Dante’s Inferno

Dante’s Inferno

Adapter la Divine Comédie en jeu vidéo, voilà l’audacieux pari que s’est fixée l’équipe de Visceral Games. Déjà responsable des deux excellents épisodes de Dead Space (l’original et Extraction), le studio change complètement de voie en glissant du jeu d’horreur vers le beat them all bourrin. Malgré l’enjeu, on pouvait vraisemblablement faire confiance aux équipes d’EA pour renouveler le genre du jeu d’action 3D, comme il avait su le faire pour le survival-horror. Verdict ?

Le texte italien de la Divine Comédie sert ici de toile de fond à un beat them all classique. Vous incarnez Dante, de retour de Croisades, et vous devrez plonger au plus profond des Enfers pour enlever votre bien aimée aux griffes de Lucifer. La manette en main, on ressent bien évidemment l’influence de God of War : la configuration de la manette, le timing des enchainements, les animations, les actions contextuelles, tout semble être directement tirés du jeu de Sony. Revers de la médaille : le manque d’originalité saute aux yeux. Avantage : on prend le jeu en main rapidement et le fond reste donc classique, mais efficace. En effet, le gameplay s’articule autour de la Faux de Dante, qui permet des enchainements aussi violents que rapides. Très vite, de nouveaux coups s’offrent à vous en accumulant les âmes des damnées passés par le tranchant de votre lame ou par le pouvoir de votre Croix (permet de lancer des projectiles). L’originalité provient du système d’alignement : vous pourrez choisir d’absoudre ou de punir vos ennemis. A chaque choix correspond une jauge, qui gagne en niveau au fur et à mesure de vos exactions. A chaque niveau atteint, un panel d’opportunités s’ouvre : augmenter sa santé, acheter une nouvelle magie, s’offrir un nouveau coup, etc. Globalement, le côté Sacré renforce le pouvoir de votre Croix, alors que le côté Obscur rend votre Faux plus efficace. Il est pourtant assez facile de faire grimper vos deux jauges en parallèle et on aurait apprécié une réelle différence dans l’évolution selon l’inclinaison choisie. Ainsi il n’est pas vraiment nécessaire de refaire l’aventure pour goûter à l’autre côté, vous pouvez tout vous procurer lors de votre premier run. En explorant bien, il sera aussi possible aussi de récupérer des reliques qui joueront sur vos aptitudes (plus de résistance, augmentation de la probabilité de coups critiques, etc.). Vous l’aurez compris, sur le plan du gameplay, ça ne réinvente pas la poudre, mais ça reste efficace.

La Divine Comédie offre un univers bien singulier et les artistes de Visceral Games l’ont bien compris. L’Enfer est divisé en 9 Cercles, chacun renfermant les morts ayant succombés à un certain pêché (Cercle de la Gourmandise, de la Luxure, etc.). La direction artistique s’est donc créée en conséquence : les ennemis ont un design bien singulier et les niveaux dépeignent un vision de l’Enfer rarement approchée dans les jeux vidéo. On aurait apprécié que chaque niveau soit encore mieux caractérisé : si le Cercle de la Luxure offre sa dose de corps dénudés et dérangeants, d’autres restent plus classique et sortent moins du lot. A ce niveau, on peut néanmoins souligner que le PEGI 18+ n’est pas volé et que les développeurs ont su faire preuve de courage pour aller au bout de leurs idées. Malheureusement, si la direction artistique ne manque pas d’ambition, on ne peut pas en dire autant du reste. De manière globale, l’aventure reste bien trop plan-plan. Quitte à s’inspirer de God of War, autant en reprendre tous les atouts. Pourtant, les mécanismes et énigmes sont rares, les moments forts aussi. Le level design manque d’idées et culmine dans un avant-dernier niveau poussif, où vous devrez enchainer 10 défis dans autant d’arènes (battre les ennemis en atteignant un certains nombre de combo, rester en l’air 8 secondes, ne pas utiliser de magie…). Assez malvenu mais, surtout, à l’opposé de l’idée d’immersion souhaitée par les développeurs. Même si la progression reste plaisante, on se dit sans cesse que Visceral aurait pu aller plus loin. Chaque cercle se boucle en moins d’une heure, on passe de l’un à l’autre via des des phases de plate-forme pas folichonnes et on enchaine les combats ad nauseam. Attention, je ne dis pas que le jeu est répétitif de par son statut de beat them all (ce serait nier le socle de ce genre), mais tout cela reste bien trop routinier. Il manque clairement un peu de génie.

Alors que Visceral Games avait su nous émerveiller avec sa relecture du survival horror au travers de Dead Space, son essai dans le genre beat them all reste trop classique pour impressionner. Si sa réalisation moyenne et sa faible durée de vie (8h pour boucler le tout) sont compensées par une direction artistique courageuse et souvent réussie, on ne peut que regretter que Dante’s Inferno ne louche sur God of War sans en retenir le principal : surprendre le joueur. En l’état, le jeu de EA reste divertissant. Mais n’en attendez pas plus.

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