Vos contributions : Kratos, God of War et God of… sexe ?

Une nouvelle contribution de l’ami Scrogneugneu, cette fois plus fun et légère que celle consacrée à Shadow of the Colossus. L’occasion de décortiquer les symboles sexuels planqués dans la saga God of War, et surtout chez Kratos. Cet article devait évidemment venir en complément du test du troisième opus de la franchise de Sony. Mais pour une raison mystérieuse, notre exemplaire n’est pas encore arrivé à la rédaction… Ce n’est que partie remise, j’espère. Profitez en tout cas de cet article, merci à son auteur et bonne lecture. Et si vous voulez vous aussi proposer un article, allez faire un tour ici.

Comme le sous-entend à peine le titre, cet article aura pour but de parler du sexe dans God of War. En quoi cela vaut la peine d’en consacrer un article ? Parler de l’aspect érotique de la série GoW pourrait se limiter à ne rappeler que les mini jeux, sous forme de QTE, mettant en scène notre héros qui s’adonne, hors caméra, au plaisir de la chair. On alors, citer la présence de seins chez les créatures mythologiques du jeu comme les gorgones ou les harpies.

La série de Sony Santa Monica est réputée pour sa violence et ses mises à mort gores. La présence du sexe y semblerait plutôt limitée. On pourrait presque croire que les développeurs ne sont pas allés bien loin à ce niveau pour davantage faire dans le cru autour de la violence. Le caractère sexuel du jeu ne semble donc qu’à peine esquissé.

Mais que David Jaffe et son équipe l’aient voulu ou non, la série dégage un aspect fortement érotique, aussi bien chez le personnage de Kratos que dans sa façon de combattre. Cet érotisme est implicite, mais nous le ressentons parfaitement, même si nous n’en avons pas forcément conscience. Quand on est aux prises avec des gorgones ou des centaures, nous assouvissons aussi bien nos pulsions guerrières que nos pulsions sexuelles. En jouant, nous exaltons notre virilité, notre désir de domination et notre narcissisme qui se manifestent, d’ordinaire aussi bien dans le meurtre que dans l’acte sexuel. On jouit littéralement. Au vu du caractère « psychanalytique » de la thématique, l’article sera donc placé sous le signe de la subjectivité. Nul argument détaillé ici ne peut se prétendre véridique. A vous de juger de leur pertinence.


Petit explication avant de commencer de traiter du jeu : sachez tout d’abord que le fait de voir dans le meurtre et la violence un aspect sexuel, n’est pas nouveau. En témoignent les expressions populaires actuelles, imageant la volonté de conquérir un partenaire sexuel désiré, utilisant fréquemment un vocabulaire tiré des domaines de la chasse ou de la guerre (vous connaissez certainement des exemples !). La mise en évidence de ce lien entre sexe et guerre est vieux comme le monde, comme l’attestent les mythologies anciennes. Un bon exemple est celui de Freyr, le dieu de la fertilité dans la mythologie scandinave. Un de ses attributs est son épée magique, capable de combattre d’elle-même. Pourtant, le dieu doit la mettre en gage afin d’épouser une géante, qu’il épiait en secret. Il utilisera donc une épée de remplacement, en bois de cerf, qui ne lui sera d’aucun secours au Ragnarök, contre le géant de feu Surtr. Cette épée, hypostase de Freyr, est un symbole phallique évident car, rappelons-le, il est le dieu de la fertilité. Et de moins bonne facture, sa nouvelle épée causera sa propre perte, symbolisant ici un problème d’érection. Enfin, Sigmund Freud, le père de la psychanalyse, a mis en évidence la dualité entre le sexe et la mort, telle deux pulsions antagonistes, mais moteurs du narcissisme. L’Homme ne penserait principalement qu’au sexe et à la mort. Nombre de ses désirs, sentiments et gestes découlent à la fois de ses pulsions sexuelles et meurtrières, mais aussi d’un complexe d’Œdipe, que nous avons tous, en chacun d’entre nous. Eros et Thanatos forment la représentation de ces pulsions, à la fois différentes et si ressemblantes dans leur nature narcissique.

Commençons par analyser le character-design de Kratos. Voyons en quoi il évoque la mort et le sexe. Tout d’abord : ses fameuses lames. On pourrait y voir aisément un symbole phallique, du moins, plus que dans le cas d’une épée classique. Leur petitesse et leur largeur évoque des pénis qui, en s’allongeant par l’intermédiaire de chaînes, forment une érection ! Voilà pour ses armes, à la fois létales et sexuelles, qui font partie intégrante de son corps. Le physique de l’antihéros en lui-même n’est pas en reste : un corps quasiment nu, peint en blanc et en rouge.

Sa nudité accentue sa virilité, plus que visible de par ses traits foncièrement masculins. L’absence de vêtements met en valeur sa sauvagerie, son caractère impulsif. Il ne cache pas sa vraie nature d’animal sous des habits ou des parures inutiles. Cela évoque le travail du fabuleux dessinateur de bandes dessinés, Moebius, où ses héros masculins et féminins se retrouvent complètement dénudés à certains moment clé de l’histoire, lorsqu’ils révèlent leur vraie personnalité, leur vrai moi. Leurs vêtements ne sont finalement qu’un déguisement pour habiller l’animal en eux et qui tentent vainement de les faire paraître civilisés. Il est possible que si les développeurs aient pu aller plus loin, nous nous serions retrouvés avec un Kratos nu comme un ver.

Analysons les couleurs symboliques du personnage (j’emploierai une analyse des couleurs issue de la culture asiatique, parce que dans la notre, de culture judéo-chrétienne, qui voit dans le blanc, le bien et la pureté, et le noir, le mal et le vice, me paraît quelque peu dépassée…). Le blanc symbolise la mort, le deuil. C’est une couleur froide qui met mal à l’aise car elle évoque la couleur de notre teint au moment du trépas, la blancheur de nos os. Le personnage ressemble à un fantôme et incarne la mort. Le rouge, au contraire, symbolise le bonheur, la chaleur humaine et, par extension, la sensualité. C’est une couleur chaude qui attire l’œil, qui évoque celle de la chair. Et, d’un point de vue psychanalytique, elle rappelle plus ou moins la couleur des parois de l’utérus de notre mère où nous n’avons jamais été aussi heureux, avant d’affronter la dureté de la naissance puis de l’existence (je sais, je vais loin, mais c’est la psychanalyse qui veut ça !). Le rouge a donc une connotation à la fois charnelle et sexuelle.

La dualité sexe et mort est donc bien présente dans les peintures de Kratos. Mais on peut analyser plus simplement en disant que le blanc évoque le sperme et le rouge, le sang… Même ici, la dualité sexe-mort marche toujours. Et je n’irai pas jusqu’à affirmer que le crâne luisant de Kratos évoque le bout dénudé de la verge, vous en avez assez entendu. Passons au caractère sexuel des combats !

Voici le point le plus important de cet article, l’aspect qui fait la singularité de GoW. Ne vous êtes-vous jamais demandés pourquoi les QTE du jeu sont si jouissifs à faire ? Voilà une explication : nous avons vu que Kratos possède des lames très « phalliques ». Elles symbolisent sa masculinité et sa virilité, deux fois plus développées que celle d’un homme normale, car il a deux lames au lieu d’une ! Quand la touche O apparaît au dessus d’un ennemi, Kratos peut déclencher un QTE. Sa façon de tuer s’avère pour le moins tactile. En effet, contrairement au Dante (de Devil May Cry), qui prend le plus de distance possible entre lui et ses ennemis via sa longue épée pour ne pas se salir, Kratos, fortement sexué et viril, un Rambo en polygones, n’hésitera pas à toucher, à prendre l’ennemi par la gorge, à l’immobiliser à terre ou lui monter dessus. Suivent alors de véritables corps à corps, dont l’un des exemples le plus frappant est celui du Minotaure : Kratos s’assied sur lui, tente de lui faire avaler ses lames, comme s’il s’efforçait de lui faire un coït oral sans le consentement du monstre.

Pour les quelques humains que Kratos rencontre, il se rapproche de son adversaire et le plante de sa dague à plusieurs reprises, dans un mouvement de va et vient. Et que dire de la gorgone ? Personnage féminin terrible que Kratos met dans une position inconfortable et érotique afin de lui arracher la tête. Cette femme serpent symbolise la peur et la haine que peut éprouver l’homme à l’encontre de la femme. Ses traits sont diabolisés, ses cheveux sont des vipères. Le joueur masculin projette inconsciemment n’importe quelle représentation féminine sur la gorgone : une petite amie infidèle, sa sœur ou même sa mère ! Cette gorgone représente une force féminine dominatrice et castratrice et le joueur masculin inverse les rôles en la tuant de façon humiliante pour redevenir le mâle dominant, à l’issue d’un combat à la fois sexuel et mortel. Le joueur lutte, par la même occasion, contre son propre complexe d’Œdipe. Nous projetterions inconsciemment l’image de notre mère sur chaque femme désirée. Au vu de la tournure sexuelle du combat, tuer la méduse prend donc un air de matricide.

God of War assouvit nos pulsions sexuelles et guerrières. C’est ce qui fait certainement sa popularité. Le caractère sexuel des combats, sa façon d’exalter la virilité du joueur, son narcissisme et son besoin de domination font de ce jeu un défoulement jouissif. Le joueur se délecte de la mort de ses ennemis comme s’il se délectait de sa domination sur une partenaire soumise sexuellement. La série serait-elle immorale ? A vous d’en juger. Il n’empêche que ces titres utilisent le sexe et la mort (Eros et Thanatos) comme moteurs de sensations afin de marquer les esprits, à la manière de ce que faisait les Silent Hill. Pourtant, si les deux séries utilisent ces deux thématiques, elles ne font pas naître les mêmes sentiments : l’un, la jouissance et la valorisation de ses pulsions, l’autre, la répulsion et la remise en cause de soi.

Et comme le sexe et la mort ne sont pas si dissociables que ça, Kratos peut donc se permettre de batifoler avec de jeunes femmes peu farouches dans des mini jeux succincts. Il est le dieu de la Guerre, après tout ! Il se doit donc d’être aussi le dieu du sexe car c’est du même ordre.

Par Scrogneugeu

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