L.A. Noire ou la réticence à y aller franco !

Analyse - L.A. Noire hésite avant de sauter ! Pourquoi le JV ne peut-il aller à fond dans ses ambitions ?

La Team Bondi, épaulée par Rockstar, n’a pas lésiné à mettre les pieds dans le plat, faisant valdinguer les notions d’uncanny valley et de photoréalisme pour mieux nous proposer une expérience unique. Pourtant, j’ai trouvé que dans l’application, les créateurs ont maladroitement gambillé autour du pot pour mieux céder aux foudres célestes des codes du médium (je sais c’est mon fond de commerce). Avant que l’on me traite d’arroseur arrosé – car oui je tire un peu sur la corde – exposons les faits.

Comme l’a très justement couché sur l’écran notre ami Carta dans son test d’hier, L.A. Noire s’articule autour d’enquêtes. L’écriture, la réalisation, la bande-son vont de concert pour présenter sous leurs meilleurs jours des affaires importantes. La narration, aussi gauche soit-elle, sert de levier à l’investigation de Cole Phelps. Même la technologie (le motion scan) a été élaboré pour mettre en lumière ce pan du jeu et pousser toujours plus loin l’immersion. Pourtant, comme une obligation, les développeurs ont ajouté des séquences annexes. La critique d’hier y revient avec justesse (toujours), les séquences de fusillades et de courses poursuites tombent là, penaudes et innocentes, comme de la soupe sur les cheveux. En plus d’être peu distrayantes, elles sont assumées par leur géniteurs comme accessoires, anecdotiques et même carrément inutiles, car potentiellement jetables. Rappelons qu’après trois essais lors de l’une ces scènes, le jeu abdiquera et proposera de lui-même la possibilité de sauter ladite séquence.

Un furoncle sur le front de Rihanna ? C’est peut-être aller trop loin dans l’analogie, mais pourquoi entacher si brutalement la démarche principale de L.A. Noire avec ces quêtes annexes ? Vroum vroum boum boum, c’est le abracadabra des studios pour changer le plomb en or. C’est à dire titiller le casual gamer grâce à des mécaniques qui l’attirent et qu’il connaît. Rockstar jouit d’une image assez unique. Cela grâce à sa politique globale (brillamment exposée mardi dernier) et aux succès de ses anciens titres. Des jeux très subversifs qui plaisent énormément au plus jeunes. Bien que L.A. Noire arpente de nouvelles collines, il ne fallait pas oublier ces joueurs, vraie manne pour les responsables financiers. Mais hormis tenter le joueur de GTA, quelle pourrait être la raison de cette ingérence d’action inopinée ? L’immersion ? Jean doute et moi aussi ! Je n’ai pas étudié l’histoire de la police ou lu La Criminologie pour les Nuls, néanmoins, j’ai du mal à imaginer les flics de l’époque dégainer tous les trois matin pour une petite canaille ou faire vrombir le moteur de la caisse de service jusqu’au rupteur pour un voleur d’orange (Michal ?).

Rockstar brille par la qualité de ses univers, rarement clichés, une porte nous ait donc laissé entre-ouverte afin de pouvoir y apprécier son unique moelle sans artifices ni parasites. On peut donc zapper les fusillades et les séquences en voiture. A une époque où la quête de contenu est payante (DLC), ici, on nous incite à nous restreindre à la recherche d’indices et aux interrogatoires. Mais le fond du problème n’est pas là, et je vous renvois au titre de l’article. Pourquoi un jeu vidéo aujourd’hui ne peut t-il pas se tenir à une aspiration franche, un propos clair et un postulat affirmé, sans pour autant tout gâcher par l’intégration de considérations qui fonctionnent et qui font vendre ? Nous l’avons vu plus haut, toucher un maximum de joueurs est sans aucun doute l’explication. Est-ce louable ? Oui. Compréhensible ? Aussi. Dommageable ? tout autant !

Ces quêtes annexes justement, celles-la même qui pervertissent un brin l’essence du jeu. Ces quarante petites affaires peuvent aussi cristalliser le quotidien d’un inspecteur des années 40. Beaucoup de joueurs ont plongé dans cette atmosphère atypique en singeant les journées pas toujours passionnantes, mais redondantes, de Cole Phelps. C’est très personnel, mais franchement, ça ne prend pas. Légitimer le côté répétitif du jeu par cette immersion improvisée n’a pas fonctionné, je n’y crois pas une seconde. Je ne pense vraiment pas que l’aspiration première et viscérale de la Team Bondi était de retranscrire au mieux la vie d’un flic. Dans ce cas où son les vendeurs de Donuts ? les machines à cafés ? les sessions de surveillance de plusieurs heures ? les escortes de témoins ? et autres séquences pénibles qui, elles, traduiraient bien les routines du métier. Pour moi, cette répétitivité est un mauvais amoncellement de missions, mais surtout, la fâcheuse résultante d’une recherche d’augmentation de durée de vie. La tare du jeu vidéo. Il est vrai que pour certain, il faut justifier les 70 euros investis dans un titre par une durée de vie conséquente. Mais tout dépend se qu’on recherche. Parfois, un jeu trop long ou artificiellement étiré va perdre de son intérêt, de sa qualité. Une considération dont les autres média se fouttent. On ne juge pas un livre, un film, une série, à son nombre de page, sa longueur ou son nombre d’épisode. Tenter de retranscrire l’intimité d’un flic est louable, mais n’est pour moi qu’une excuse pour justifier ou camoufler la vraie intrigue. L’évolution de la carrière de Phelps représente le cœur du jeu. Les à côtés contribuent à cette monté en puissance, mais ne font que plomber son appréciation par le joueur. En apparté, pourquoi dans un jeu vidéo on devrait se taper le quotidien d’un flic ? Dans les films, livres ou séries du genre, on suit des inspecteurs dans l’enquête de leur vie (Seven, 24, La Trilogie du Mal, etc.), et non pas sur l’interpellation d’un jeune qui tape la roue en Booster. Rien n’est sur, mais ces affaires facultatives ne doivent être pour les développeurs qu’une exigences parmi d’autres à honorer dans un long cahier des charges. Avec des budgets aussi colossaux, on se doute que la Team Bondi est été gentiment guidé. Ces choix, peut être forcés, se ressentent et se remarquent sur un tableau qui dépeint une ambition nouvelle. Dommage.

L.A. Noire est un grand jeu, par sa qualité intrinsèque, mais surtout pour ses tentatives et son approche. Mais comme pour l’uncanny valley, qui nous fait remarquer les moindres défauts d’une chose se rapprochant grandement de la réalité, les titres qui poussent la réflexion dans d’autres sillons que ceux creusés par la majorité se distinguent malheureusement par leur derniers attributs non révolutionnaires. Loin de moi l’idée de tirer sur l’ambulance, L.A. Noire fait avancer les choses. C’est un jeu brillant sur nombre de points. Mais même si la maturité et le gain financier résolvent à 99% des cas les interrogations que nous pouvons nous poser sur la direction que prend le médium, il est quand même intéressant de pointer du doigt les tendances qui peuvent refreiner son évolution.

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