En ce moment on sent comme une tension dans l’air : Tim Schafer se lâche au sujet de Kotick, Cliff Harris fait la même avec Mark Rein, la grogne monte contre Kinect – trop cher, pas convaincant –, les ventes de la Wii se cassent la gueule, c’est les vacances et on se fait chier. Non, décidément, rien ne va ; et quand rien ne va, quelqu’un doit payer.
Occase-moi ça !
Depuis le début de l’année les jeu vidéo se vendent moins bien que sur la même période en 2009. On pourrait, bien sûr, pointer du doigts les récessions, la crise économique – des grands classiques. Mais en situation de crise, plus que jamais, mieux vaut se tourner vers des gens qualifiés : les analystes. Prophètes des temps modernes, les analystes sont payés pour dire des trucs. Ne vous y trompez pas, c’est un travail extrêmement compliqué, et très reconnu, même si surtout en vogue aux Etats-Unis. Ces gens, donc, ces analystes, passent une partie de leur journée à analyser ce qui s’est passé pour anticiper ce qui va se produire (ce qui comprend l’activité peu enviable de passer ses journées à regarder des graphiques).
Du coup, si les analystes disent que c’est à cause de l’occasion que les jeux se vendent moins bien, on n’a aucune raison de mettre leur parole en doute. L’un d’eux évoquait d’ailleurs à la fin du mois dernier l’essor dramatique de ce type d’achat. Notez-bien l’intensité de la formulation, et dont je me suis efforcé de rester le plus proche possible. Ainsi, certaines initiatives, telles que le « pass » de EA permettant de jouer en ligne, se voient totalement justifiées, et s’inscrivent dans des stratégies qui visent à re-capturer une partie de ce marché. Une transition plus agressive vers le dématérialisé permettrait en outre d’assommer lourdement le géant Gamestop – l’incarnation du diable outre-Atlantique.
Heureusement il n’y a pas que les analystes pour soutenir cette théorie, et Cliff Bleszinski, bizarrement pondéré pour quelqu’un qui fait des jeux où on passe son temps à charcuter des gens, admet que l’industrie est assez nerveuse à propos des jeux d’occasion, « effrayée », même. « Il faut aussi prendre en compte le genre, vous voyez ? Je ne ferais pas un jeu d’horreur en cette période, c’est seulement pour un joueur, et beaucoup de personnes se diraient « je vais le louer ». Il vaut mieux faire un jeu qui a une partie solo incroyable mais qui continue à vivre ensuite ».
Mais là je ne comprends plus. Parce que je lisais un site il y a quelques jours – bon, ok, c’est pas un site parisien, mais quand même – et un autre analyste, Michael « Dieu » Pachter, y disait que le problème viendrait justement des jeux multijoueurs, qui accaparent de plus en plus les joueurs (NDLR : c’est pas pour se vanter mais on disait la même chose en janvier), et ce gratuitement. Et comme Michael Pachter n’évoque jamais un problème sans en trouver la solution, il propose de rentabiliser ce temps de jeu multijoueur d’une façon ou d’une autre. A ce propos, de nombreux analystes avaient trouvé le pass de EA « brillant » mais « encore trop peu cher ». C’est vrai que 10$ c’est pas beaucoup. Et suite à ça d’autres éditeurs, tels que THQ et Sony, avaient emboité le pas, et on présume que Ubisoft va faire de même.
Du coup en mai dernier ça avait été l’occasion pour CouCou de, euh, parler de l’occasion (NDLR : Project 10$ : la mort de l’occasion et la fin du online gratuit ?). Parce qu’on s’y perd, à force. Par exemple, en ce moment, personne n’a dit que c’était la faute au piratage. Moi, à force, j’avais cru que c’était ça. Pour autant, les éditeurs sont dans leur bon droit de vouloir gagner des sous, non ?
Côté journaliste, Richard Leadbetter y voit une tendance plus globale : « Une tendance s’est imposée graduellement, et insidieusement diront certains, qui vise à éviter que les clients ne possèdent vraiment le logiciel pour lequel ils ont payé. » « Les éditeurs et les développeurs voient d’un oeil encore plus mauvais le fait que les consommateurs soient capables de récupérer une partie de leur investissement initial dans leurs jeux. Ils considèrent presque la revente où les échanges de jeux d’occasion comme un vol qui les prive d’un revenu légitime. »
Ce que dit Richard (on peut se tutoyer ?), c’est que les éditeurs considèrent que les acheteurs ne devraient pas pouvoir jouir de leur achat comme ils le souhaitent, en somme. Et le phénomène de revente – l’occasion – est en fait perçu comme un vol. D’où les nombreuses initiatives visant à lutter contre. Mais l’occasion ça a toujours existé, non ? Ça ne peut pas être la seule explication aux mauvaises ventes. Et si cela tenait en fait à plusieurs facteurs ? J’évoquais au début du mois un phénomène de cannibalisation des ventes lors des sorties trop rapprochées. Il y aurait bien un peu de ça que ça ne m’étonnerait pas.
Parce qu’au fond, si les gens revendent un jeu récent, ils peuvent ensuite acheter un autre jeu. Et même que si les prix neufs étaient moins élevés, les gens achèteraient plus de jeux dans le même mois, non ? J’ai l’impression que les achats spontanés n’existent plus guère, ou se font plus rares. Les gens n’attendent pas pour acheter dans l’unique intention de voler les développeurs de jeu, ils le font parce qu’ils ne peuvent se permettre d’acheter neuf. Si une partie d’entre-eux est par ailleurs amenée à payer un abonnement supplémentaire pour jouer en ligne, n’est-ce pas là de l’argent qui aurait pu servir à l’achat d’un autre jeu ? Évoquée en début d’article, la période se prête difficilement aux profits supplémentaires. De nombreux éditeurs devraient calmer leur appétit, ou l’exploiter en des temps plus favorables. Il y a bien des choses qui sont tolérables. Nous prendre pour des imbéciles n’en fait pas partie.
En ce qui concerne le début de l’article, les lecteurs n’y verront qu’une simple boutade à l’attention de certains analystes. Heureusement pour nous, nombre d’eux sont très compétents, et comme il n’y a pas de hasard, il s’agit souvent de ceux qu’on entend moins.



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