Qu’est ce qu’un Final Fantasy ? Grande question n’est-ce pas ? C’est en lisant ici et là des conclusions sur le treizième opus que j’en suis venu à me poser cette interrogation. D’après plusieurs testeurs, FF XIII serait un bon RPG, mais un mauvais Final Fantasy. Il y aurait donc une différence entre un bon FF et un bon RPG. Pour éviter le débat du mauvais et du bon chasseur, on va reprendre ensemble, point par point, les particularités qui caractérisent un Final Fantasy.
Vous connaissez la légende, Final Fantasy est le chant du cygne de Square avant une mort certaine en 1987. Ce dernier souffle a été magistralement (magiquement) réalisé par Hironobu Sakaguchi. Final Fantasy serait donc la vision d’un seul homme ? L’identité de cette saga serait-elle le fruit d’une seule et même équipe ? Faux. Tout au long de la saga, l’équipe, le game designer ou le producteur ont changé. Sakaguchi en est bien le géniteur, mais les volets passant, il a entre autre fait place à Yoshinori Kitase et Yasumi Matsuno. Qui ont chacun à leur tour donné une orientation particulière à la saga. On peut par exemple parler d’un penchant cinématographique pour Kitase et d’une approche plus scénaristique pour Sakaguchi. Signalons néanmoins quelques signatures qui reviennent quasi systématiquement : Amano et Nomura pour le character design ou Uematsu pour la musique.
Comme tout bon RPG qui se respecte, les FF consistent à traverser des villes, plaines et autres territoires sauvages. Mais est-ce que sous cette même appellation, les mondes de tous les chapitres sont-il les mêmes ? Final Fantasy serait-il en fait synonyme d’une seule planète ou d’un même univers ? Faux. Hormis le douze qui s’intègre dans le monde d’Ivalice (et donc celui de Vagrant Story et celui des FF Tactics), aucun Final Fantasy ne partage la même planète. Le XIII se déroule sur Pulse et Cocoon alors que le X prend place sur Spira. Ces exemples sont deux des endroits totalement imaginaires inventés pour la saga. L’époque et l’avancée technologique des peuples présents dans les jeux sont aussi à chaque fois différent. Si le début de la saga (du I au VI) a plutôt un héritage tourné vers l’héroïque fantasy, certains des volets suivants nous ont proposé des univers futuristes et complètement originaux.
Dans chaque FF vous devrez vous battre et pour cela un système de combat a été mis en place. Aurions nous là le premier point commun ? Toutes les joutes dans les FF se déroulent-elle de la même façon ? Faux. Même si l’ATB ou Active Time Battle est une marque de fabrique de la série créée depuis le quatrième volet, chaque chapitre a instauré un nouveau système de combat. Qu’il soit dynamique à l’image du XII, au tour par tour comme le III ou le V ou génialement révolutionnaire grâce au X (qui oubli l’ATB en faveur du CTB), chaque itération tenta de proposer une alternative, ou du moins une évolution, au premier système de combat au tour par tour de Final Fantasy I. A l’image des combats, les systèmes d’évolution (ou XP), de jobs ou de magie ne sont pas toujours similaires. FF X inaugura un mode linéaire de monter en puissance des personnages en la présence du Sphérier. Le VII instaura un système d’association de magie très apprécié avec les matérias et les épisodes III, V, XII et XIII n’imposèrent aucun job aux héros car chacun d’entre eux pouvaient revêtir la fonction de son choix (à l’instar du IV, VI et du X par exemple).
Je vais vous éviter encore un chapitre en vous disant qu’aucun FF n’a le même gros méchant et que l’intrigue n’est jamais la même. Bien que sauver le monde soit souvent le point d’orgue d’un Final Fantasy, certain épisode ont des enjeux plus politiques ou personnels,à l’image du XII et du IV respectivement.
Mais quels sont donc les points communs entre chaque chapitre ? Quels sont les codes de cette saga ? Il y a bien les deux mascottes : les Chocobos et les Mogs. Certains noms de personnages comme Biggs, Wedge et Cid reviennent quasiment à chaque volet. La monnaie, que sont les Gils, porte toujours le même nom. Je ne suis pas exhaustif, les invocations ou certains monstres comme les Bombo ou les Pampa sont récurrents, mais j’ai peine à croire que ce sont ces détails qui font d’un RPG un vrai Final Fantasy. Si, comme nous venons de le faire, il est impossible de trouver une réponse rationnelle à ce qu’est un FF, c’est parce que la réponse est trop personnelle : elle est en chacun de nous. Final Fantasy c’est le rêve, l’aventure, l’amour, etc. Des émotions que seuls quelques jeux peuvent nous procurer et en particulier les RPG. Oui, mais en fait non. Je vais en faire rager un bon paquet, mais pour moi, un Final Fantasy n’a aucune explication de cœur. A mon humble avis, la saga FF représente le maître étalon du RPG japonais. Chaque nouveau volet montre la voie à suivre par le reste de la production. Le fait de dire qu’un FF, c’est quelque chose d’épique avec une histoire géniale, des personnages charismatiques qui vont évoluer au fil des heures et un système de combat plein de finesse, revient à réduire la saga à un simple RPG. Lost Odyssey est un exemple très parlant. Bien qu’il soit un jeu de rôle de qualité, dans un univers fantastique, avec des créateurs de génies aux manettes, il n’a en rien la carrure d’un FF. Car il n’a pas pour vocation d’être l’étoile du RPG par qui la révolution arrive. Non, ça, c’est uniquement pour les FF.
Pour moi, le treizième chapitre de la saga est donc bien un Final Fantasy. Et même si je ne l’ai pas trop aimé, c’en est un particulier. Il est l’un de ce qui a plus que marquer le genre, il a marqué l’industrie. J’y reviendrai dans la conclusion de mon carnet de bord 3 (qui paraîtra plus tard, quand j’aurai bien écumé le jeu et pas simplement terminé), mais je compare sans crainte le treizième volet au septième, car je pense qu’il va avoir le même impact. Comme en 1997 (année de sortie du VII), on pourrait, en vulgarisant la chose, parler de casualisation de la série. Pour le scénario, le système de combat ou tout simplement la narration, tout a été mise en œuvre pour permettre à une « nouvelle » frange de joueur d’apprécier ces jeux. Final Fantasy VII a ouvert le genre au monde, Final Fantasy XIII a ouvert le genre aux joueurs. Dans dix ans, je pense qu’une certaine génération dira « mon premier FF c’était le XIII ».
Ceci ne tient qu’à moi et si j’avais la science infuse, je n’écrirais pas des critiques de jeu vidéo pour manger. Comme dis plus haut, la définition d’un Final Fantasy est une réponse propre à chacun d’entre nous. Alors plutôt que de vous proposer mon seul et unique avis, on a pensé à demander celui de l’ensemble de la presse spécialisée. Évidement tous n’ont pas répondu, mais les plus sympa ont néanmoins planché sur la question « qu’est ce qu’un Final Fantasy? ». Un mot, dix lignes ou plus, ils ont eu le choix de s’exprimer sous la forme voulue. Je vous donne donc rendez-vous lundi pour découvrir ce qu’est un FF pour des spécialistes comme George « Jay » Grouard de Gameweb.fr, Gérald « Khayrhalt » Mercey de RPG Magazine ou X-Fab et Pa Ming de Role Playing Game Magazine, mais aussi des journalistes généralistes comme Fabien Burnet l’ancien redac chef de Joystick ou Arnaud Devel de PSM3, et bien d’autres… Mais avant ça : pour vous, qu’est-ce qu’un Final Fantasy ?





