Heavy Rain est un jeu « différent » à bien des égards. Il explore une voie singulière, déjà initiée par Fahrenheit quelques années auparavant et ne ressemble à rien d’autre. De ce fait, comme cela avait été le cas avec Metal Gear Solid 4, il n’est pas possible d’en faire une critique formelle. Mais pas de panique, nous allons tout de même parler de ce titre, dont le contenu inspire fortement tout en posant mille et une questions. Nous vous proposons donc trois rendez-vous afin de discuter du dernier né de Quantic Dream. Et si on parlait jeu vidéo ?
Part 1 – Définir Heavy Rain ?
Avant tout chose, il faut savoir de quoi on parle. Entre les discours d’intention, les envolés de son créateur David Cage et le traitement qui a été fait du jeu ailleurs, voici notre contribution à la question : qu’est ce qu’Heavy Rain ?
Le postulat de départ de Quantic Dream est triple. D’abord, et avant tout, l’objectif est de dérouler une aventure narrative capable de provoquer une myriade de sentiments différents chez le joueur. Selon Cage, les jeux « classiques » ne tournent que sur quelques interactions basiques (courir, sauter, tirer, conduire) autour de thématiques éculées et n’induisant qu’une palette de sentiments réduite et invariable (stress dû à la compétition, joie d’avoir gagné, jouissance d’abattre ses adversaires, etc.). HR propose une histoire mature brassant des thèmes peu abordés dans le JV. Deuxième objectif : une narration élastique capable de s’adapter aux choix et aptitudes du joueur de manière transparente. Que vous réussissiez ou échouiez aux QTE, l’aventure continue et s’oriente selon vos décisions. Troisième point : recréer aussi fidèlement que possible les séquences narratives. D’où l’emploi de motion capture, la modélisation de vrais acteurs, etc. Les visages en gros plan sont à ce sujet ultra impressionnants.
Concernant le premier point, beaucoup de joueurs se sont offusqués. De nombreuses expériences de jeu procurent une large palette d’émotions. On peut citer le genre du RPG, assez propice en la matière. Des softs comme Okami, REZ, Killer7, Shadow of the Colossus, Flower ou ICO ont aussi été capable de transcender le matériau de base pour l’élever un peu. Mais David Cage et son équipe ne se mettent pas en opposition de tous ces titres. Ce n’est pas Heavy Rain contre le reste du monde. Le créateur français l’explique même très bien : quelques titres ont su explorer des chemins de traverse pour sortir un peu des conventions inhérentes à notre media. Quantic Dream apporte sa pierre à l’édifice, sa réflexion et ses idées. Rien de plus, rien de moins.
Définir HR en terme de gameplay n’est pas aisé. Mieux, c’est complètement accessoire. Le propos n’est pas là . Si comme si on demandait quel était le scénario de PES, ou si Gran Turismo proposait des fins multiples. De fait, HR peut être jugé sévèrement, il possède d’ailleurs de nombreuses lacunes (maniabilité rigide, quelques bugs d’affichage), mais au-delà de ça, il ne doit être appréhendé qu’en fonction de ce qu’il apporte et de ce à quoi il aspire.
A peine l’aventure lancée, j’étais dedans. Le début du jeu, si décrié par certains pour son rythme pépère mettant en scène des actions courantes de la vie de tout les jours, sert d’abord à prendre le tout en main, à faire connaissance avec le protagoniste principal, Ethan Mars, à développer un contraste avec ce qui va suivre (le premier élément perturbateur n’intervient que la scène suivante, et l’aventure ne démarre véritablement qu’au chapitre 6), mais surtout, il tisse le lien entre le héros et ses enfants. L’amour d’un père pour son fils, voici le vrai fil conducteur du scénario. Le versant thriller ne sert alors que de toile de fond, de prétexte. Un prétexte diablement efficace car le scénario s’avère prenant et réussi, sans être foncièrement original. Il sera en tout cas l’un des moteurs qui vous fera avancer.
Second aspect du jeu : la liberté. Là aussi, il faut aussi prendre ses précautions. On n’est pas dans une simulation bac à sable ou dans un titre ouvert à la Morrowind ou Fallout. Le joueur possède le libre arbitre sur comment gérer telle ou telle situation et devra y répondre suivant son inclinaison. Cela ne signifie absolument pas qu’il est libre de faire ce qu’il veut ! Des choix cruciaux sont proposées, d’autres sont plus anodins, mais le socle de base de l’histoire reste invariable. La majorité des événements et des scènes est imposée. Certaines pourront être écourtées, d’autres se rajouteront en fonction de vos choix, mais l’aventure ne changera jamais du tout au tout.
Que retenir au final de l’expérience ? Jouer à HR peut s’avérer très addictif, le scénario jouant sur les ellipses ou sur la soi disant omniscience du joueur pour les quatre personnages qu’il incarne afin de surprendre. Si certaines séquences m’ont moins happé que prévu (notamment lorsqu’il s’agit d’infliger une douleur à son avatar), celles impliquant une interaction vis à vis d’autres personnages m’ont conquise. On passe par tous les stades : interrogation, stress, empathie, doute, peur, voire culpabilité, ce qui est plutôt rare dans un jeu. Au final, il est possible d’affiner la progression selon ses propres inclinaisons et valeurs morales. Si bien qu’on a l’impression de vivre une aventure personnalisée, qui résonne en nous. L’intelligence de Cage a été de dévoiler très tôt que le Game Over n’existait pas dans HR. Par conséquent, si vos héros meurent, l’histoire continue. A ce moment, même si les QTE précédents nous ont paru facile, quand on soupçonne que la vie de notre avatar (qu’on a appris à apprécier) est en jeu, cela procure un stress assez inédit. On panique vraiment, comme on le ferait dans la réalité. Pour une fois, on a l’impression d’évoluer avec le jeu, pas contre lui.
C’est lors d’une seconde partie que les défauts sautent aux yeux. Mais peut-on les qualifier de défauts s’ils n’étaient pas apparu lors de l’expérience initiale (la seule vraiment prépondérante) ? Un tour de magie perd évidemment de sa superbe lorsqu’il est expliqué. Pourtant, cela ne remet jamais en cause le choc initial, l’habilitée du magicien et l’ingéniosité du système. D’ailleurs il est évident que HR n’est pas nécessairement destiné aux gamers. Ces derniers, de par leurs années d’expérience, vont rechercher les limites du jeu, déterrer les ficelles, comprendre le fonctionnement. Ils verront alors que certains QTE ont la même finalité, réussis ou pas, que les timings lors des scènes de suspens sont assez dépendants des actions du joueur, qu’il n’est pas possible de faire mourir le personnage principal quand on le souhaite (seulement à des moments précis), que certaines incohérences pointent le bout de leur nez si on connait le fin mot de l’histoire, que certains faits demeurent bizarrement obscurs. Mais qu’importe, l’expérience originelle est suffisamment forte et marquante pour affirmer que HR est une réussite. D’ailleurs, lors de mon second run, il n’y a eu besoin que d’une scène inédite vis à vis de ma première partie pour que je replonge à mort, en faisant abstraction de tous les défauts que je venais de remarquer.
Lorsqu’on se retrouve à « juger » des jeux vidéo, comme nous le faisons sur Console Syndrome, il convient de choisir une ligne éditoriale qui va conditionner le traitement que nous en faisons. Nous choisissons de critiquer un titre comme une expérience, comme un tout indivisible. Pas question d’effectuer un contrôle technique en critiquant indépendamment la jouabilité, le graphisme, la durée de vie. Je ne dis pas que ce dernier point de vue n’a pas de sens. Beaucoup de joueurs le recherchent et d’autres sites le font très bien. Il s’agit juste de définir ce que l’on attend d’un jeu, ce qu’on y recherche. Moi je cherche une expérience qui se tienne dans son ensemble et qui m’emporte. C’est le cas ici.
HR ne peut pas faire l’unanimité. Il explore une voie radicale qu’une frange de joueur trouvera inintéressante. Et ce jugement ne peut être remis en question, sous quelque prétexte que ce soit. A l’opposé, dire que HR est une révolution ou qu’il représente ce que devrait être le jeu vidéo à l’avenir est une hérésie. Le titre de Quantic explore une voie, trace son propre sillon. Il faut alors l’apprécier comme tel. Il pose les bases d’un style super narratif, où le joueur est impliqué au plus profond du déroulement du scénario. Le media a besoin d’autres jeux comme HR pour explorer plus avant toutes les possibilités offertes par ce système, mais les autres jeux classiques devront aussi poursuivre leur propre évolution en parallèle.















“Part 1 – Définir Heavy Rain ?” signifie-t-il que tu continueras l’article? Si oui, je prends
Allez, de toute façon d’ici la fin de l’année je craquerai sur une version d’occase, même s’il est déjà dispo en version full fr chez nos amis canadiens… Mais FFXIII passera avant, forcément ^^
Bon article.
Il y a décidément une dichotomie entre les tests faits par des sites trop ancrés dans une relation conseiller-consommateur, utilisant des critères dit objectifs, comme JV.com et les analyses faisant plus appel à l’affect qu’à l’intellect, paraissant sur des sites comme le votre.
Les deux styles d’analyse sont nécessaires. Mais il est vrai que pour un jeu comme Heavy Rain, je préfère écouter les critiques traitant le jeu vidéo comme de l’art plutôt que comme un simple produit de loisir.
Merci pour vos commentaires.
Ketal > Oui, deux autres articles vont suivre, mercredi et vendredi.
Je suis curieux de lire la suite, c’est intéressant pour moi qui ne toucherai jamais à ce jeu.
N'étant pas ce que je pourrais qualifier de “joueuse avertie” encore (j'y remédie) et n'ayant pas suivi vraiment les débats en temps en en heure sur ce jeu, quand j'ai voulu acquérir une console, j'ai penché pour la PS3 avec celui-ci sans trop trop savoir où je mettais les pieds et oh miracle, j'ai été séduite (les plus sarcastiques diront que j'y connais pas grand chose et que je ne suis pas critique à mort, ils ont raison mais… : p)
Passé le début qui prend bien le temps de planter le décor (début assez laborieux mais pratique pour se plonger dans les différentes interactions possibles) , on se prend vite au scénario, à transposer sa propre expérience à travers différents choix cruciaux pour la suite des évènements. Un plaisir presque intact quand on veut remettre le couvert, la découverte de certaines choses en moins certes.
Sans en faire un commentaire long comme un jour sans pain (et paraphraser ce qui a déjà été dit) , j'ai beaucoup accroché et pour une première prise en main, il est simple, fluide (malgré les déplacements qui souvent eux ne le sont pas) et prenant en tout point même s'il ne demande pas une dextérité à toute épreuve au niveau du gameplay. Ca m'a rappelé ce côté “les livres dont vous êtres le héros” mais en plus mûr, la nervosité d'une scène cruciale qu'on a la sensation de vivre soi-même, les moments de panique, les interrogations, tout y passe.
Pareil, j'ai été transporté par ce jeu, un vrai bijou. Par contre ce qui intéressant, c'est que tu as acheté la console pour ce jeu, exactement comme deux de mes amis (dont l'un que vous connaissez). Heavy Rain serait donc un system seller plus efficace que God of War III, je connais pas les chiffres, mais ce ne serait pas étonnant.
Ah par contre petite rectification, j'ai pas acheté la console pour le jeu mais entre Xbox (et pourtant je suis une aficionada) et Final fantasy ou PS3 avec God of War ou Heavy Rain (J'ai le droit de dire que la wii ne compte pas ? xD) , mon choix s'est porté , après quelques textos échangés avec un connaisseur qui se renconnaîtra sur mon grand dilemme, sur Heavy Rain. A la base je voulais surtout jouer à Resonance of Fate !
(Oui tout ça n'a rien de logique, je sais)
Le bundle Xbox – FF XIII baisse de prix, tu aurais regretté ton choix, en plus rien ne t'empêche de jouer à Final sur 360 (sauf peut être le fait qu'il soit pas top). Moi aussi, j'ai vraiment envie d'essayer Resonance of Fate, il est là , sur mon bureau, mais pas le temps. Mololo a raison, la pile augmente, augmente…
Je suis en plein dedans en ce moment, et quelle claque! Une immersion qui fait vite oublier tous les petits défauts. Je dois être dans les derniers chapitres du jeu, et je me demande déjà si je vais me faire une (ou plus!) autre partie. J'ai un peu peur de casser la magie de la première partie. Je trouve la comparaison de Coucou avec le “truc” d'un magicien vraiment bonne, et j'ai pas forcément envie de découvrir le “truc”. M'enfin bon, je verrais! Par contre, je joue pas sur un écran HD, et c'est vachement lourd : parfois impossible de déchiffrer les touches demandées en QTE, donc j'ai souvent posé une question au lieu d'une autre dans les dialogues par exemple. Vous voulez pas offrir un bel écran HD à vos lecteurs dans les jeux concours? ^^
@ Acacia : en exclu PS3, ne passe pas aussi à coté d'Uncharted 2, qui est juste incontournable! Et pourquoi pas MGS4 si tu as déjà touché aux autres opus.
Perso, je me suis juré de ne jamais refaire ce jeu, l'illusion est là , on le sait tous, mais elle est trop belle pour être révélée.
@ Shaman : Je note, comme je l'ai ailleurs en commentaire, je suis pas encore une experte en la matière (mais je viens ici dont j'y remédie) alors tout conseil est b on à prendre pour moi, même si memento tente de combler tant bien que mal mes lacunes en matière de jeux vidéos : p
Et j'ai pleuré aussi sans l'écran Hd x( Faut soit jouer à 5 cm de l'écran et perdre la vue soit se flinguer les yeux également en forçant pour voir ce qu'il y a de marqué.
@Med : Pour Final Fantasy, je vais sûrement paraitre hérétique mais ça m'a pas fait envie cet opus, pas du tout et le côté très cinématographique de Heavy Rain me tentait méchamment (et encore j'avais pas suivi , mais pas un brin l'actu à son sujet).
Pour en revenir à Heavy Rain, c'est vrai que la deuxième partie laisse moins de découvertes sur l'histoire, surtout sur des scènes non cruciales mais j'ai trouvé ça intéressant de revenir en arrière et faire différemment et voir si ça m'amenait à des choses différentes tant en finalité qu'en processus : )
Bon, depuis mon dernier com, le jeu est fini… et je résiste pas à la tentation de refaire quelques embranchements! Surtout que j'ai eu quelques perso qui sont malencontreusement décédés au cours de ma partie, je vais essayer de les faire revivre (oui, je suis Dieu…). Mais je comprend ta position Med, j'avoue avoir presque quelques scrupules à chercher les ficelles du jeu. Tant pis, je cède à la tentation!
@ Acacia : tout dépend de ce que tu apprécies en genre de jeux. Dans un autre genre que Uncharted2 (j'en démord pas, pas moyen de passer à coté!) il y a aussi le dernier Prince of Persia, qui a été pas mal critiqué, mais que pour ma part j'ai trouvé vraiment très sympa. Un beau jeu!
Je vous rejoins, camarades d'écrans non HD, même avec avec un 82cm cathodique, les “carré” et “rond” sont parfois difficilement différentiables. Si bien qu'à un moment je me suis mis à 1.5m de l'écran, tranquillou par terre, et j'ai été vraiment bluffé par les détails bien plus visibles à cette distance. Oui, le JMMPP a de beaux jours devant lui ^_^ Plein les mirettes!
Je ne pense pas refaire le jeu avant un certain temps (surtout qu'il faut que je le rende à mon collègue… un jour
), mais je regarde jouer ma copine dessus, c'est sympa également de regarder ça comme un film, on se laisse porter par l'histoire même si c'est du coup moins intense et qu'on ressent quelques longueurs. En tout cas c'est fendard de la voir agiter le pad dans tous les sens… et jouer la tête à l'envers pour certains passages