L’E3 2012 s’est achevé il y a tout juste une semaine. Et comme d’habitude, l’équipe de CS vous donne son ressenti sur cet évènement capital pour l’industrie.
CouCou
Cet E3 2012 est pour moi une véritable déception. D’habitude, je m’insurge contre les mecs blasés, clamant qu’il n’y avait rien d’excitant à voir. Car chaque année, j’arrive à m’a accrocher à une petite pépite, un titre rafraîchissant, qui sauve le tout. Bien sûr, il y a eu Rayman, mais on a déjà eu droit à une excellente version l’année dernière. Et au sortir de cet E3, rien ne m’a vraiment emporté, pas même la Wii U, même si d’excellents titres ont été montré. Mon principal reproche réside plutôt dans l’uniformisation galopante des titres et la redite de formules éculées. Encore un God of War ? Le sixième en 7 ans, qui a l’air de se jouer EXACTEMENT de la même manière que ses aînés. Un nouveau Gears. Du Mario Bros 2D par paire. De nouveaux TPS ? A y regarder, les trailers de Last of Us, Tomb Raider ou Splinter Cell utilisent la même formule : celle du gros blockbuster qui tâche, du cover system, du stealh kill “QTE”, des explosions, du too much, etc. Gageons qu’il ne s’agisse que d’orientation de trailer et pas du résultat final. Car où est passée la furtivité de Sam Fisher ? Le sentiment de découverte et d’exploration propres aux Tomb Raider ? Alors bien sûr, je sais que je vais m’éclater sur ces titres – il n’y a qu’à voir l’embouteillage qui se profile pour 2013 -, mais j’aurais juste aimé être surpris. Entre les TPS, les FPS et les jeux de caisse, il n’y avait pas grand chose. Comme l’impression que le jeu vidéo n’exploite que 10% de son potentiel…
Mololo
L’E3, c’est comme une période de fête, je vous le répète chaque année. Sauf que pour 2012, les cotillons et autres chapeaux pointus ont eu du mal à s’extirper de la blasitude générale, portée comme un étendard. Il faut reconnaître au mouvement trollesque -typique de ce genre d’évènements- que les développeurs n’avaient pas jugé utile d’amener des annonces renversantes dans leurs valises. Oubliez donc les surprises, accueillez des conférences ternes, alignant sans nuance titres AAA trop similaires et fonctionnalités multimédia de type « dans ton salon, tout est lié ». A se demander quel est le public visé ? Difficile de se sentir interpellé face à des présentations sans fin de livre interactif ou des séances de karaoké. Tout juste, on aura échappé aux démonstrations Kinect (et compagnie) ridicules, pour le plus grand malheur de collectionneurs de gifs.
Pourtant, des jeux il y en a eu. Problème : on les connaissait déjà tous ou presque. En entendant « new IP » lors de la conférence d’Ubi Soft, j’ai levé un sourcil sans trop y croire. Watch Dogs se dévoile, les images défilent, la curiosité est piquée et la question s’affiche au bout des claviers : « c’est quoi ce truc ? ». Cette question, c’est celle que j’aurais voulu me poser plus d’une fois, c’est même la question fondamentale de ce genre de manifestations. Watch Dogs ne sera peut-être (sûrement ?) pas à la hauteur de sa première apparition, il ne sera pas aussi beau, pas aussi libre, trop orienté action ou que sais-je, mais il s’est auto-justifié rien que par sa nouveauté, un véritable tour de force sur cette route surbalisée de FPS monochromes, de Mario encore Mario et de « tuons des gens avec un arc et des flèches ».
Je retiendrai également un Nintendo très bavard accumulant trois conférences pour éviter le drame de la WiiU en 2011, tout ça pour pas grand-chose. Heureusement, le sourire de Miyamoto parlant de Pikmin 3 était communicatif (et le Pikmin Caillou, news de l’année !!!). Mis à part les gars de South Park, tentant une blagounette réussie, on ne peut pas dire qu’on rigolait de bon cœur ailleurs. La tendance semble être à la survie en milieu hostile (maturité, mon oeil), le Tomb Raider proche du rape&revenge et The Last of Us en tête. Même si je n’y jouerai probablement jamais, je remercie Far Cry 3 qui aura au moins apporté un minimum de couleurs à ses compères (et un peu de cul tant qu’à faire). Une fin de génération de consoles s’avère normalement synonyme de grands jeux, (re)poussant à l’extrême les capacités des machines, on attend encore de voir ce que nous réservent les développeurs. Espérons perdre cette peur constante du script à outrance, grâce à des moteurs et IA toujours plus performants et un peu d’audace chez des créateurs soutenus.
Des jeux en vrac : Papo & Yo, Deadlight, Quantum Conundrum, Dishonored, Tomb Raider (on en a déjà trop vu), Dead Space 3 (pourquoi de la coop ??), Resident Evil 6 (plus bourrin tu meurs), le niveau musical de Rayman, Watch Dogs évidemment, Pikmin 3, The Last Guardian (nan j’déconne) et tous ceux que j’oublie (enfin pas tellement…)
Memento
Les conférences, elles commencèrent un soir, sans prévenir. J’étais encore en train de manger. J’avais Roland Garros dans la peau, et je ne me doutais de rien. C’est, en me rendant sur l’ordinateur, que je compris : j’avais raté la conférence Microsoft. Pas de quoi se manger le foie, vous me direz – avec beaucoup de pertinence. J’entrepris donc de vérifier les titres passés. Gears of War : Judgment, Halo 4, Splinter Cell : Blacklist, Resident Evil 6, Call of Duty : Black Ops 2. L’absence de surprise aurait pu être insolente. Mais dans mon esprit, c’était « OK », parce que je m’attendais pas à autre chose qu’à ça. Peut-être même que je ferai une bonne partie d’entre-eux. Bien sûr, je comprends qu’on puisse être déçu, je comprends que les AAA, on les aime et on les déteste. Je comprends qu’on souhaite autre chose, pour le jeu vidéo. Mais l’E3 n’est sans doute plus aussi représentatif qu’il a pu l’être, et en l’absence de changement, il faudra aller chercher les petites merveilles ailleurs.
Je dois vous confier que pendant la conférence d’EA, j’ai eu un moment d’égarement : je les imaginé annoncer Mirror’s Edge 2 ; et moi de réagir en disant : « Oh putain de bordel de merde ». Naturellement, je ne l’ai pas dit. Mais c’est probablement le groupe de mot qui me viendrait à l’esprit si un éditeur annonçait la suite que je n’attends plus d’un jeu que j’ai adoré. Mirror’s Edge 2, c’est peut-être un des rares jeux qui m’aurait fait sauter de ma chaise. Mais je n’étais pas déçu pour autant. J’ai au contraire trouvé l’E3 globalement plaisant. Y avait des gens qui parlent et des images, plein. Je ne sais pas si avoir imaginé l’annonce a teinté mon champ de vision, mais je crois plus certainement que cela a à voir avec ma consommation actuelle de jeu vidéo, bien inférieure à ce qu’elle a pu être l’an passé. Voyez, quand on joue très peu, l’E3, ça illumine au moins un peu, et même, ça ouvre l’appétit.
Question jeu, je suis Sega All Star Racing Transformed à une échelle relativement négligeable. Je fais partie de ces drôles de bête qui n’ont pas détesté le premier épisode. Pikmin 3, lui, m’a fait pousser un « Ouf ». Sur le moment, c’était coloré et frais, mais surtout très différent des jeux précédents. Epic Mickey 2 m’intrigue, comme le premier mais d’avantage, vu qu’il sortira sur une console que je possède, cette fois. Luigi’s Mansion : Dark Moon me semble être une bonne idée. Quantum Conandrum, qui sort tout bientôt sur PC (le 21 juin) me plaisait avant, et je n’ai rien regardé de plus suite à l’E3, donc je triche. P-100 est absurde, et pour moi c’est déjà pas mal. En plus ambitieux, Tomb Raider, Beyond et Watch Dogs me tente bien ; Sleeping Dogs a attiré mon attention. Darksiders 2, lui, m’ira s’il est au moins comme le premier. Dans cette histoire, Prey 2 n’était pas là, mais le contraire aurait été surprenant. J’espère juste que le développement a repris et qu’il va bien.
Cartapouille
Nintendo, Microsoft et Sony font la pluie et le beau temps sur le salon, car après tout, que serait l’E3 sans eux trois (oui, j’ai osé) ? Et bien si on ne comptait que sur eux, une drache à t’en décorner une vache qui pisse aurait lavé à grandes eaux les espoirs des journaleux présents. Heureusement, un quatrième larron est venu s’interposer pour aider les pigistes (avec l’aide de babes racoleuses, d’amuses bouches gratos et d’un scandaleux paquet de pots-de-vin/goodies). Ubisoft, donc, qui a su éclairer le salon avec le seul jeu vraiment nouveau, Watch Dogs. Et encore, une fois dépiauté de sa mise en scène, il ne pourrait en rester qu’un banal GTA-like technologique, comme le laisse entr’apercevoir la trop classique séquence finale pleine de feux croisés et de voitures dérapentes. Mais gardons espoir, c’est la seule chose qu’il nous reste après cette faible édition du « phare du futur vidéoludique ».
La machine qui devait faire sensation a fait plouf, avec une mablette qui n’a rien révélé d’extraordinaire, mis à part qu’on achètera des babioles en plastoc qui apparaîtront dans le jeu (je n’ai plus 5 ans, je sais que c’est pareil si je scan un code barre ou simplement que je rentre un code dans la machine, et je joue plus à la poupée). Cependant je devrais quand même céder pour la Wii U, à cause de ce satané Rayman Legends, qui a l’air au moins aussi extraordinaire que son grand frère. Et ma conscience m’INTERDIT de passer à côté ! Ah et il y avait pleins de suites il parait, je n’ai même pas été tenté de regarder, c’est de l’action boom boom avec plein de scripts dedans super chouettos, mais bon, comme d’hab’ j’y jouerais et j’oublierais. Enfin, dans ce fatras, je me suis aussi surpris à être tenté par l’achat d’une PS3, grâce à une présentation très convaincante de Beyond, ou encore de The Last Of Us. Et puis ça me permettra de tâter à du The Game Compagny, Journey et Flower, ou aux autres David Cage. C’est drôle quand même, un salon de l’avenir qui me convainc de jouer à de vieux jeux…
Med
Je suis entièrement d’accord avec mes compères sur les grandes tendances au sortir de cet E3. Pour éviter de nous répéter, je vais me contenter de rapidement pointer du doigt les deux trois choses qui m’ont marqué. On parle rarement des graphismes comme un attribut fondamental, mais force est de constater que les jeux présentés sur le salon sont tout simplement superbes. De plus, le futur entraperçu avec les démo de Square Enix, de l’Unreal 4 ou de Star Wars 1313 rassurent sur le potentiel des futures machines et sur la débauche visuelle qui nous attend.
L’abandon total des machines portables qui sont la Vita et la 3DS m’a aussi fortement déçu. Que conclure de cette prise de position étrange ? Que Sony et Nintendo souhaitent délaisser un marcher juteux pour ce concentrer sur les consoles de salon ? Qu’ils abdiquent face à Apple ? Ou que hormis les studios first party personne ne souhaite plus développer sur ces consoles ?
Enfin, dans cette orgie de TPS et FPS guerriers, un genre de jeu manquait clairement : le RPG ! Sur les conférences principales, c’était le vide aérien, et sur le show floor, il semble que les représentants du genre soient aussi très faibles. Des développements toujours plus longs et toujours plus onéreux engagent pourtant à trouver une alternative, un second souffle à ces jeux épiques. Renouveler le genre et s’adapter à l’industrie est vitale si on ne veut pas voir le RPG mourir. Ce qui m’inquiète, c’est que les genres qui ont connu une crise similaire, un désintéressement à un moment donné, trouvent maintenant un refuge sur les plates-formes dématérialisées. Si elles hébergent, en effet, de superbes shoot et des point and click, rarissimes sont les RPG.
On a quand même vu de superbes choses, seul manquait Castlevania Lords of Shadow 2. Comme l’a mentionné CouCou « un embouteillage se profile en 2013 » et je vais dans son sens. Les éditeurs vont de Charybde en Scylla, ils esquivent le bouchon de l’hiver pour s’engouffrer dans celui de la fin d’année fiscale. Je vous le dis, cette année, Noël va se fêter en mars !



