Je ne peux pas dire que je m’attendais exactement à ça. J’ai été surpris, en un sens, d’assister à un western aussi posé, aussi logique fut-il de voir les dialogues valorisés dans un film des frères Coen. La trame, elle, n’a rien de hors du commun, et c’est ici particulièrement vrai puisqu’il s’agit d’une adaptation d’un roman qui avait d’abord été transposée par Henry Hathaway dans le film éponyme, True Grit (en français : 100 dollars pour un shérif), sorti 40 ans plus tôt. Mais Ethan et Coel ne se revendiquent pas de cet héritage et Jeff Bridges offre une partition bien différente de celle John Wayne, dans un contexte qui est tout autre.
Le Duc de The Big Lebowski compose parfaitement avec ce personnage porté sur la bouteille et sur le flingue, impotent dans ses heures matinales, mais homme de moral. La défiance, installée par l’âge très précoce de Mattie et son franc-parler, se voit renforcée par l’arrivée d’un texan – troisième homme.
Bien sûr on ne parlerait pas « d’un Coen » si on y retrouverait pas ce soin dans les dialogues et nombre de situations qui font rire, et ce malgré les circonstances. L’une d’elles, de manière assez classique, voit les deux hommes prouver leur talent au pistolet. On s’attend à ce qu’ils ratent, comme on s’attend à ce qu’il réussissent du premier coup – parce qu’on a déjà tout eu en ce domaine – mais certainement pas à ce qu’ils acharnent et se tirent ainsi la bourre.
Assez classique, un peu gamin, True Grit offre, dans un rythme assez lent qu’il conviendra d’apprécier, quelque chose entre Huckleberry Finne et les western plus sérieux. On peut le trouver moins drôle qu’un Burn After Reading ou moins provocateur qu’un Fargo mais il est difficile de lui enlever ses qualités propres.
Vrai succès aux Etats-Unis et une de leurs meilleures réussites commerciales – c’est assez rare – True Grit dévoile bien des choses : la différence de traitement, au regard du roman original ; l’appétit des américains pour ce qui semble un genre classique, un exemple de ce qui peut ou ne pas être un Coen « tout public ».
Au devant des nombreuses nominations du film aux oscars, Ethan Coen disait que « nous savons tous que ce n’est pas toujours le meilleur film qui est finalement primé. » A l’issue de la cérémonie et en dépit de dix nominations True Grit n’a pas été récompensé.



