Le tribunal vidéoludique – Affaire n°4 : Counter Strike : Global Offensive

Rejuki et d4rk_k3v1n_69 (pardon) tentent de te convaincre, lecteur d'extrait, que CSGO c'est bien ou nul. Moi je sais.

Juge inébranlable : Cartapouille

Procureur général: d4rk_k3v1n_69

Avocat de la défense : Rejuki

INTRO DU JUGE

Chers lecteurs, chères lectrices, la galanterie est aussi morte que cette chronique. C’est la réflexion que je me faisais ce matin lorsque, alors que j’insistais auprès de ma copine pour lui déconseiller d’essayer d’ouvrir la porte devant moi avec le couteux nouveau frigo dans les bras, je reçus un mail de ces deux excités qui me tiennent parfois lieu d’amis quand les anniversaires approchent. Ils étaient en désaccord sur la valeur à apporter au « nouveau » Counter Strike, un jeu de tir online célèbre autant pour ses compétitions e-sport que la maturité de sa communauté, probablement responsable du « lol ». Bref, ils se crêpaient le chignon pour me convaincre que oui c’est bien ou que non ce n’est pas chouette, avec forces arguments déroutants. Dépité, j’étais sur le point de vendre leurs adresses à des mail-listes chinoises lorsqu’ils me proposèrent de s’affronter sur le ring des tribunaux vidéoludiques. Et paf, alors que dans un bruit assourdissant le frigo aplatissait ma bien-aimée, le Tribunal Vidéoludique renaquit de ses cendres.

Messieurs, à vous !

Procureur génital : d4rk_k3v1n_69

Françaises, Français ! Jurées, jurés, lectrices adorées lecteurs adulés, mon poisson rouge, mon cactus, mon ornithorynque de baignoire ! Monsieur le Juge, public mon amour, j’accuse le jeu Counter-Strike Global offensive d’être une hérésie, une farce facétieuse, que dis-je, un étron stercoraire du monde vidéoludique ! Oui mesdames et messieurs, j’accuse la société Steam de se payer notre tête avec la réédite d’un jeu archaïque et obsolète faisant fi d’une décennie d’évolution programmatique ! Mais de qui se moque-t-on ? C’est un scandale ma bonne dame, un scandale !

Avocat de la défonce : Rejuki

 

Monsieur le juge, lecteurs affligés. Remerciant mon opposant pour sa miteuse introduction qui saura vous convaincre du misérabilisme de son plaidoyer, entendez à présent les faits. Le jeu Counter Strike : Global Offensive, non content de reprendre les initiales de notre site préféré, s’est vu être proposé sur la géniale plate forme de jeux Steam il y a peu, pour un prix dérisoire. Prix dérisoire pour un jeu qui ne l’est pas ! En effet, l’orage entre les communautés CS 1.6 et CS Source gronde depuis des années, guéguerre envenimée par les caricatures hebdromadaires de 4.6 Hebdo. Ce nouvel opus nous propose de mettre tout le monde d’accord. Réunir les communautés autour d’un projet commun dans lequel pourront s’exprimer modeurs, hackeurs, campeurs, rageurs et petits beurres, n’est ce pas la plus noble des intentions ?

 

Procureur généraliste : d4rk_k3v1n_69

 

C’est un scandale, un scandale ! Il est flagrant que Maître Rejuki se laisse naïvement berner par un guet-apens commercial vieux comme le monde ! Celui de l’appel à la nostalgie et de l’authenticité. « La confiture Bonne Maman, la confiture authentique et artisanale de ma grand-mère du Périgord ». « Café Grand-mère, le bon café des matins ruraux qui sentent le foin chez mamie chérie ». « Banania, le bon chocolat au temps béni des colonies ». Foutaises ! Les temps ont changé, les modes de production et d’exigence aussi. Aussi ardu soit il de trouver le bon équilibre entre authenticité et innovation, on ne pourrait dire de CS:GO qu’il est un nouveau jeu. C’est une réédition tout au plus, tant certains aspects de l’ancien gameplay se font obsolètes. Qui voudrait en 2012 un jeu où les modélisations sont au cubisme ce que Minecraft est à Picasso ? Qui voudrait un jeu où les collisions entre équipiers créeraient des saccades et des obstructions dans les couloirs ? Qui voudrait d’un jeu où l’animation gestuelle voudrait qu’un personnage monte une échelle tout en interprétant la danse des canards ? Qui voudrait d’un jeu où l’on puisse headshoter à la kalash à dix-mille mètres de distance parce qu’on s’est accroupi pendant plus d’une seconde ?  Moi Président de la République, je ne permettrai pas qu’on puisse appeler jeu un simple dépoussiérage de textures et d’interface menu, et de le vendre la modique somme de 15€. Un scandale mes amis, c’est un scandale !

Invoqua la fée dense : Rejuki

 

Le doute m’habite. Le procureur a-t-il connaissance des faits établis il y a maintenant douze ans lorsque, frétillant puceau vomissant ses premières bouffées de cigare sur lit de russe blanc, le joueur découvrait ce simple mod qui devint par la suite une référence inéluctable ? Pourrait-il retranscrire ce sentiment profond qui habite tout jeune chômeur imbibé ? Car ce sentiment nouveau, ce fun incommensurable est de retour chers concitoyens. Je vous avoue n’avoir pas toujours cru en ce reboot, avoir été dubitatif quand à l’intérêt de déféquer publiquement sur des années d’innovations. Mais le changement, c’est du flan. Réveillant nos papilles saturées de joueurs martyrs, ce retour aux sources n’en est pas un. Les mécanismes de jeu tel que la non résurrection, le non regain de vie, le lancer de grenades à ses risques et périls, le couteau impétueux, le choix de son âme en son arme et conscience, sont un véritable pied de nez à toutes ces innovations qui n’en sont pas. Me remémorant mes expériences call of burlesques, cuttant à tout va des mercenaires armés jusqu’aux dents, faisant fi de la gravité ou du plomb dans le cervelas, me remettant instantanément de grenades « aveuglantes », cette remise en question fait un bien fou. Car ces mécaniques ne servent pas l’égo d’un jeune pourceau peinant à discerner ça ou sa, mais provoquent chez le joueur des émotions enfouies, oubliées, ensevelies sous les gravats de la post-modernité déconstructiviste. Ici, seul le skill compte, la pression de ses équipiers est présente, les objectifs sont primordiaux, le teamwork reprend ses droits, et l’équilibrage du jeu satisfait les deux communautés susnommées. Le fun est inéluctable, l’amusement sans limites, les joueurs rassemblés, le Kévin frustré. Que demande le peuple messieurs les jurés ?

 

Procureur géné qui râle : d4rk_k3v1n_69

 

Mais… Ta gueule ? Avec tout le respect que je vous dois Maître Rejuki, il y a certes des innovations qui n’en sont pas ; mais au fond cher auditoire, que recherche-t-on dans le FPS ? N’est-ce pas la fièvre du champ de bataille, pauvres puceaux de la guerre que nous sommes ? Le FPS n’a-t-il pas été créé dans le but de canaliser toute cette agressivité belliciste qui caractérise notre génération sans futur et livrée à elle-même ? Kevin, qui n’a ni les capacités intellectuelles ni les attributs masculins ad-hoc pour se rebeller de façon intelligente contre l’autorité parentale/la pression estudiantine/le sacrifice de nos droits civiques/le rêve inatteignable de devenir une rock-star internationale (rayer la/les mentions inutiles) veut passer ses nerfs et sa frustration sur un jeu cathartique. Un jeu où l’on peut réaliser puis conter ses faits d’arme tout en restant bien au chaud enfoncé dans chaise KIKEA doublement molletonnée, un plaid en coton sur les genoux. Qu’attend-t-on d’un FPS ? En vérité je vous le dit cher auditoire, c’est le réalisme. La sensation de vivre réellement et intensément tout en restant bien en sécurité chez soi, un mug de thé au gingembre réconfortant devant l’écran. Un FPS a le droit et le devoir de fournir à tous une expérience épique fait d’exploits guerriers que les bardes chanteront pour des siècles et des siècles. Genre, comme Diablox9 sur Youbute. Oublier le passé, oublier le présent, oublier sa misérable condition d’adolescent boutonneux asocial et insipide. En vérité je vous le dis, peu importe le skill, peu importe le fun, tout ce qui compte, c’est l’excitation de vivre pleinement une vie rêvée. Une vie héroïque. Voilà ce que doit nous apporter le FPS mes amis, et voilà pourquoi CSGO ne remplit pas ses objectifs ! Un scandale mesdames et messieurs, un scandale !

Avocat de l’ivoire : Rejuki

 

Déjà, ce n’est pas du thé, c’est de la tisane. Par la suite, comment alors défendre un genre que vous vous obstinez à caractériser d’indéfendable ? Et à tort qui plus est. Kevin ne représente que la face kikoololée de l’AWPerg. Nier tout autre intérêt au FPS reviendrait à renvoyer Full Metal Jacket au placard des films d’action abrutissants, à rabaisser Le Pianiste au registre de film patriotique, à comparer Galaxy Quest à un stéréotype de film spatial. Et a deux jours de la sortie de Borderlands 2 qui plus est. C’est l’opinel qui se moque de la charcuterie ! Sans nier la distraction pure que nous procure le genre dans sa version multijoueur, il me semble que d’autres facteurs sont à pendre en pompes. Quelle excitation éphémère que de permettre au joueur de trucider gaiement une flopée d’individus, aux commandes d’un hélicoptère indestructible non manœuvrable, lorsqu’un Battlefield supplante aisément ces pratiques guettaïques. Et surtout, quel intérêt de proposer au joueur ces instants absurdes sinon pour flatter son égo et vendre plus de jeux qu’EA n’aurait pu en rêver avec sa simulation de banlieusard américain ? Je vous parle ici d’une pratique vidéoludique frustrante, soutenue, ou seuls vos efforts seront récompensés par vos équipiers en délire. Une pratique plus réaliste de la guerre à mon sens. Qui féliciterait un débile au couteau armé d’une go-pro qui tournoierait en plein Bagdad dans le but de poster son éventuel exploit inexplicable sur la toile ? Le membre du GIGN sauvant quatre otages alors que ses coéquipiers gisent froidement sur le sol italien me parait sans nul doute vivre une expérience bien plus intense et méritoire qu’un conducteur de voitures télécommandées. Ainsi, cher auditoire, mon client cautionnera joies, pleurs, rires, larmes, comme aucun autre FPS contemporain ou poissonnière de Ménilmontant ne le permettrait, à condition qu’une étincelle de défi subsiste dans votre regard de bête hâtif.

4.6, c’est cheaté

CONCLUSION DU JUGE

Messieurs merci. Merci, d’abord, de prouver que la rhétorique et le calembour se marient aussi bien l’un à l’autre qu’une soupière et un Altoids. De même, une lecture fine et attentive de vos horions virtuels nous prouve que l’amour n’a que faire de différends numériques, et c’est une leçon que les enfants du millénaire chériront. Merci, enfin, de me conforter dans mes doutes. Je me disais bien que ce jeu était d’une platitude affligeante, mais que pour autant j’y prenais un pied mémorable. L’extrémisme de vos points de vue image bien mon déchirement intérieur.

Quelle sentence alors pour CS :GO ? Simple, si vous jouez encore à Counter Source ou 1.6 aujourd’hui, il ne vous servira à rien. Si vous n’y avez plus joué depuis la perte de votre pucelage, alors il permet de se rappeler le bon vieux temps. Enfin, si vous ne répondez à aucune de ces catégories, faites ce que vous voulez, je ne suis pas votre père bon sang ! Enfin, sauf si vous êtes né sous X, y’a peut-être une chance.

Rompez !

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