Si le dernier jour de cette Japan Expo 2010 s’est avéré riche en évènements, il faut bien dire qu’il était avare en conférence sur les jeux vidéo : le scène prévue pour ces derniers n’en accueilli que trois pendant la journée. J’esquivais la première, qui allait présenter les métiers du jeu vidéo, pour m’intéresser aux deux qui suivent, ne sachant pas encore que la dernière d’entre-elles – une surprise – allait s’avérer être un concours de New Super Mario Bros. Parmi ces trois-là, la conférence des Chroniques de Player One, une primeur, était tenue à l’occasion du livre paru pour les 20 ans du mag.
Player One, mon amour
Cyril Drevet (Crevette), bien connu des amateurs de voitures pour sa participation à l’émission Turbo et qui officie de en temps en temps chez Gameblog, était présent en compagnie de Patrick Giordano (Matt le Fou), Pierre Valls (Pedro) et Olivier Richard. Les débuts de la conférence, qu’on aurait souhaité mieux guidée, se prêtèrent aux bons souvenirs de l’époque, passage obligé quand il s’agit de parler d’un mag comme Player One. Mais j’ai trouvé plus intéressant la suite de la conférence, les questions parfois maladroites du public amenant aux réponses pertinentes de personnalités qui ont baigné dans les débuts du jeu vidéo. Ainsi, aux interrogations – succinctement résumées – qui évoquaient les jeux vidéo comme étant essentiellement des graphismes ou des productions formatées, ce sont souvent Cyril et Patrick qui ont pris la parole pour expliquer qu’à l’époque ce n’était guère plus glorieux, qu’il y avait aussi « beaucoup de merdes » et qu’il ne fallait pas résumer les jeux d’aujourd’hui à leur graphismes. L’époque n’est pas la même, les gameplays ont évolué, il y avait de bons jeux à l’époque et il y en a toujours aujourd’hui ; sans doute même que le niveau est globalement plus important de nos jours, semblaient-ils dire, vu que désormais les blockbusters ont tendance à monopoliser les ventes (sujet sur lequel on reviendra prochainement) et à tirer la qualité vers le haut. Une chose n’a pourtant guère bougé : la présence d’émission sur les jeux vidéo à la télévision. A ce sujet, Cyril n’est pas passé par quatre chemins : « Je n’ai jamais vu des gens aussi butés ». Évoquant les difficultés d’alors pour parler d’un média qu’on jugeait à l’époque tout aussi obscur qu’un Dragon Ball, Cyril créa la parallèle avec l’attentisme d’aujourd’hui. Visiblement, W9, qui fait partie du groupe M6, avait toutefois souhaité se lancer dans l’aventure, et si vous n’en avez pas entendu parlé, c’est que, ne sachant quoi faire avec, et la pensant destinée aux enfants, elle fut diffusée à 11h du matin.

Pour l’aspect plus commercial des choses, c’est Pierre Valls qui pris la parole, ajoutant que l’industrie du jeu vidéo n’est pas encore aux mains des costards-cravatte, qu’elle a tendance à être considérée comme une sous-culture et qu’il vaudrait peut-être mieux qu’il en reste ainsi, de peur qu’on perde l’aspect créatif et qu’on arrive à une configuration similaire à l’industrie cinématographique.
En ce qui concerne Les Chroniques, difficile toutefois de savoir si le succès a été pleinement au rendez-vous, Pierre Valls ayant quelque peu éludé la question de CouCou (qui était également sur place avec Med) en évoquant un « carton » sans doute un peu exagéré, tout comme ils n’ont pas su dire si l’opération serait renouvelée par Pika Edition.
J’ai trouvé intéressant de mettre en contraste cette conférence avec celle déjà donnée par Alain Kahn et Olivier Richard plus tôt dans l’année lors de la Japan Expo Sud. Tous deux évoquaient alors les difficultés économiques que peut représenter l’aventure papier à l’heure actuelle ainsi que le manque de présence des jeux vidéo à la télé, le présentant comme un concurrent, chose qu’on aurait sans doute souhaité entendre lors de l’autre conférence. Annonçant l’émergence de nouveaux contenus numériques, Alain Kahn comme Olivier Richard ont soutenu l’idée qu’il y aurait toujours des passionnés pour parler des jeux vidéo, mais qu’il se posait la question de l’évolution de la presse et de l’édition. Olivier a même tenu à ajouter que « l’information du jeu vidéo aurait un nouvel âge d’or » que l’on devine comme étant au moins partiellement vrai, tant la situation de la presse – vidéoludique ou non – semble être alarmante.

Les jeux vidéo
On s’avouera facilement que les jeux vidéo ont su captiver leur audience, ne serait-ce que grâce au gigantesque écran du stand Sega, et des 120db crachés en permanence par le mastodonte. Question jeux vidéo, il y en avait donc évidemment beaucoup et pour tous les gouts. Impossible de tous les tester malheureusement, mais ce fut au moins l’occasion de s’intéresser à certaines nouveautés.
La firme du hérisson bleu avait mis le paquet et a fortiori ils avaient raison : Vanquish en exclusivité, Sonic Colours en exclusivité, et une kyrielle de titres issus de leur licences phares : Yakuza 4, Sonic 4, Phantasy Star Portable 2, Crazy Taxi, Sonic Adventure. Dommage, pourtant, que ni Sonic Colours ni Vanquish n’aient été jouables mais plutôt livrés à un démonstrateur lors d’horaires donnés. Et que dire, si ce n’est que chacun de ces titres s’annoncent particulièrement prometteurs, et qu’il faudra attendre la rentrée pour tâter de Vanquish et des remakes Dreamcast.
L’on aurait pu ignorer que Kinect était là si on avait pas vu le petit bestiau posé sur la télé. Disponible au public via le jeu Dance Dance Revolution, le périphérique récemment présenté par Microsoft lors de l’E3 était disponible aux visiteurs voulant l’essayer. On regrettera tout de même que le gameplay du jeu en question n’ait pas permis d’apprécier la précision et la réactivité de Kinect puisqu’il requérait visiblement de mimer des gestes donnés en exemple.
On trouvait également le prometteur Castlevania : Lords of Shadow sur le stand de Konami. Nerveux, aux décors réussis mais dans les tons habituels (gris-marrons), le titre ne m’a pas bouleversé, et si l’on devine que le gameplay sera au poil, il faudra voir s’il tient la longueur lors de sa sortie, en octobre.
Nintendo, fidèle à eux-mêmes, avaient mis à disposition plusieurs Wii et DS mais, grosse déception, pas de 3DS, pas même en démonstration. S’il était sans doute trop tôt pour cette dernière, le stand nous aura tout de même permis de jeter un œil sur Ghost Trick, le dernier né des créateurs de Phoenix Wright, déjà traduit en français et à l’esthétique soignée, qui paraitra à la fin de l’année, ainsi que Dragon Quest IX, très mis en avant et dont la sortie est imminente, et Lost in Shadow, plus anonyme mais au moins aussi séduisant.

Ils avaient fait le déplacement
JeuxActu étaient sur place et tenaient un stand assez imposant qui nous donna l’occasion de découvrir le AR Drone de Parrot, déjà présenté en mars lors de la GDC, tout comme Gameblog qui, semble-t-il, avait pris part à la présentation de Final Fantasy XIV la veille. Pix’n Love s’étaient glissé dans le stand de Micromania .
Côté créatifs, Iwadare, compositeur de Grandia, Lunar et Phoenix Wright, était présent pour une séance de dédicace et un concert de ses créations auquel je n’ai pas eu le plaisir de prendre part.
Côté n’importe quoi, les Gamushara Oendan assuraient le spectacle pendant l’ensemble de la Japan Expo. J’ai notamment eu le plaisir de les voir débarquer pendant la conférence de Hero Corp, survoltant l’audience et l’ensemble des acteurs, morts de rire pour la plupart.

Le mot de la fin
A propos de l’organisation et de l’encadrement. Je suis véritablement ravi qu’un salon comme la Japan Expo prennent de l’ampleur mais le temps d’attente pour entrer demeure à mon sens assez problématique, mais pas autant que la circulation chaotique une fois à l’intérieur. Même si désormais l’espace Comic Con concentre la plupart des jeux vidéo et que le salon a véritablement doublé de taille en quelques années, procurant plus d’allées pour circuler, certains stands comme celui de Nintendo demeurent côté Japan Expo, ce qui est véritablement une aberration quand on voit toute la place qui était encore disponible côté Comic Con. L’on devinera d’ailleurs facilement que beaucoup de personnes, en dépit d’un plan et d’un planning fournis en bonne et due forme à l’entrée, errent dans le salon sans trop pouvoir se repérer. Un vrai découpage, et peut-être des sections marquées d’une couleur en particulier aideraient considérablement à se repérer.
En ce qui concerne les jeux vidéo, le constat est en demi-teinte : pas mal de jeux, mais très peu présentés comme il faudrait via un nombre de bornes suffisantes. Le succès du salon ne peut qu’améliorer cette caractéristique et l’on espère que d’autres éditeurs prendront exemple sur Sega.
