Avec un peu de recul : l’affaire Rule of Rose

C’était le 23 Novembre dernier qu’est sorti en France le jeu le plus polémique de 2007, Rule of Rose, survival horror japonais du studio Punchline. Son contenu fut taxé de “nazisme ordinaire” par Lionnel Luca sur LCI, le jeu édité par 505 Games s’est vu affublé des termes de barbare, de simulation de viol pour ne citer qu’eux, mais après un an d’existence dans l’hexagone, qu’en est-il vraiment ?

Sorti dans une période creuse dans la vie du survival horror, Rule of Rose (RoR) a attiré tout les regards vers lui grâce à cette polémique que je ne m’explique toujours pas aujourd’hui. Certes, RoR repose sur un scénario lugubre : après la mort de ses parents, Jennifer, adolescente pour le moins frustrée, frigide et timide voyage en bus en direction de l’orphelinat lorsque qu’elle rencontre un garçon énigmatique. Celui-ci lui donnera un cahier, vierge au début, ce qui attisera la curiosité de notre héroïne et l’amènera inexorablement vers un orphelinat perdu dans la pampa et très particulier : en effet, ici les enfants font la loi.

C’est sur ces bases que repose RoR, sur la méchanceté des enfants entre eux, sur leur perversité aussi lorsqu’ils ne sont pas cadrés, que la morale ne leur est pas inculquée, sur leurs actes qui ne sont pour eux que des jeux mais qui se révèlent être finalement sadiques. Alors certes RoR n’est pas un conte de fée, certaines scènes ne sont pas à la portée des plus jeunes, mais on en revient toujours au même point, pourquoi tant de cinéma pour protéger nos têtes blondes d’un jeu interdit au moins de 16 ans ? Rule of Rose est tout aussi violent qu’un Silent Hill, bien que le premier soit plus pernicieux, car touchant les mœurs et l’éthique. Rien dans le jeu ne mérite les diffamations qu’il a subit, car oui traiter un jeu de “simulation de viol” sans même s’être renseigné sur son contenu n’est rien d’autre que de la diffamation, je pense que tout le monde sera d’accord. Rule of Rose est un jeu adulte, et le problème vient une fois de plus de l’habitude des gens à assimiler le jeu vidéo aux “djeuns” et ainsi de continuer à le traiter sans le recul qui lui convient aujourd’hui. Au cinéma Saw n’est il pas un film barbare ?

Mais en dehors de ce côté polémique et de la pub involontaire dont le jeu a hérité pour le coup, qu’y a t’il derrière l’épopée de Jennifer ? Pas grand chose à vrai dire. Pas très beau, avec un gameplay supra mou, RoR est loin d’être un bon jeu. Pas non plus une daube, mais juste un soft correct et même un peu en dessous de la moyenne de l’époque. Avec son ambiance malsaine il a surtout attiré les fadas de survival en manque depuis quelques temps et les joueurs curieux de découvrir ce titre qui avait défrayé la chronique.

Qu’en est il de ce qui devait être l’atout du titre à sa sortie, mais qui, au final, s’est retrouvé un peu zappé à mon goût ? Je parle du rôle de Brown, un labrador qui subit les jeux sordides des enfants de l’orphelinat ainsi que toutes les plaisanteries malsaines qui traversent la tête des “aristocrates du crayon rouge” (ordre créé par les chérubins dans l’orphelinat). Le chien sera libéré par notre héroïne peu après le début du jeu et sera au coeur du gameplay, en devenant son principal vecteur de recherches. Il suffit ainsi de lui faire sentir n’importe quel objet pour que notre meilleur ami nous amène à un autre objet lié. A la base, ce concept semblait mériter que l’on si attarde, mais il rend très mécanique : il ne devient qu’une exploration inexorable et sans finesse des lieues mêlée d’allers-retours fatigants dus à la mollesse du gameplay.

Reste en fait l’ambiance, qui elle, par contre, n’a pas souffert et reste encore aujourd’hui angoissante et prenante, et qui à elle seul fait que Rule of Rose vaut tout de même le coup d’oeil.

Avec le recul donc, puisque c’est le titre de cet article, je ne comprends pas pourquoi tant de brouhaha autour du jeu. Une seul chose de sûre, sans cette polémique, RoR serait passé presque inaperçu dans le paysage vidéoludique lors de sa sortie. Peu original et techniquement déjà limite pour l’époque, Rule of Rose aurait sans doute fait un bide si la politique ne s’était pas mêlée à l’affaire. Ironie du sort pour des politiciens voulant empêcher la vente du jeu et qui, pour le coup, l’on justement propulsé au devant de la scène. Au lieu de laisser glisser RoR sur le fleuve jeu vidéo et ainsi le voir tomber dans un anonymat quasi complet au yeux du grand public et, je suis sûr, d’une bonne partie des joueurs, nos élus n’ont fait que créer un buzz autour d’un titre qui ne le mérite pas vraiment.