Le Paris Games Week, qui vous a été présenté ici même, était l’occasion pour le joueur lambda de découvrir les fameuses « nouvelles façons de jouer », à savoir principalement le PS Move de Sony, l’accessoire Kinect de Microsoft et enfin les jeux en 3D. Non pas une simple présentation de ces innovations, mais bien la possibilité de les tester par soi-même, plusieurs heures de suite, réunies en même lieu. Trois innovations, trois approches différentes, mais qui partagent le même but : révolutionner notre façon de jouer, comme l’a réussi indubitablement la Wii il y a quelques années. Après deux jours passés sur le salon à gesticuler devant les bornes Sony et Microsoft, lunettes 3D sur le nez, je vous propose donc de partager avec vous mes premières impressions par le biais de trois articles consacrés à chacune de ces technologies. Une série sur ces nouvelles façons de jouer qui se conclura par un dernier article sous forme d’analyse de ce phénomène. En attendant, commençons aujourd’hui ce grand dossier par le nouvel accessoire de Sony : le PlayStation Move. Non pas un test, mais bien une première impression, par essence subjective. Le débat est donc ouvert !
Intéressé par l’énorme succès de la Wii, Sony ne cache même pas son intention de récupérer une partie du public casual de Nintendo. Il faut bien avouer que tout dans l’accessoire de Sony fait penser à la Wii. Le « Motion Controller », ressemblant à une télécommande surmontée d’une boule lumineuse, ne peut qu’évoquer la Wiimote une fois en main. Le « Navigation controller » ressemble quand à lui en tout point au Nunchuk de Nintendo. A noter que la plupart des jeux peuvent se jouer avec un seul Motion Controller, mais certains titres nécessiteront d’avoir le Navigation Controller, voir deux Motion Controller. Si certains trouveront le design discutable, il faut bien avouer qu’une fois en main, les « controllers » sont légers et agréables à utiliser. Après cette brève présentation de la bête, rentrons dans le vif du sujet : les jeux.
Lors de sa sortie le 15 septembre dernier, les titres proposés avec l’accessoire de Sony ne laissaient aucun doute sur le public visé. Start the party ! par exemple, n’est rien d’autre qu’un party-game destiné aux plus petits. On imagine facilement que même ces derniers se lasseront vite de la quinzaine de mini-jeux tournant en boucle. De plus, la puissance technique de la PS3 aurait pu proposer autre chose que de vilains graphismes cartoon. On a déjà vu pire en party-game, mais on a surtout déjà vu beaucoup mieux. Ce jeu très moyen permet tout de même d’entrevoir un atout que ne permet pas la Wii. Grâce à la caméra EyeToy, notre image peut directement être intégrée dans le jeu et mélangée avec des éléments virtuels (ce que les plus geeks appelleront « réalité augmentée »). En clair, on peut se voir sur l’écran, tenant à la main une épée à la place du Controller. Un détail pour ce titre en particulier, mais qui bien utilisé pourrait permettre des utilisations intéressantes.
L’autre titre proposé à la sortie du PS Move, Sports Champions, permet déjà d’apprécier beaucoup mieux les possibilités de l’accessoire. Le PS Move reproduit très fidèlement les mouvements du joueur, direction et force, avec une latence quasiment imperceptible. Le débat, un peu stérile, « mieux que la Wii ou pas ? » est lancé, le WiiMotion+ ayant déjà prouvé qu’il pouvait avoir de bons résultats. La différence flagrante se situe ailleurs : les graphismes, eux, sont vraiment réussis, bien loin de ce que Nintendo peut proposer. L’aspect esthétique justifie t’il l’achat de l‘accessoire pour les possesseurs de Wii, c’est un autre débat. Au final, pour des titres destinés aux joueurs occasionnels, Sony ne fait que proposer le même schéma que Nintendo, la HD en plus. C’est donc vers les titres orientés gamers qu’il faut se pencher pour se faire sa petite idée du PS Move.
Dans les allées du PGW, seul Socom 4 : Special Forces présentait vraiment les possibilités pour ce type de public (Killzone 3 n’étant pas jouable au PS Move sur le salon). Si l’accessoire gagne vraiment en intérêt pour les gamers sur ce type de jeu, il perd ses arguments (simplicité, accessibilité) pour le public occasionnel. Il ne suffit plus ici de s’agiter dans tous les sens, mais bien d’user tous les boutons que possèdent les deux contrôleurs. On pense plus à une manette classique permettant une visée manuelle. Pire, on y perd quelques options au change (comme contrôler la caméra tout en visant). Dés les premières minutes de jeu, on a la même impression qu’en essayant une nouvelle manette inconnue : un peu perdu, avec le sentiment qu’on se serait bien mieux débrouillé avec un pad classique. Pour des joueurs utilisant depuis des années une manette PS3, on risque de se poser la question à chaque nouveau jeu compatible PS Move : ne préfèreront-nous pas jouer à l’ancienne ? Un avis qui semble partagé par pas mal de gamers rencontrés sur les bornes PS Move (eh oui, les JT de 20 heures n’ont pas le monopole des passionnants micros-trottoirs).
En réalité, les titres PS Move les plus intéressants (à mon sens) se situent entre les deux extrêmes, entre casuals et gamers. Par exemple, le prochain « rail-shooting » Time Crisis : Razing storm propose une jouabilité ultra-simpliste (un bouton pour tirer, un bouton pour se cacher), mais sans non plus tomber dans le party-game. Le PS Move montre alors tout son intérêt par rapport à la manette, mais il faut bien avouer que, mis à part les graphismes, le jeu ressemble point pour point au premier jeu de la série, sortie en… 1998 (sans parler d’une jouabilité présente depuis des décennies dans les salles d’arcade). Difficile de parler de révolution. A la frontière entre accessibilité pour le public novice et attrait pour les plus passionnés, Virtua Tennis 4 a aussi de quoi titiller notre curiosité. Au PS Move, la caméra quitte l’éternelle vue de dessus pour se placer au niveau du joueur pour proposer une à la première personne. Seule la raquette apparait devant nous, que l’on dirige en orientant le PS Move, sans utiliser aucun bouton. On prend donc instantanément le jeu en main et le tout rend l’expérience extrêmement immersive (même si l’action n’est pas toujours bien visible). C’est plutôt fun au premier abord, mais on se rend vite compte qu’on ne contrôle finalement pas grand-chose sur l’action : le joueur se déplace tout seul sur le terrain, tape parfois dans la balle même si l’on n’a fait aucun mouvement, etc. De plus, il assez difficile de choisir la direction et la force de notre frappe (le manque d’habitude joue beaucoup, mais on a vite l’impression qu’il n’y a pas que ça…). Il sera donc intéressant de voir à la sortie du jeu si le PS Move peut proposer un gameplay aussi riche qu’à la manette. J’avoue en douter assez fortement.
Pour finir sur l’accessoire de Sony, une chose m’a frappé lors de ce PGW : il n’était pas rare de voir quelques problèmes de reconnaissance ou de calibrage du PS Move (qu’il faut d’ailleurs refaire à chaque partie…). Bien entendu, il s’agit de circonstances assez particulières (beaucoup de stands donc beaucoup plus de problèmes, des lumières vives, etc.) et il est difficile d’en tirer des conclusions définitives. Mais on peut bien imaginer que l’accessoire présente des contraintes plus nombreuses qu’une banale manette (plus capricieux, demandant des conditions d’utilisations particulières : éclairage, distance précise avec l’écran, espace de jeu important…). Des détails loin d’être véritablement handicapants, mais la manette semble tout de même bien plus simple d’utilisation.
Donc au final, que dire de ce PS Move ? Tout d’abord, il est tout à fait capable de rivaliser avec la Wii sur des titres orientés casual, proposant même de bien meilleurs graphismes, tout en ayant une reconnaissance de mouvements assez fine. On trouvera donc du party-game à gogo, de qualité bien aléatoire. Ca, on le savait. Ce que l’on sait moins, c’est si le Move saura débaucher le public habitué à la Wii. Seul l’avenir nous le dira. Pour les joueurs habitués à la manette, le constat est plus nuancé. L’accessoire apporte des fonctionnalités en plus, mais aussi des contraintes d’utilisation. La question de choisir de jouer au Move ou au pad se posera pour bien des joueurs et tout dépendra au final du plaisir passé à jouer avec l’un ou l’autre. Une décision propre à chacun donc et qui risque de diviser sérieusement les joueurs. Quoi qu’il en soit, difficile de parler de révolution à l’heure actuelle pour cette « Wii 2.0 », même s’il faut avouer que l’accessoire a un potentiel fort. Aux développeurs de jouer à présent.
Jeudi, la suite de cette série consacrée à ces « nouvelles façons de jouer » testées au PGW, en se penchant cette fois sur le cas de Kinect, l’accessoire phare de Microsoft.







Pingback: Les nouvelles façons de jouer : rendez-moi ma manette !