se plonger dans une aventure corps et âme ? Voir les protagonistes évoluer au fil du scénario, leurs caractères s’étoffer, découvrir leurs faiblesses, leurs défauts et autres qualités… Bref vivre un jeu vidéo dans sa longueur est une chose magnifique. Prenez un Cloud détruit. Le voir se forger un avenir dans un monde sans pitié. Ou encore aider le roi Throde dans ça quête pour retrouver forme humaine dans un Dragon Quest VIII battant des records de longévité. De plus que dire des jeux multi ou jouables à plusieurs via internet ? Je ne me lasserai jamais d’une bonne série de match sur PES jusqu’à deux heures du matin ! Et ce pendant un an, soit jusqu’à la sortie de l’épisode suivant. Rendez-vous compte de l’aspect financièrement attractif de la chose (pardon mais l’argent gouverne le monde et la question devait être abordée) ! Pour 60 euro avec un Dragon Quest, vous avez plus de 80 heures de jeu disponibles à gérer comme vous le souhaitez, et que pour un PES (maintenant aux alentours de 20 euro en Platinium) vous en avez pour plus d’un an de bonheur assuré ! Surtout que sur ce genre de jeu, on peut se permettre de ne jouer que quelques minutes par jour. On peut aisément se contenter d’une demi à une heure de jeu quotidienne. Vous vous laisserez emporter de temps à autre, je vous l’accorde. Mais croyez-moi sur parole, ce laps de temps, même s’il est réduit, suffira à vous évader et vous sortir de votre train-train quotidien (Expliquez-moi l’intérêt d’aller payer 70 euro pour un Tomb Raider Legend et ses 7 heures de jeu !). Ce système est d’ailleurs actuellement très en vogue, notamment grâce à des jeux tel que Animal Crossing (qui entre nous est un jeu adulé par mon détracteur du jour Coucou…). Ce genre de jeu dispose d’une durée de vie quasiment infinie, et vous n’avez pas à vous y pencher pendant 24 heures d’affilées, vous laissant ainsi la possibilité de vivre en dehors de votre DS. Je laisse cependant la parole à mon collègue qui vous vantera les mérites d’une société de consommation outrancière, car il préfère la vilenie des faiseurs d’argent facile à l’œuvre artistique de quelques irréductibles.

CouCou : Mon avis diffère sensiblement de mon camarade étant donné que je suis friand de jeux plutôt courts. En effet rien de tel que des titres comme King Kong, Tomb Raider ou MGS1 pour accompagner le joueur lors d’une semaine difficile. En effet, vu la vie que nous menons, au travers de la fac, du boulot ou autres obligations, ces titres permettent de prendre du plaisir, d’en voir le bout rapidement et de rester dans le trip malgré nos emplois du temps chargés. Car, pour moi, se taper un jeu de trente ou quarante heures représenterait un découpage dans le temps trop important (hormis vacances scolaires ou jeu d’exception) qui ferait perdre de son charme à l’œuvre. Vous vous imaginez jouer à Kingdom Hearts II, alors qu’à chaque partie vous avez oublié les enjeux dramatiques et le fil de l’histoire ? En fait, plus que le débat concernant la longueur d’un jeu, c’est véritablement la question en elle-même qui me pose problème. Je suis de ceux pour qui la durée de vie n’entre pas en ligne de mire au moment où l’on détermine si un jeu est bon ou pas. Bien sûr, les plus terre-à-terre me rétorqueront – avec raison – que le prix de vente entre en compte et qu’acheter un jeu court à 60 euros peut refroidir l’utilisateur sur son verdict final. Ok, mais je pense qu’il est plus judicieux de prendre un jeu comme une expérience globale. L’intensité de l’action, l’histoire, les rebondissements et le rythme étant calibrés pour une certaine période au-delà de laquelle ils perdraient toute leur substance. Qui aurait pu imaginer la durée de vie de King Kong à vingt heures ? A ce propos, le dernier Onimusha – un bon jeu au demeurant – voit son intérêt s’étioler au fil du temps. Au bout de quinze heures, on joue plus par habitude et pour voir la fin que par réelle passion. Un jeu bon peut être court si l’utilisateur accepte l’œuvre dans son ensemble et que l’expérience est (bien sûr) à la hauteur. Et bien sûr, nous ne pouvons que nous réjouir si un jeu excellent est long et qu’il parvient à maintenir un intérêt constant tout le long de son aventure. Tout est une question d’équilibre.

Dans cette chronique du “Jeu Parfait”, nous idéalisons une donnée précise, qui constituerait une partie du soft ultime. Problème, nous venons de voir que la durée de vie ne peut être perçue précisément, car elle est propre à chacun. Aucun joueur n’aura les mêmes attentes d’un jeu (en terme de durée de vie), qu’un autre. De plus chaque genre de jeu aura son idéal de longévité. Nous avons plus ou moins cerné le sujet et les deux tendances qui se détachent. Maintenant à vous de voir quel est votre camp.