L’amitié, c’est un lien étrange et complexe. Ce mélange de respect, d’intimité, de confiance, sans le sexe, ce n’est pas si facile à entretenir. La relation amicale doit évoluer en même temps des deux côtés, pour résister aux outrages du changement. Et quand on se perd de vue, revenir à une situation saine est un défi. Car si l’on change de notre côté, l’autre n’est pas en reste. Qui dit que ces deux personnes aujourd’hui totalement différentes se connecteront à nouveau ? C’est dur, on avance à tâtons, on teste, on expérimente. Mais le pire, c’est quand le dernier contact était une dispute qui n’a plus aucun sens à présent. Alors on se sent bête, mais on y va, en souvenir du « bon vieux temps ». Mais quand Joystick annonce avoir changé pour de vrai, je me suis dit que je pourrais essayer de renouer le contact, malgré la dernière dispute…
Je ne lis plus de magazines jeu vidéo. D’abord, car en Belgique ils sont complètement hors de prix (pensez, 8euros 50 le Joy !), ensuite car payer pour obtenir de l’info nous semble une hérésie à l’époque de la Toile omniprésente. Mais bon, le Joy ça restait ma petite exception qui confirme la règle, pour pas mal de raisons expliquées dans le lien plus haut. Ça a été un cap que de ne plus l’acheter, de passer devant chez mon marchand de journaux sans le regarder, en restant sourd à ses petits cris plaintifs de journal sur la sellette désespérément attiré par l’intérieur de ma petite poche du jean (où s’entasse une fortune souvent négligée !). Mais j’ai tenu bon, et voilà deux ans maintenant que je suis sobre.
Et puis je me consolais parfois, le soupesant dans le rayon. Il paraissait si faible, si maigre, et toujours aussi onéreux ! Alors, me disais-je, j’ai raison de tenir bon ! Et puis patatras, l’infâme loutre aura passé un hiver à se goinfrer dans son terrier pour s’engraisser, et 50 pages lui poussent après l’ours. L’équipe fait peau neuve, le despote disparait au profit d’une tique barbue, tout arrive. Résultat, un magazine gras qui tient bien en main, qui a plus la gueule d’un 8.50. Bref, j’ai replongé, malgré la couverture vantant encore l’inénarrable mine d’or de Blizzard, World Of Warcraft, qui fait rien qu’à m’escagasser les globes (je n’y peux rien, j’aime le PC, mais vomit le vent glacé, chacun ses problèmes. J’ai déjà rencontré une pile claustrophobe !).
Et là, c’est revenu. Ce truc, ce petit plaisir depuis trop longtemps enfoui. J’ai relu avec plaisir des articles sur des jeux dont je me foutais éperdument, j’ai souri sur des insultes adressées à des gens de la rédaction que je ne connaissais pas encore, mais qui me plaisaient déjà. La bonne humeur a transpiré des caractères inscrit sur ce papier moins cher, mais plus agréable au toucher. Bref, c’était comme avant, mais maintenant.
Ce que je loue, sans l’aide de Century 21, c’est ce ton retrouvé. On n’essaie pas d’y faire plus méchant pour être plus crédible, ni plus comique, ni plus pro, on y distille de l’info en l’enrobant de vannes. C’est cette recette qui a fait le charme du magazine. On y décèle donc cet équilibre, ce petit plus qui fait plaisir, qui motive à lire ce qu’on a pas envie, juste car ce serait bête de rater une boutade sur le redac’ chef. Car, comme le dit l’adage, plus un redac’ chef est malmené, plus je ris. C’est bête, c’est commun, c’est bas du front (comme MedCou après quelques rhums arrangés.), mais ça me fait toujours gondoler.
Et j’ai, en plus, retrouvé mes petites habitudes de lecture. Par exemple, les news, encadrés, bêta et compagnies sont réservés pour le coucher. Au réveil, mon bol de muesli bobo fauché s’accommode parfaitement des tests de deux pages, surtout si le jeu me dit quelque chose à la base. Enfin, les articles plus longs sont réservés à ce moment intime d’assainissement que personne ne partage, dernier obstacle imperméable aux élans amoureux les plus fusionnels. Tout le reste, c’est quand il ne me reste plus rien à lire. Et le reste, c’est souvent la rubrique matos, car bon, j’ai beau avoir assemblé ma tour à la main, les derniers événements du gotha 45 nm m’en frôle une sans réveiller l’autre.
Après, on dénote des rubriques pas très intéressantes. Le condensé des tweets de people, on peut s’en passer et gagner deux pages. La rubrique retro ne m’intéresse pas, mais je comprends qu’elle puisse aider les plus chauves d’entre nous à se rappeler cette époque merveilleuse où le Pétrole Hahn trouvait encore sa place dans leur caddie. L’apparition de la rubrique Indé est une excellente nouvelle, mettre en avant cette scène est une preuve d’évolution. Juste, j’aimerais y retrouver plus de dossiers de fonds, et plus d’interviews, qui manquent cruellement dans ce numéro. Et la BD brille par son absence, tout comme la raréfaction des dessins, pourtant indispensables à la longue. Mais c’est à venir probablement, j’ai la foi.
Enfin, achevons le CD disparu. D’aussi longtemps qu’on se souvienne, Joy était présenté sous blister chez le marchand de journaux, car il trimballait constamment un petit DVD. Avant internet, c’était indispensable. Plein de démos et d’utilitaires indispensables. Depuis Free, il ne servait plus à rien et j’en ai ribambelles qui finissent par terre, âprement jetés de leur boitier en carton, car celui-ci me permettait d’y stocker des DVD gravés à passer à mes potes. Je ne pleure donc pas son absence, surtout qu’elle est compensée par ces 50 pages d’infos supplémentaires.
Je ne sais pas cela dit si je saurais dépenser les 8.50 par mois nécessaires pour suivre cette bande de joyeux drilles. Alors je les entends déjà chanter « abonne toi, c’est moins cher ! ». Oui, mais non, ma peur de l’engagement ne me poussant à révéler mon prénom à ma copine qu’après 2 ans de relation, ce n’est pas pour craquer pour une belle loutre affriolante. Cela dit, je suis heureux de retrouver mon joy, et c’est déjà chouette.
PS: les mecs ont quand même de la bonne volonté. J’en veut pour preuve les 48 pages, soit un tiers du mag’ (!), qu’ils vous proposent de feuilleter gratos à cette adresse!


