Jeu Vidéo, média culturel conventionnel ?

Comme vous pouvez le constater depuis quelques temps dans nos lignes, l’évolution du marché du jeu vidéo nous tient à cœur, que ce soit sur le plan économique, culturel ou ludique. En effet, ce média reste un jeu, un loisir, un divertissement avant tout. Cependant, j’avais envie de vous soumettre une réflexion sur ce média d’apparence conventionnelle qui pourrait avoir bien du mal à suivre les traces de ses prédécesseurs que sont la musique ou le cinéma.

Aujourd’hui c’est un fait, le jeu vidéo a supplanté le cinéma sur le plan économique. C’est même connu comme la nouvelle vantardise de certains peut-être. S’il fût un temps où jouer aux jeux vidéo apparaissait comme une tare aux yeux de certains, « un truc pour geek » finalement, aujourd’hui c’est terminé, le jeu vidéo c’est “in”. Là où le marché se diversifie, visant désormais la totalité des tranches d’âge, c’est le jeu vidéo lui-même qui se segmente à son tour, se vulgarise et se spécialise. A l’image de ses prédécesseurs, il tend depuis la génération PlayStation 2 vers le grand spectacle, le blockbuster avec notamment une série comme God Of War, une réussite à tous les niveaux. On en prend plein la gueule dans une débauche visuelle et on savoure le gameplay instinctif et nerveux, le parfait défouloir en somme et tout ça sur une petite galette. Dans le même genre mais sans cette réussite, on verra des jeux comme Haze, sans doute trop prometteurs et qui déçoivent lourdement par leur manque de nouveautés. En fait, sur ce marché grand spectacle, il y a peu de place pour les élus tant il est dur de se démarquer sur tout ce qui fait le genre, à savoir le visuel et les nouveautés de gameplay. Car c’est là que se trouve la faille du jeu vidéo par rapport à ses aînés, ce dernier n’est absolument jamais figé et se rapproche plus du cinéma d’animation que du cinéma traditionnel. Les contraintes sont bien plus grandes et l’engagement financier beaucoup plus risqué. Bien que très ressemblant avec le grand écran, nous comparons un peu trop facilement le marché DVD avec celui dit vidéoludique. Bien que tous les joueurs ne soient pas toujours aussi exigeants, c’est pourtant vrai que les critiques se ressemblent parfois, les spécificités ludiques en plus.

Mais si la tendance au grand spectacle s’est confirmée avec la génération suivante, tout du moins chez Sony et Microsoft, qu’en est-il des autres joueurs ? Car on le sait bien, les blockbusters qui tachent ne nourrissent pas tout le monde et quand on est dans le culturel et encore plus dans le divertissement il en faut pour tous. Aujourd’hui c’est Nintendo qui mène le bal du public familial dans la lignée des programmes de télévision. Ces derniers finissent d’ailleurs souvent adaptés avec des jeux télévisés comme Koh-Lanta, A prendre ou a laisser ou Qui veut gagner des millions pour ne citer qu’eux. Leur qualité est souvent médiocre et leur conception rapide parce que là, le public est souvent moins exigeant et utilisera le produit occasionnellement dans le seul but de passer le temps. C’est l’occasion de miser sur le multijoueur, les fonctionnalités originales comme le podomètre de Mon coach personnel chez Ubisoft pour varier les plaisirs et miser sur plus que du jeu vidéo, miser sur un outils, une machine à tout faire. Cependant, il faut voir plus loin que Nintendo qui a encore une fois ouvert la voie puisque Sony, qui avait déjà agi en ce sens avec le lecteur DVD-PS2, transforme aisément sa PSP en GPS et puis les PlayStation 3 et XBOX 360 ne sont autres que des média centers et plus vraiment de véritables consoles de jeux.

Finalement le jeu vidéo n’est effectivement plus un média de niche, bien que certains genres lui donnent toujours ce statut. A l’image des courants indépendants, le jeu vidéo garde un mouvement plus traditionnel. Parce que le public joueur qui pratique depuis des années ne se retrouve pas toujours dans la nouvelle orientation du milieu, on observe plusieurs choses. Comme toujours dans le culturel il y a des crises générationnelles qui poussent vers le c’était mieux avant. C’est une évidence dans la littérature, et c’est une question de mode en ce qui concerne la musique ou le cinéma. Le jeu vidéo à déjà été souvent frappé de plein fouet avec les innombrables remakes Super Nintendo, PlayStation, Game Boy Advance (comme FF IV ou FF VI) et aujourd’hui DS et PSP parfois juste portés, parfois liftés (Dracula X Chronicles) et rarement transformés. Pourtant, on aurait pu penser que c’était fini ou du moins le bout du chemin mais les plateformes de téléchargement augmentent les flux avec un service chez tous les acteurs du marché. Mais outre les remakes avec l’annonce récente de Chrono Trigger DS par exemple, nous arrivons à des politiques rétrogrades absolues comme le montre le tout nouveau Megaman 9, qui ravira les fans avec son charme 8 bits mais qui ne touchera pas beaucoup plus de joueurs.

En parlant de tout ça, il est clair que le jeu vidéo est sur les mêmes rails que ses aînés et on le voit très clairement à chaque évolution. Ce sont les mêmes traits caractéristiques qui dessinent son portrait. Pourtant le jeu vidéo c’est autre chose. Là où les autres médias ne sont qu’un spectacle, ce dernier est action. Serait-il alors plus fort, ça donne envie de jouer les normands, car si certains jeux sont exceptionnels et peuvent supplanter tous les spectacles du monde, d’autres se perdent dans des mécanismes lourds et repoussants. Finalement le jeu vidéo souffre de sa trop grande force car c’est souvent elle qui change la donne. Un jeu comme Ôkami (cf dossier partie 1 et partie 2) ne s’est peut-être pas vendu parce qu’il était trop provocateur. Trop nouveau, trop riche, et pourtant tellement classique. Seulement l’engagement commercial pour ce jeune marché est sans cesse dépassé et malheureusement la création ne se fait quasiment jamais sans les contraintes commerciales et certains studios nous quittent sur des chefs d’œuvres. Si le jeu vidéo devient un média conventionnel à ce prix, faut-il poursuivre dans cette voie, ce n’est pas moi qui donnerai la réponse.