L’héritage de la Dreamcast

Si la Dreamcast fête cette année ses 11 printemps, autant dire que cela ne nous rajeunit pas. Cette console, dont la vie commerciale fut si dure, affiche aujourd’hui une aura incroyable et elle paraît soutenue par toute la communauté. Le premier mea culpa collectif de l’histoire ? A n’en pas douter.

Le culte autour de la machine

La Dreamcast est aujourd’hui une machine culte. Ce fait, désormais indiscutable, laisse pourtant poindre des interrogations, en raison de la carrière commerciale plutôt manquée de la bécane. Évidemment, et nous vous en avions déjà parlé dans un précédent article, l’arrêt de la construction de la DC, aussi rapide qu’inattendu (même si SEGA connaissait des difficultés, personne n’y croyait vraiment) joue un rôle important dans ce statut de culte, tant les joueurs paraissent necrophiles et prompts à vénérer tout jeu ou machine qui n’est plus à l’ordre du jour. Mais là où le destin d’une console aurait pu passer inaperçu, la fin de la DC marque surtout la fin de SEGA en tant que constructeur de hardware. Une nouvelle dure à avaler pour les nombreux SEGA-fans autour du monde. Cette fin de règne coïncide avec la fin d’une époque, où l’affrontement Nintendo – SEGA laissait sa place à une guerre plus économique, impliquant alors Sony et Microsoft. Enfin, nous nous ne souvenons tous de la guerre à distance qui a opposé la montée en puissance de la DC face à l’hypothétique (à cette époque) PS2. Il est certain que SEGA n’a pas vraiment eu besoin des autres concurrents pour se planter en beauté et accumuler les erreurs depuis la période Megadrive, mais il était alors rageant de voir le manque d’intérêt autour de la meilleure machine du marché, qui accumulait les hits mois après mois, alors que le grand public bavait sur une console qui mettra encore quelques années à dévoiler son plein potentiel (il fallait aussi voir le traitement de l’information dans certains magazines de l’époque…).

Des licences qui ont cartonné

Qui dit DC dit aussi licences extraordinaires. Là encore, faire le compte serait vain. Mais la machine abrite tout de même un bon nombre de jeux excellentissimes, soit totalement inédits, soit des successeurs de séries prestigieuses. Citons en vrac : Sonic Adventure, Sega Rally, Virtua Fighter, Jet Set Radio, Shenmue, Grandia 2, Skies of Arcadia, Street Fighter III Third Strike, Capcom vs SNK, Resident Evil Code : Veronica, Rez, etc. Des retros seront consacrés à certains de ces jeux cette semaine, mais il est évidemment impossible de tous les citer. Bien entendu, la DC n’était pas une machine bénie des dieux et sa ludothèque compte autant de jeux moyens, voire pourris, que les autres consoles. Mais le caractère fulgurant de la carrière de la machine incite pourtant à ne retenir que les bons moments. Mais s’il n’en fallait retenir qu’un, la licence qui a le plus profité de l’effet DC reste sans conteste SoulCalibur. Bien que la série soit née en arcade, puis sur PSOne, la popularité de Soul Edge (l’opus fondateur), déjà excellent, n’a pourtant jamais tutoyé l’aura du SoulCalibur DC. Notons qu’il s’agissait d’une des rares infidélités de Namco à Sony et que le passage de l’arcade au hardware DC a totalement bouleversé l’aspect du jeu. Pour beaucoup d’ailleurs, ce SoulCalibur reste l’apogée de la série, tant les autres épisodes semblent encore calqués sur ce modèle. Il faut dire que contrairement à ses successeurs, la direction artistique de ce premier SoulCa ne souffrait d’aucun défaut.   Mother Brain



La première console next-gen

En plus des éléments déjà cités, la DC a surtout marqué une rupture technologique nette avec les consoles du passé. Dès les premiers visuels, nous avions tous compris que jouer sur DC serait équivalent à se prendre une baffe par jeu. Pour la première fois, les graphismes apparaissait colorés, propres et nets, sans véritable défaut apparent. La 3D, encore balbutiante sur PSOne et anguleuse sur Nintendo 64, apparaissait enfin sous son jour le plus charmeur. Une constance dans l’excellence qu’on peine presque à retrouver sur la PS2, la Xbox ou la GC des années plus tard. Le plus impressionnant reste la facilité de programmation relative de la machine, étant donné que des titres de première génération affichait déjà un rendu au top, qui ne sera pas forcément dépassé par la suite. Au-delà de cet aspect technique, notons l’effort de SEGA qui a souhaité dès le départ offrir une console ouverte sur le monde, grâce à son modem intégré. Beaucoup de consoleux ont alors pu vivre pour la première fois l’expérience du jeu online, avec des titres comme ChuChu Rocket, Phantasy Star Online ou Quake III Arena. Un grand moment. La machine présentait donc sans conteste un réel aspect de pionnière et on peut affirmer que la DC fut la première vraie console « next-gen » de l’histoire.

De nombreux joueurs gardent au fond d’eux un souvenir ému de la machine. Chacun y associe des anecdotes personnelles ou des tranches de vie. A la fois fleuron du jeu d’arcade et lieu de toutes les expérimentations, la DC reste encore aujourd’hui l’une des consoles favorite des gamers et conforte la place de SEGA en tant que constructeur culte.

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