Alleché par une démo très réussie, j’attendais beaucoup de Brutal Legend. Son propos original, se proposant de mettre en lumière tout un pan de la musique rock, couplé à une orientation surprenante, à mi-chemin entre l’action pure et la stratégie, avaient de quoi intriguer. Compte-rendu des balances.
Comme vous devez déjà le savoir, Brutal Legend est le dernier né de Tim Schafer, créateur adulé car ayant œuvré sur nombreux point and click mythiques de la glorieuse époque de Lucas Arts (Monkey Island, Maniac Mansion, etc.). Aujourd’hui, le bonhomme a monté sa propre boîte, Double Fine, dont la ludographie abrite pour le moment le seul – et excellent – Psychonauts (sorti en 2006). Après pas mal de déboires, son nouveau projet de beat them all ambiance heavy metal a su trouver un éditeur auprès d’EA, qui poursuit ainsi sa politique audacieuse de développements de nouvelles IP.
La première chose qu’on aime dans Brutal Legend, c’est l’humour. Schafer est coutumier du fait et chacune de ses œuvres est un régal pour les zygomatiques. Le jeu place Eddie Riggs, un roadie nostalgique de la grande époque du metal, face à son destin : suite à un accident survenu dans notre monde réel, le voici transporté dans un univers fantastique, où le rock est érigé en philosophie primordiale. Riggs va alors prendre part à la rébellion des gars du coin, visant à destituer l’infâme Doviculus. Pour un beat them all, le scénario est vraiment bien construit et intéressant, mais c’est l’univers dans son ensemble qui séduit. La direction artistique est à ce sujet impeccable et chaque « tribu » parsemant l’univers de Brutal Legend appartient à un courant du rock. Au sein des métalleux, le héros devra affronter des ersatz de gothiques, d’autres excentriques tout droit sortis de la période glam rock et enfin des démons et autres monstruosités. A noter que de nombreuses icônes du milieu du metal ont prêté leurs traits et leur voix à des persos du jeu (Ozzy Osbourne ou encore Lemmy Kilmister de Motorhead par exemple). Malgré ce qu’on pourrait croire, tout ce petit monde trouve sa place à merveille dans cet univers. Les persos secondaires sont très développés, les décors reprennent des poncifs de l’imagerie heavy metal (le mur d’ampli, les épées géantes, etc.) et chaque cliché est exploité avec humour, mais aussi respect (les Headbangers ont les muscles du cou hypertrophiés et leur attaque spéciale n’est autre qu’un bon pogo des familles). La musique, excellente, vient parachever ce travail colossal sur l’ambiance, sans oublier un doublage au poil (autant en VF qu’en VO).
Au niveau du déroulement du jeu, on se retrouve face un soft ouvert. Vous pouvez vous balader librement sur la map au volant de la Destroy Mobile d’Eddie, et les missions principales seront signalées sur votre radar (accessible – hélas – uniquement dans le menu pause). La quête principale se déroule de manière assez linéaire (l’ordre des missions est établi par avance) et ne devrait pas vous occuper plus de 6 ou 7h. Par contre, le titre regorge de petits plus : des quêtes annexes (malheureusement assez redondantes et peu utiles), des tremplins à exploiter au volant de sa voiture, des sites à visiter, etc. Chaque action vous rapporte bien entendu des points, qu’il faudra dépenser dans un Garage Metal afin d’acheter de nouveaux coups ou d’upgrader vos armes. Certes, on prend pas mal de plaisir à se promener à droite à gauche, d’autant que le jeu est très bien fini (hormis un clipping assez présent sur la map), mais qu’en est-il du gameplay ?
Le jeu se découpe donc en plusieurs phases. Certaines sont parfaitement représentatives de l’appellation beat them all. On parcourt un niveau en dézinguant des ennemis par centaines. Pour ce faire, Eddy peut utiliser sa hache et sa guitare, permettant une offensive au corps à corps, mais aussi à distance. Il sera aussi possible de placer quelques riffs de gratte bien sentis (dans une interface à la Guitar Hero) pour offrir quelques pouvoirs aux héros. D’autres missions seront plus variés : escorte en voiture, mission de protection, capture d’animaux étranges, etc. Malheureusement, le gameplay purement beat them all reste très classique et peu inventif. Dans un second temps, lorsque le scénario l’exige, vous serez alors amenés à gérer de gigantesques batailles. Le gameplay passe alors dans une optique bien plus RTS : vous devez défendre votre scène, partir à la quête de ressources (en construisant des stands de goodies pour les fans) et vous devrez gérer tout cela en produisant vos unités (chaque classe est représentée par un cliché du monde du metal). Là où le bât blesse, c’est que ces phases deviennent majoritaires au fur et à mesure de la progression et qu’elles ne permettent ni un contrôle très fin (la jouabilité pose soucis, notamment pour sélectionner précisément certaines unités), ni très stratégique (on ne peut déployer qu’un certains quotas d’unités, aucune carte ne permet d’avoir une idée de la place de vos troupes dans la bataille). L’enchaînement de ces séquences peut alors devenir lourd et un déficit en fun se fait alors sentir. Même s’il est toujours possible d’aller au contact aider ses troupes plutôt que de passer son temps à survoler le champ de bataille, on aurait préféré que ce gameplay RTS reste cantonné à quelques escarmouches.
Brutal Legend risque d’en décevoir certains. Si le travail sur l’ambiance, le scénario et tout « l’enrobage » force le respect (ce titre a une âme, contrairement à 90% de la production actuelle), ses phases de gameplay restent trop simples (beat them all) ou confuses (RTS). On reste un poil sur notre fin, surtout après les 2 premières heures de jeu laissant imaginer un déroulement beaucoup plus variés et un humour plus présent. Ainisi, même si sa finition reste inférieure, j’avais trouvé Psychonauts plus réussi. De fait je vous conseille d’essayer Brutal Legend avant tout achat, au moins pour voir si vous accrochez aux phases RTS. Néanmoins, on ne peut que louer le travail accompli par Schafer et son équipe : le titre dispose d’une vraie personnalité et offre tout de même quelques bonnes heures de divertissement.



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