Revue de presse – Les Hors-Série en folies !

Que cela soit pour approfondir un sujet précis, ou pour faire entrer un peu d’argent en période creuse, un hors-série a toujours une bonne raison de sortir. Ce mois-ci, les mensuels Joypad et Geek publient deux numéros de très bonnes factures.

Depuis septembre 2009, Joypad édite à un rythme bimestriel des hors-série sur des thèmes plus ou moins d’actualité. Après le retro et Nintendo, la rédaction s’attaque à la saga Final Fantasy. Les deux premiers volume (qui sont en réalité les n°10 et 11) avaient subi l’inévitable confrontation avec les ouvrages de Pix’n Love. Exercice plutôt complexe, quand on connait l’expertise des rédacteurs de la maison d’édition spécialisée dans le retro-gaming. Cette fois-ci, le terrain est étrangement dépeuplé. Jay, à l’époque de Gameplay RPG, publia bien deux numéros spéciaux, mais en ces temps de crise, les ouvrages spécialisés se font rares. Mais entrons plutôt dans le vif du sujet. Après avoir outrepassé les deux obstacles à l’acte d’achat, à savoir une couverture moche et un prix abusif, vous obtiendrez enfin le privilège de feuilleter un magazine de 100 pages (couvertures comprises) entièrement consacré à la série de RPG la plus prolixe (quoique, j’ai un doute avec les Tales of). Le sommaire, scindé en trois parties, est simple, mais ô combien efficace. Survoler l’ouvrage vous donnera l’eau à la bouche et vous persuadera (même si c’est faux) que 7,50 euros, c’est pas si cher pour un mag. Pleine d’anecdotes sympa, la première portion, constituée d’un historique rapide et de portraits de créateurs n’apprendra rien aux gros fans de la saga. La seconde, reprend, elle, chaque épisode. Hormis le scénario, cette partie remet en contexte la sortie des jeux, l’attente que le public avait et les orientations que les développeurs ont choisi à l’époque. Si à partir du septième volet, chaque Final Fantasy a le droit à un traitement particulier, il est dommage de constater que le IV, V et VI ont hérité d’une approche commune, plus légère. Enfin, la troisième et dernière partie est consacrée aux « à cotés » de la série (spin-off, films, le concurrent DraQue).

Aucun doute, c’est bel et bien un Joypad que nous venons de passer au crible. Froid, impartial, déshumanisé (comprenez sans esprit d’équipe) mais néanmoins intelligent, bourré d’info et d’un professionnalisme hors-pair, cet hors-série ne fait pas défaut au nom du canard (c’est marrant ça) et rehausse fièrement le niveau après deux essais en demie teinte.

Geek. Fût un temps, cela aurait été un nom de magazine osé. Mais aujourd’hui, tout le monde se targue d’en être un. La série Big Bang Theory se moque même gentiment de cet effet de mode en mettant en scène quatre ultra geeks. La France suit évidemment cette mouvance. C’est donc sur ce constat que le bimestriel Geek fût traduit de sa version américaine. Mais ce n’est pas la genèse du mag qui nous intéresse aujourd’hui, mais plutôt son numéro spécial jeux vidéo. L’ensemble du sommaire habituel est recyclé façon JV. De l’édito, en passant par la rubrique musique ou TV, tout est ici décliné en faveur de ce que le mag nomme le Xème art. J’ai trouvé l’ensemble des articles brillamment écrits, car à l’instar d’un Joypad ou d’un Consoles +, Geek n’a pas qu’une seule et unique audience de fans de JV. Les papiers doivent aussi être captivant pour les férus de SF, de high-tech, de mangas, de comics, etc. Ces lecteurs sont rarement des néophytes complets, mais ne sont pas des joueurs aussi aguerris que les lecteurs de Console Syndrome (un peu de lèche vite fait). Voilà donc une double difficulté que ce numéro spécial surmonte avec brio. Ni trop hardcore, ni trop casual, la ligne éditoriale a su s’adapter à tous. Si vous craquez devant le rayon presse, vous aurez donc l’occasion de lire des papiers aussi diversifiés qu’un état des lieux du cloud gaming, un point sur les jeux indé, un article sur le ciné et les JV ou un portait de Marcus.

Pour un prix non prohibitif (4,90€), le magazine se dote d’un apparat de choix, couplé à une maquette magnifique. Seule la couverture (encore une fois) fera défaut à la réalisation (sauf pour les fans de Tron, mais une couv JV aurait été plus adéquate). Parler de jeux vidéo n’a rien de couillu, ce marché fait parti du trio de tête de la culture mainstream. Faut-il néanmoins en parler avec esprit et habileté, ce que fait parfaitement le dernier numéro de Geek ?

J’ai malgré tout une réserve à énoncer. Non pas sur ces deux hors-série, mais sur l’ensemble des ouvrages de jeux vidéo. Personne ne parle des titres en eux-même. Aucun livre ou magazine ne va canaliser son analyse sur le soft uniquement. On constate que les parutions consacrent obligatoirement le maximum de place aux « à côtés » : les genèses, les créateurs, les trivias, etc. Est-il si difficile, ou inintéressant, de disserter sur l’expérience de jeu ? Personnellement, j’attends ce genre d’ouvrage, car je trouve désolant de voir l’hégémonie d’un journalisme culturel plus attentif aux conditions de production qu’au contenu même des œuvres.

Donnez-nous votre avis en tout cas, ça nous intéresse.

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