Apprécier un jeu, c’est extraire toutes les qualités de ce dernier, autant techniquement par les graphismes et l’animation qu’émotionnellement par son scénario ou sa bande-son. S’il y a des qualités intemporelles, d’autres le sont moins ; ainsi est-ce qu’un jeu peut – ou doit – être perçu à un seul moment précis : celui de sa sortie?
La vraie question serait plutôt : «Est-ce que si je joue à ce jeu hors contexte je vais l’apprécier autant que si j’y avais joué lors de sa sortie ?». A cette question je répondrais « ça dépend ». Car s’il est évident que pour une catégorie de jeu il est nécessaire, obligatoire, voire vital pour son appréciation d’y jouer au moment de sa sortie, une seconde classe de soft se distingue par une certaine intemporalité.
La première catégorie
Tout d’abord, si le jeu n’est pas gorgé de quelque chose de magique comme un scénario, une ambiance ou un gameplay original, il est sûr que son jugement se portera sur des aspects techniques. Et là parfois quelques mois suffisent pour voir les tares émerger sur un soft où quelques semaines plus tôt (j’exagère) les textures ou les graphismes en général vous paraissaient jolis. Prenez par exemple Kameo Element of Power, ce dernier, développé par Rare, est sorti lors du line up de la console Xbox 360. Le contexte est très important dans notre exemple, car le jeu a reçu un très bon accueil, autant critique que public. Prenez-le aujourd’hui, et bien les textures baignant dans la cire (bupmapping), la surenchère constante d’effet de lumière et de particules vous sauteront aux yeux. Kameo fut l’étendard de la next gen, voilà pourquoi il y a eu tant de misées sur la technique de la part des développeurs. Et cela a marché, je ne remets pas en cause les autres critiques, nous aussi nous sommes tombés dans le panneau. Car il est évident qu’on ne juge pas un titre de line up comme un autre jeu, la tolérance est de mise surtout quand ledit line up est pauvre et que l’objet de la critique constitue ce qu’il y a de mieux en terme de jeu d’aventure. Tout ébloui par cette vitrine next gen, la linéarité, la progression artificielle ou même la durée de vie de Kameo sont passées au second plan. Et le jugement n’est que plus sévère aujourd’hui quand on voit la concurrence graphique actuelle, pire encore un certain Zelda Twilight Princess est passé par là. Nous constatons donc que jouer à un jeu à sa sortie est essentiel pour se faire un avis concret. Effectivement les gens de Rare se garderaient bien de la comparaison avec Zelda.
La seconde catégorie
Les jeux concernés par cette catégorie sont immortels, et même après avoir joué aux cadors actuels ces derniers n’en souffrent pas. La comparaison est de rigueur mais seuls les graphismes pourront être attaqués, et encore, ils sont tellement associés aux émotions de l’époque qu’il serait pêcher de les changer. Prenons le même exemple, Zelda Twilight Princess, qui est sorti comme Kameo dans un contexte de lancement, constitue aussi la vitrine next gen (en tout cas en terme de gameplay). Malgré toutes les similitudes, je doute que dans un an Zelda soit remis en cause. Certes sa plastique aura vieilli, mais le design est tellement travaillé qu’on ne pourra blâmer les graphismes. Cette seconde catégorie concerne les jeux qui sont peaufinés dans leurs moindres détails, et c’est ce perfectionnisme qui donne cette intemporalité aux titres.
Ceci permet de faire le distinguo entre les grands jeux capables de démontrer des qualités à n’importe quel moment dans le temps et les bons qui plaisent mais dans un contexte donné. De plus on remarque que c’est encore nous occidentaux et européens de surcroît qui sommes lésés par cet état de fait. Un jeu met parfois plusieurs mois, voire années (Baten Kaitos, ValPro), à traverser les frontières. Parfois, à cause de ce décalage, le jeu perd de sa superbe, mais heureusement pour nous c’est souvent les grands jeux qui tardent à arriver. On se retrouve donc, comme d’habitude à la ramasse, mais conquis de trouver dans nos consoles les hits qui transcendent le jeu vidéo.
