Le Paris Games Week, qui a ouvert ses portes ce mercredi, a eu une naissance difficile, sous les critiques (concurrençant directement le Festival du Jeu Vidéo). Mais une chose est sûre, c’est qu’il a de l’ambition, et pas qu’un peu. Le Syndicat des Éditeurs de Logiciels de Loisirs (S.E.L.L.), initiateur de l’évènement, avoue à demi-mot que celui-ci a pour objectif de devenir l’E3 ou le TGS français. Rien que ça. Alors, pari tenu ? Et plus simplement, ce premier salon français d’envergure vaut-il vraiment le déplacement ? En guise de réponse, visite guidée du petit nouveau.
Quand on parle de grand salon du jeu vidéo, on pense tout de suite aux annonces exclusives, aux nouveaux trailers à couper le souffle, aux grandes conférences des constructeurs, remplies de surprises… A peine arrivé, on se rend donc vers la scène centrale. De centrale justement, elle n’a que le nom : placée au fin fond du parc des expositions, on se retrouve donc devant une petite scène où se succèdent devant une poignée de joueurs de courtes présentations de jeux. Une démo commentée en direct, qui sent souvent le réchauffé. La présentation d’Assassin’s Creed Brotherhood par exemple, reprend point pour point les éléments et missions déjà présentées depuis des mois dans différentes vidéos. S’il y a tout de même quelques rares nouveautés à se mettre sous la dent, comme un somptueux trailer de Deus Ex : Human Revolution, la plupart des titres présentés sont jouables dans le salon. Les joueurs l’ont bien compris et la plupart auront préféré se faire leur propre idée manette en main. Pour ne pas trop noircir le tableau, notons tout de même une sympathique présentation du bien nommé Epic Mickey, commentée par Warren Spector himself. Mais là aussi, autant titiller soi-même la célèbre souris sur les bornes Wii du stand Disney.
On l’aura compris, ce « PGW » premier du nom n’est pas de taille à rivaliser avec les annonces renversantes d’un E3. Mais ce qui pourrait passer pour un gros point noir est loin de gâcher la fête. Une fois que l’on s’est fait à l’idée que les grosses surprises ne seront pas de la partie, on comprend juste que ce n’est pas le but de ce salon. Contrairement à un E3 réservé aux professionnels de l’industrie, le PGW est entièrement consacré aux joueurs et au plaisir de jouer. Il suffit de quitter la scène centrale et de se balader entre les stands des éditeurs pour le comprendre. Pouvant enfin s’adresser directement à leur public, ces derniers ont tout fait pour séduire et impressionner les visiteurs, à l’approche des fêtes de fin d’année. On passe ainsi sous un Naruto de dix mètres de haut pour s’affronter sur le jeu Naruto Shippuden: Ultimate Ninja Storm 2, on longe un Colisée de carton-pâte où s’affrontent des hordes de tueurs sur le multijoueur d’Assassin’s Creed Brotherhood, on s’extasie (ou pas) sur les nombreuses voitures de courses garées entre les bornes de Gran Turismo 5, non loin de la voiture de James Bond annonçant un espace un peu bling-bling consacré à l’agent 007, que l’on peut incarner sur Xbox 360 dans 007 : Blood Stone ou sur Wii dans le remake de GoldenEye.
Vous l’aurez compris, les titres à découvrir sont nombreux, et on ne s’en plaindra pas. Si les gros blockbusters sont bien présents en version jouable (Fable III, Dead Space 2, Halo : Reach…), des titres plus exigeants s’offrent aussi à nos mimines (Guild Wars 2 pour les amateurs de MMO sur PC, ou encore l’étrange TRON : Evolution). Petit bémol, les titres proposés sont loin d’être de grosses surprises. Mis à part la démo d’Epic Mickey (qui fera changer d’avis tout réfractaire à la Wii et à l’univers Disney) ou celle de Gears of War 3 (très peu vu en France jusqu’ici), on trouve ainsi des jeux déjà dans le commerce depuis peu (Enslaved, Medal of Honor ou Fallout New Vegas) ou dont la démo est déjà disponible, comme le jouissif Star Wars : Le Pouvoir de la Force 2 (toutefois dans une version différente et bien plus longue). Au final, pas de quoi râler, tant les titres jouables sont nombreux, tout comme les bornes présentes sur le site (un bon millier au total !). On passe donc avec plaisir d’un jeu à l’autre, sans trop attendre entre chaque. Seuls deux ou trois stands demandent véritablement d’avoir une patience hors-norme, la palme revenant au prochain Call of Duty : Black Ops (en pleine journée, on peut compter jusqu’à une bonne heure de queue !).
A côté des éditeurs, les plus gros stands sont tenus par les trois principaux constructeurs du marché : Sony, Microsoft et Nintendo. Pour ce dernier, l’absence de la petite 3DS est une grosse déception et seule la présence de The Legend of Zelda – Skyward Sword sur Wii ou du prochain Professeur Layton et le Destin Perdu sur DS fera oublier la morosité ambiante qui règne sur l’espace du géant nippon. Le public phare de Nintendo préférera en effet se tourner vers Microsoft, qui profite de ce PGW pour enfin montrer au public son nouvel accessoire Kinect. Autour d’une grande structure au couleur de la firme, Kinectimals, Kinect Sports ou encore Kinect Joyride sont à la disposition des joueurs (sous l’œil très policé des présentateurs Kinect). Parmi ces titres très orientés casuals (qui peinent à convaincre, avec cet éternel problème de latence), seul Sonic Free Riders pourrait tirer son épingle du jeu. Mais c’est surement Sony qui propose l’espace le plus attractif, du moins le plus vivant. Organisé comme une ville, le « Playstation City » tente de rassembler gamers et novices, faisant la part belle à Gran Turismo 5 (une courte démo avec manette ou volant) et au Playstation Move (des titres casuals là aussi, agrémentés d’un Socom 4 ou The Fight). Les titres jouables en 3D (Killzone 3, Motorstorm Apocalypse ou encore Virtua Tennis 4) attisent quand à eux la curiosité des deux communautés.
Car c’est bien la plus belle prouesse de ce PGW : réunir harmonieusement gamers et casuals dans un même salon. Indubitablement, le défi est relevé, et avec brio. Ados, jeunes enfants accompagnés de leurs parents (voir grands-parents !) se mélangent sur les stands dans une ambiance bonne… enfant. Un tour de force réussi en partie par la nature même du salon : il ne s’agit pas ici d’un étalage des dernières nouveautés ou des annonces fracassantes, mais plus d’une fête du jeu vidéo. Entre les stands, cosplayers et babes en tous genres se chargent ainsi d’animer les allées, plusieurs « V.I.P. » sont présents (de Sébastien Loeb à M. Pokora, c’est dire…), des concerts live sont donnés sur place, de nombreux concours sont organisés, avec cadeaux et goodies à la clef, des séances photo ou coiffure, etc. Bref, le brouhaha ambiant (aidé par les gigantesques stands de Guitar Hero : Warriors of Rock, DJ Hero 2 et Michael Jackson The Experience) de tous ces « à-côtés » du jeu vidéo, confère à ce PGW une ambiance particulière, où chacun passe un bon moment, qu’il soit passionné de jeu vidéo ou novice en la matière.
Malgré toutes les ambitions du S.E.L.L. de proposer un salon français comparable à l’E3 américain ou au TGS nippon, cette première édition du Paris Games Week est bien loin d’obtenir une résonance internationale : absence d’annonces importantes ou d’infos inédites, des jeux souvent déjà proposés au public dans d’autres salons, etc. Les gamers les plus endurcis se rattraperont en passant de borne en borne, profitant de l’occasion pour tester par eux-mêmes toutes ces « nouvelles façon de jouer » (Kinect, le Playstation Move, la planche de Tony Hawk : Shred, les différents accessoires Wiimote, les écrans 3D…). Mais nous y reviendrons prochainement. Ainsi, même sans véritables surprises, le salon permettra aux joueurs de tous les horizons de passer un bon moment, sans voir les heures défiler. Et c’est bien là l’essentiel…











