Pourquoi un titre aussi volontairement provocateur et gratuit pour un jeu encore en développement et auquel personne n’a pu touché ? Alors cet article n’est pas une preview ou une condamnation du jeu avant sa sortie, il s’agit juste d’un billet d’humeur d’un gros fan de la série et très inquiet pour son avenir. A CS nous sommes tous de gros fans de la saga horrifique de Konami et pour justifier un minimum notre démarche, il faut savoir que nous suivons avec attention toutes les infos dispos sur le titre. Et notre à priori est, dans l’ensemble, plutôt mauvais. Mais je le répète, nous ne condamnons pas le titre et espérons de tout cœur qu’il soit réussi. Voyez cela plus comme un état des lieues.
Premier couac lorsqu’on parle à un fan de Silent Hill du cinquième épisode c’est qu’il n’est plus développé par l’équipe instigatrice de cette formidable saga. En effet, la Team Silent a laissé sa place à The Collective, un studio de développement américain connu pour ses créations plutôt moyennes (Marc Ecko Getting Up, Buffy) et assisté par Foundation 9 (conglomérat de studios qui bosse aussi sur Street Fighter HD). Première inquiétude, le pedigree de ces studios n’est pas franchement au top. Mais nous savons tous qu’un studio bien dirigé peut faire de bonnes choses (cf. Artoon avec Mistwalker). D’ailleurs chaque membre des ces studios clame son amour pour la saga de Konami initiée par Keiichiro Toyama (parti chez Sony après SH1 et qui bosse sur la série des Forbidden Siren). Cette sous-traitance fait peur, mais on peut la rapprocher de ce qui s’est produit pour SH Origins. Un titre développé par Climax pour le compte de Konami, avec comme caution artistique le seul Yamaoka à la musique. Et le résultat s’était montré très bon, à défaut d’avoir surpris. Comme je l’avais dit au moment du test du jeu PSP, le fait est que SH est une saga très particulière, à l’esprit typiquement nippon. Ce manque qu’on retrouvait dans SH Origins sera donc forcément présent dans SH 5 Homecoming.
Deuxième inquiétude et relié à ce développement par des non-japonais : le scénario et l’ambiance, voire la direction générale prise par ce SH5. Comprenez moi, je ne dis pas que les bons jeux ou survival-horror ne sont l’apanage que des seuls japonais, mais le cas de Silent Hill est très particulier. Tellement d’ailleurs que je me demande si son esprit et son identité peuvent survivre à ce changement de nationalité de l’équipe. La science du suggéré, du non-dit, le traitement de la psychologie des personnages sont autant de marque de fabrique de cette série et la Team Silent ressentaient viscéralement son jeu et comment l’aborder. Alors que Yamaoka annonçait lors des prémices du développement que l’ambiance de Homecoming lorgnerait plus vers SH2 et les autres (le meilleur épisode à mon goût et à celui de pas mal de fans), voilà qu’on se retrouve avec un vétéran de guerre parti enquêter sur la disparition de son frère. Même si le nom de famille du héros possède apparemment un lien avec Mary, la femme de James dans SH2, on ne peut que tiquer du choix du protagoniste principal. Un militaire. Tous les héros de la série jusque là s’étaient caractérisés par leur statut de perso lambda. Ni trop musclé, ni trop débrouillard, de vrais mecs du peuple. De ce fait l’immersion et le fait de les voir confronter à des situations improbables renforçaient le sentiment d’insécurité. Les bastons, et la jouabilité dans son ensemble étaient alors volontairement rigides, dépourvues d’action et respirant la vulnérabilité. Pourtant notre militaire est annoncé comme familier avec le maniement des armes, sa palette de mouvements s’est accrue (action dynamique comme enjambé des obstacles) et les premières vidéos font plutôt peur (mais dans le mauvais sens du terme).
L’ambiance et les différents filtres graphiques (marque de fabrique de la série avec le brouillard) sont aux abonnés absent et c’est même toute la réalisation qui sonne mal. Le tout est trop propre, trop lissé, les textures ne sont pas folichonnes, les modélisations des visages sont plutôt quelconques. On a l’impression de se retrouver face à un jeu d’action (cf. la maniabilté typée FPS, l’indicateur des dégâts idem) très banal, comme on en voit des dizaines. Et c’est bien là le soucis. SH n’est pas une saga comme les autres. Et je passe sur le chara-design et le monstre-design très décevant (bien qu’il ne s’agit que d’une question de goût). Ce qui me fait peur, c’est que la dernière salve de photos dévoilées montrent un titre bien moins réussi que les premières tofs issues des versions en développement. Je vous laisse juger sur pièce, mais c’est assez édifiant (sans compter que le look du héros est encore moins réussi). On croirait voir un jeu PS2 (ou Wii). Souvenons-nous de la qualité graphique des quatre premiers SH (notamment la modélisation des visages et les scènes cinématique.
Pour finir cet article, essayons de comprendre ce qui a poussé Konami a détruire ainsi cette saga. La réponse est claire. Par son aspect typiquement nippon et son gameplay plutôt minimaliste, SH n’avait que peu de chance d’attirer à lui le grand public (surtout américain). Ce n’était d’ailleurs pas un hasard si SH3 était sorti en Europe en premier, montrant ainsi le peu d’aura que possède la saga outre-Atlantique. En redonnant un cachet plus ricain à l’ensemble (moins typé et moins particulier) et faisant la part belle à l’action (maniabilité, interaction, combats revus), ce Homecoming souhaite surfer sur la vague initié par le succès du film. Il est donc tragique de constater que pour une fois qu’une adaptation d’un jeu vidéo au cinéma est réussie, elle conduise à prostituer et à polluer la source première (SH5 s’en inspire plus qu’ouvertement, surtout au niveau du design). C’est quand même un scandale et je doute que Christophe Gans serait ravi de cela. Néanmoins, comme je le disais dans mon intro, gardons à l’esprit que tous ces sentiments ne se basent que sur un à priori de fan. Et prions de tout cœur pou que le titre soit réussi afin que cette saga ne sombre pas dans la médiocrité. Et surtout, espérons que pendant ce temps là, la Team Silent bosse sur un nouveau projet aussi fort et novateur que l’était SH1 à l’époque de sa sortie.
