Assassin’s Creed Revelations, bis repetita

Le dernier volet de la trilogie d'Ezio doit-il être vu comme une apothéose ou une redite ?

Tout comme Call of Duty, FIFA, PES, ou encore Layton, la série des Assassin’s Creed a adopté un rythme de sortie annuel. Après un second épisode excellent à tous points de vue, le volet Brotherhood s’était déjà avéré plus timoré. Voyons maintenant ce qu’il en est de Revelations.

S’il paraît évident qu’Ubisoft a choisi d’étirer le fil narratif de sa saga pour de bêtes raisons économiques, en offrant une trilogie aux aventures d’Ezio Auditore, il s’agissait également de doter la série d’une vraie tête de proue : un héros identifiable et iconique. Sur ce plan, on peut dire que le contrat est rempli : d’Assassins II à Revelations, les joueurs ont pu suivre près de 40 années de la vie de cet italien attachant parti en croisade contre les Templiers. Cet état de fait est plutôt rare dans le jeu vidéo, et la perspective de jouer un « papy » dans Revelations l’est tout autant (MGS 4 est un autre exemple représentatif de cette tendance à voir nos héros vieillir). La preuve qu’Ezio est maintenant indissociable de la série ? On le retrouve dans le prochain SoulCa, ou sous une forme plus discrète (un costume) dans FF XIII-2. En comparaison, le très classe et mystérieux Altair, ainsi que le jeune Desmond jouent presque les accessoires, comme nous le verrons plus loin.

Au niveau du contenu, cet Assassin’s Creed poursuit le sillon tracé par ses ainés. Ainsi, il ne faudra pas s’attendre à être bouleversé à chaque coin de rue, on reste en terrain connu. Hélas, les missions paraissent déjà vues, déjà jouées, sans trop de surprises (filature, infiltration de place forte, déguisement, etc.). Si quelques séquences relèvent le niveau général (la mission très fun des ménestrels ou encore la romantique quête des fleurs), on marche trop dans les traces de Brotherhood, qui déjà suivait à la lettre les préceptes nés avec AC II. De la même manière, les nouveautés ne paraissent pas vraiment décisives (la conception de bombes est sympa, mais ne change pas la manière de joueur ; les phases simili tower defense, pour protéger les tours d’assassins récupérées aux templiers amusent avant de lasser) et les quêtes annexes sont moins nombreuses et justifiées, car moins bien intégrées au scénario. Seules les phases dans les tombeaux ont gagné en dynamisme, avec une approche qui rappelle un peu Uncharted. Toutefois, entendons nous bien : si le contenu de ce Revelations ne surprend pas le moins du monde, il reste très plaisant à parcourir. On s’amuse, on découvre la superbe ville de Constantinople avec délectation, l’ambiance reste de haut niveau, en partie grâce aux superbes compositions de Jesper Kyd. Et je ne vous cache pas qu’une ou deux scènes vers la fin du jeu m’ont mis quelques frissons.

Mais les fans d’Assassin’s Creed le savent : on joue autant pour profiter du gameplay que pour voir progresser la metahistoire reliant chaque épisode. De ce point de vue là, c’est la douche froide. Le scénario d’Ezio paraît forcé : il fallait bien trouver un moyen de poursuivre son aventure. La progression est très plan-plan, ni plus ni moins. Le problème c’est qu’elle occupe 80% des 10 heures de jeu nécessaire pour boucler le tout. Les phases aux commandes d’Altair et de Desmond ne doivent pas excéder les 1h chacune, une fois mises bout à bout. Si avec Altair, on comble les quelques trous qui restaient, le gameplay reste affreusement classique. Pour Desmond, c’est l’inverse, le contenu est pauvre, mais le système de jeu tente une nouvelle approche, à mi-chemin entre Mirror’s Edge (pour la vue subjective et quelques détails de la direction artistique) et Portal (un FPS puzzle), sans jamais atteindre des sommets. Le plus frustrant reste la fin : on nous raconte ce que l’on sait déjà et AUCUNE nouvelle information n’est obtenue ! Vous l’aurez compris, le sous-titre « Revelations » relève de l’arnaque.

Comme dit dans mon troisième paragraphe, on prend du plaisir en jouant à Revelations et il s’agit incontestablement d’un très bon jeu. Pourtant, on peut regretter qu’Ubisoft tire autant sur la corde, avec un contenu globalement déjà joué, couplé à un manque flagrant d’avancée dans la metahistoire. Autant dire qu’on est loin de la claque que m’avait assénée AC II à sa sortie. Attention donc à ne pas trop abuser car, à la manière d’un Kingdom Hearts qui enchaine les spin-off sans faire avancer la trame de base, la déception pourrait guetter au prochain virage. Il faut à tout prix du sang neuf l’an prochain, sous peine de voir la série sombrer dans la banalité et délaisser le terrain de l’excellence.   

Les fans peuvent toujours se procurer l’un des tous derniers exemplaires de l’ouvrage des Sagas du jeu vidéo, consacré à la série.

Revue de web

Assassin’s Creed RevelationsLe test de Jeux Video.fr

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