Le héros mythique de notre enfance revient enfin. Il y a quelques jours à peine, Capcom a officialisé l’arrivée d’un Mega Man 9 (Rockman pour les puristes japonisants) sur le service de téléchargement de Nintendo, nommé WiiWare. Et là, stupéfaction, le jeu est développé comme pouvait l’être l’un de ses prédécesseurs sur Nes. La même charte graphique, le même esprit. Alors arnaque ou réel bonheur ?
Autant être clair tout de suite, la question posée, volontairement racoleuse, ne pourra être éludée sans connaître votre degré d’amour pour la saga de Capcom. Deux points de vue peuvent donc être adoptés, et toutes les explications du monde ne pourront faire changer d’avis l’un des deux camps. Essayons plutôt de voir quel mouche a piqué Capcom et pour quelles raisons cette conception old-school peut s’avérer bénéfique, ou pas.
La première vidéo à peine disponible (je vous l’ai mise en bas de page), certains se sont offusqués. Pour eux, produire un titre tel qu’il aurait du voir le jour sur Nes est une belle escroquerie. On retrouve là les vieux démons de Capcom, accusé de recyclage, de fainéantise et de rechercher l’argent facile. Difficile de donner tort à ces gens, la manière dont est conçu ce nouveau Megaman (déjà le neuvième opus, même si la chronologie s’est rapidement embrouillé avec l’arrivée des spin-off, suites, remakes et consorts) ne risque pas de causer des insomnies aux développeurs de Capcom. D’autant plus qu’un jeu sur Wii Ware est bien entendu capable de plus belle prouesse (il n’y a qu’à voir FFCC et Lost Winds). Le graphisme est archaïque, la musique idem et la maniabilité s’annonce old-school au possible. Les grincheux pourront aussi ajouter que le titre aurait pu rester en 2D, mais profiter des avancées réalisées dans ce domaine, telles qu’on a pu les découvrir avec les Megaman DS ou même PlayStation. Pourtant la démarche entièrement volontaire de Capcom et du créateur de la saga Keiji Inafune (qui a depuis élargi son pedigree en bossant sur Onimusha, Dead Rising, etc.) laisse songeur. Elle ne peut avoir été choisie sur le seul critère de la flemme créatrice.
La première vidéo à peine disponible, une horde de fans (geeks ou otakus, comme dirait Laurent Fischer) se sont élevés pour hurler leur bonheur. Oui, Megaman était bien de retour. Cette réalisation salvatrice, ses bruitages d’origine laissent à coup sûr espérer une expérience digne des débuts de la saga, loin de la médiocrité aperçue chez certains titres plus récents. Keiji Inafune n’a pas caché son enthousiasme non plus. Reprendre un Megaman 9 et le développer en conservant les limites imposées par la Nes lui ouvre les portes de la créativité et irrigue son esprit de mille et un désir (il est plutôt poétique le garçon). Hommage et nouveau départ, ce Rockman 9 cristallise en lui toutes les attentes d’une communauté nostalgique de « l’âge d’or ». La garantie apportée par cette réal estampillée eighties réside dans la fidélité à l’esprit originel. L’évolution de la technique aura apporté de grands titres, mais elle a été plus cruelle avec la série de Capcom. Les innovations, pourquoi faire ? L’esprit de la série est old-school, un jeu de tir / action / plate-forme à l’ancienne, qui n’a besoin d’aucun autre artifice pour briller. D’ailleurs ne dit-on pas que le mieux est l’ennemi du bien ? Sonic devrait en prendre de la graine, car lui aussi fait partie de cette race de jeu qui ne trouve leur intérêt que dans l’expérience brute. A quoi bon la combler d’atours plus reluisants les uns que les autres ? On retrouve ici une démarche déjà initiée avec le jeu Game Center CX (pour plus d’infos, je vous conseille de lire Pix’n Lov n°4), où s’enfermer dans un carcan bien spécifique n’est pas vu comme un moyen de se priver du confort de la modernité. Cela permet de revenir à la base de la création, à l’origine de la mécanique, comme pourrait le faire un musicien en épurant un morceau pour le faire nous toucher l’âme. On touche ici à l’essence, à ce qui défini le titre, et en ce sens, le contrat sera certainement rempli.
D’une manière plus terre-à-terre, il est évident que ce dernier Megaman s’adresse exclusivement aux fans de la première heure. Les autres ne pourront trouver aucune excuse à ce soft antédiluvien. Mais un nouveau Rockman, même en jolie 2D, aurait-il été capable de toucher un autre public ? J’en doute. Pourtant un détail reste à régler. Il est clair qu’à plus de 10€, le fanboyisme aveugle risque de retrouver la vue. A bon entendeur…
edit : le jeu vient d’être officialisé sur PSN et XBLA. Plus on est de fous…
