La plupart des gros jeux attendus sont rarement appréciés de la même façon par les joueurs, et plus l’attente est longue et les espoirs grands, plus la critique peut être sévère, car on ne brise pas impunément le cœur d’un joueur. Et tous les testeurs du milieu sont avant tout des joueurs, sauf que leurs avis divergent énormément. On peut le voir dans les récents cas de Spore, Far Cry 2 ou Fallout 3. Et c’est la que ressort cette idée ancestrale qui veut que « indépendance = objectivité » et « gros journaux = corruption ». Jetons un pavé dans la mare.
Console Syndrome est un site on ne peut plus indépendant, tellement indépendant qu’on a même pas de rédaction. C’est dire. Mais depuis pas si longtemps on a cédé une partie de notre indépendance pour du confort. Avant on achetait nos jeux pour les tester, aujourd’hui on en reçoit quelques-uns. Oh, juste les principaux, pas encore les productions tchèques les plus profondes, mais c’est un énorme pas en avant. Cependant, nous devons tester les jeux que l’on reçoit sous peine de ne plus en recevoir. Personne ne nous a encore demandé d’être gentil avec tel ou tel jeu, mais c’est déjà une forme de pression. Partant de ce principe, on peut d’ores et déjà dire qu’aucun magazine/site professionnel n’est indépendant, car tous reçoivent des jeux. Ce ne sont pas des vendus pour autant, juste des « professionnels ».
Et à partir de ce point, nous voyons nous-même la différence de point de vue que nous apportons aux tests. Quand on achetait nos jeux, c’était souvent un acte réfléchi, un acte considéré qui nécessite un peu de recul et de documentation, afin de savoir si oui ou non on est prêt à sacrifier autant d’argent dans un soft, s’il le mérite vraiment ou si on ne s’amusera que quelques heures, voire pas du tout. Et on est par définition plus indulgent. On passe plus facilement sur ses petits défauts, en se raccrochant à cette idée « qu’il doit sûrement valoir ses 60 boules ». Très loin de l’objectivité du testeur professionnel, mais très près de ce que pense un vrai consommateur. Mais aujourd’hui les jeux défilent, c’est une véritable orgie vidéoludique, et finalement plus aucun ne possède encore une plus-value sentimentale, et tous se retrouvent au même niveau. On a la critique facile, on se blase beaucoup plus vite, mais quand un jeu nous accroche, nous tient vraiment en haleine, au point d’y jouer encore après le test, on sait qu’on en tient un bon. Plus d’objectivité, mais moins proche des joueurs.
A présent abordons ici le problème de la corruption, nettement plus difficile à traiter. On ne va pas la nier en bloc, elle est souvent visible, et c’est même une vraie tradition dans ce média. Je ne parle pas du sac en jute avec un gros dollar peint dessus, rempli de diamants africains qu’on fait passer sous la table du redac’ chef, mais de la corruption traditionnelle. Rien que les fameuses Babes qui ont fait la réputation de l’E3 avant sa mort (bientôt ressuscité ?) sont là pour attirer les journalistes et les mener aux présentations des jeux, ou encore les Press Tours qui font tout pour charmer les même journalistes, avec des voyages tous frais payés ou des stages de sport extrême, des soirées en club privés, etc. Jusqu’aux kits press qui font rêver les geeks collectionneurs, véritables bijoux 100 fois plus intéressants que l’artbook des versions collectors. Cette gentille corruption est connue de tous et personne ne s’en plaint. Mais il reste cette idée tenace que les cadors du genre sont achetés par les studios pour faire de bons papiers. C’est peut-être vrai, mais comparons le redac’ chef de Console Syndrome et celui de Jeuxvideo.com. Si le premier s’enorgueillit de centaines de visites par jour, de recevoir quelques kits press et de peut-être se payer un voyage à la sueur de son front pour un salon de jeux vidéo, le second, lui, est juste le gérant du plus grand site français, ne sait plus quoi foutre de ses kits press et a des accréditations pour tous les salons. Demain, on peut nous sucrer nos jeux gratos si on joue pas le jeu, demain personne ne peut rien refuser à Jeuxvideo.com. Qui est le plus facilement corruptible ? Alors évidemment nous corrompre n’a que peu d’impact (surtout qu’on ne pourra me corrompre que contre une Aston Martin V12 Vanquish, avis aux amateurs), mais le prix à payer pour graisser la patte de n’importe quel gros magazine est immense.
D’autant plus qu’il en existe beaucoup à corrompre en même temps, imaginez le coût pour les développeurs. Alors je ne dis pas que la corruption n’existe pas. Je veux bien admettre que certains accords d’exclusivité ou tout simplement le besoin d’écrire un article adapté à son lectorat puisse orienter un test, ou le rendre plus indulgent/mordant, mais je ne crois pas qu’un jeu soit décrit comme exceptionnel si c’est une sombre bouse. Dans un autre ordre d’idée, certains sites/mag sont devenus célèbres pour être à contre-courant, très virulents dans leurs propos, et beaucoup de sites « indépendants » ont fait de l’anticonformisme leur cheval de bataille, avec un tel désir de paraître différents qu’ils ne manquent aucune sortie de jeu attendus pour dire l’inverse de ce qui se dit de façon unanime, plaidant la corruption des grosses enseignes et le teint éclatant de leur propre rédaction, cultivée et juste, qui joue vraiment aux jeux et ne fait jamais sauter ses PV.
Le problème vient aussi en partie des lecteurs, bien trop partisans pour tel ou tel magazine, certains poussant au fanatisme et se livrant une gue-guerre ridicule par forums interposés, conchiant allègrement les rédactions et lecteurs qui ne pensent pas comme eux. Alors évidemment je ne parle là que d’une minorité d’intégristes, celle qu’il faut oublier, car un lecteur avisé saura piocher dans les centaines d’avis différents que proposent les magazines spécialisés et surtout Internet pour se forger une opinion. Ou mieux encore, se forgera une opinion par lui-même, sans se soucier des autres, risquant de perdre la somme qu’il a investie dans le jeu. Mais on ne peut pas reprocher aux plus fortunés de jouer.
Que penser alors du complot obséquieux qui ravage les grands journaux ? Qui est le plus objectif ? Qui a tort, qui a raison ? Ces débats stériles restent sans fin, et à moins qu’une affaire telle que le Watergate n’éclate au grand jour dans notre milieu, il faut savoir être éclectique et faire la synthèse de tous les avis. Quand on a la chance d’avoir accès à faibles coûts à toutes les informations disponibles sur le net, et en presse spécialisée, il faut savoir la saisir et sortir la tête de son guidon.
