Demon’s Souls

Avez-vous déjà eu l’impression de vous lancer dans une quête désespérée ? Moi oui. Je suis une pauvre âme perdue dans un monde apocalyptique, effrayée par la démence et les horreurs qui m’entourent. Autrefois, j’étais une valeureuse magicienne voulant sauver ce qu’il reste du monde de Boletaria. Maintenant, je ne suis qu’une évanescence égarée dans un cauchemar, guettant la ruine de cet univers pour être enfin délivrée de mon supplice.

Extrait d’âme

Tout commença lorsque le roi Allant, douzième du nom et rompu à l’art du contrôle des âmes, réveilla par cupidité la créature la plus terrible que ce monde ait connu : L’Ancien. Cette bête sombre abattit alors sur tout le royaume de Boletaria un brouillard sépulcral, ainsi que de terribles démons chassant les hommes pour se repaître de leur âme. Rapidement, la moitié du monde fut contaminée, plongeant ainsi les terres dans la folie de créatures sans âme, à la botte de montres diaboliques aux pouvoirs incommensurables. A mesure que les esprits des vivants finissaient dans le brouillard, l’Ancien, lui, gagnait puissance. Alors, les plus puissants guerriers de ce monde se sont lancés dans les ténèbres afin d’endiguer ce mal. Aucun ne revint de ce brouillard, sauf Vallafrax du croc des gémeaux qui, dans un dernier souffle, avant que ses blessures ne le rappellent à la mort, anéanti tout espoir de quête valeureuse et salvatrice pour Boletaria.

Les forces vives s’amenuisant et, dans un fol espoir, je me suis alors jeté dans cette sombre brume. Pas à pas, j’ai découvert la terreur, un lieu où même le soleil paraît lugubre. Tout semble figé d’effroi. Après avoir occis quelques corps décharnés s’étant jetés sur moi, je me suis retrouvé dans un couloir sans issue, à l’odeur putride. Une odeur de viande pourrie et des bruits obscènes sous chacun de mes pas, me donnant des hauts le cœur au fil de mon avancée. Sous mes bottes, la faible luminosité me laisse entrevoir un sol jonché de corps mutilés et de traces de sang. Chacune me lie aux derniers instants de vie des guerriers ayant voulu traverser ces lieux. Ces braves ont aussi laissé de multiples messages d’avertissement me demandant de fuir impérativement. Mais il est trop tard. D’abord vinrent les yeux de la mort. Puis la forme cauchemardesque d’un démon, faisant vingt fois ma taille. Aucune issue. Face à sa masse, mon maigre bouclier ne me sera d’aucune utilité. Mon glaive n’est qu’une brindille et mes sorts, de vulgaires effets pyrotechniques. Je ferme les yeux, le sol gronde, la créature hurle et sonne le glas de ma courte vie chevaleresque. Je vais mourir…

C’est dans une architecture figée aux voûtes infinies et aux statues inspirant le respect, que j’ai rouvert les yeux. Face à moi se tient une jeune fille vêtue d’une robe noire en haillon et tenant dans ses mains graciles un bâton surmonté d’une flamme bleuâtre. Le plus frappant chez cette apparition féminine reste la cire recouvrant ses yeux qui m’inspire aussitôt de la pitié pour cette pauvre enfant. C’est dans ce lieu de culte des temps immémoriaux, rempli d’une révérence froide, que la jeune fille m’explique qu’elle est la gardienne des âmes des valeureux qui veulent sauver ce monde. Grâce à elle, j’ai pu revenir à la vie dans ce lieu que l’on appelle le Nexus. Je n’ai plus d’enveloppe corporelle mais je pourrais toujours souffrir des multiples dangers qui se présenteront à moi. La fille en noir, avec sa voix douce, me dit alors que je pourrai ressusciter infiniment sous forme d’âme dans le Nexus, au niveau des archipierres, les portes d‘entrée de chacune des régions ténébreuses de Boltaria. Autour de moi, je vois les évanescences d’âmes d’autres valeureux activer les archipierres afin de plonger dans les abysses. Machinalement, sous les rires des pauvres guerriers désabusés restant par crainte dans le Nexus, je me dirige vers ma perte.

L’âme du joueur

Vous l’aurez compris de part ce cours extrait de la vie d’une magicienne dans Demon’s Souls. Le soft n’inspire pas forcément la sympathie au premier abord -le jeu se veut difficile, très difficile, et chaque avancé se fait avec crainte. Avec son déroulement légèrement calqué sur celui d’un MMORPG, il ne faudra pas vous étonner de pouvoir choisir la classe de votre personnage, ainsi que son sexe, et autres attributs. Les choix sont assez variés pour personnaliser votre avatar. Ici, on avance bouclier en avant et on ne court que pour fuir l’ennemi. Le gameplay se veut simple mais demande beaucoup d’intelligence et de prudence. Le mode de combat est rapide dans sa prise en main : une touche pour se protéger l’autre pour frapper l’ennemi. La difficulté réside dans la force des dits-ennemis et dans leur rapidité. Parfois ils peuvent vous tuer en un coup, voire deux s’ils sont cléments, et les débuts dans le jeu sont des plus pénibles. On se retrouve rapidement débordé et l’immensité des mondes a de quoi déconcerter. On peut le dire ainsi : on se sent comme une sous-merde, perdue au milieu des pires monstres qu’un développeur ait pu concevoir. Les mondes sont truffés de pièges à la Indiana Jones, à grand renfort de dalles piégées, de flèches empoisonnées, de boules en feu dévalant des escaliers lors de votre pénible montée, etc.

L’architecture des niveaux est renversante de par son gigantisme effrayant. On ne plonge pas dans une mine semblable à un banal caniveau mais bien dans les entrailles de la Terre, où nous attendent des démons majeurs ou un dieu dragon enfoui sous la lave. La descente est longue, tortueuse, déroutante. Le level design est magnifique et il est souligné par des touches graphiques rendant hommage à l’ambiance malsaine du jeu. De plus, les créatures ont une réelle identité qui les rend cohérentes avec l’univers. Les boss sont stupéfiants de part leur taille, colossale, et leur conception, horrifique. A chaque fois qu’on est confronté à l’un d’eux, on se dit qu’il est impossible de le tuer.

Le soft est particulièrement silencieux, mais chaque grande confrontation est soulignée par une bande son qui vous somme de vous mettre en garde, car vous allez devoir vous accrocher. Les doublages des PNJ sont dans un anglais de grande qualité et rajoutent au côté immersif de l’expédition. D’ailleurs ces PNJ ne sont pas tous disponibles dans le jeu d’emblée et vous demanderont d’effectuer certaines actions afin de pouvoir les rencontrer. Chaque bonne ou mauvaise action aura une influence sur la tendance de votre personnage et celui du monde qui vous entoure. Rien n’est pardonné : un malencontreux coup d’épée dans la tête du forgeron vous fera basculer dans le côté obscur. Et si vous faites une chute du haut d’une falaise sur la tête d’un PNJ, c’est la même sanction.

Ce jeu est sadique, avec son système constant de sauvegarde automatique. Chaque victoire se fait dans la sueur et le sang, car vous ne pourrez jamais retourner en arrière. Pour les fans de manga, on se croirait constamment au moment de l’Éclipse, dans le manga Berserk. Le jeu me rappelle souvent que je ne suis qu’une pauvre âme perdue au milieu d’engeances cauchemardesques. Quelle saloperie hardcore, mais qu’est-ce qu’il est bon ! Avec de la patience et de la jugeote vous allez pouvoir peut-être en venir à bout.

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