Les crédits défilèrent. Je venais de terminer Lollipop Chainsaw, et j’essayais de mettre de l’ordre dans mes idées. J’étais plutôt conquis. Alors que quelques heures plus tôt, je m’étais décidé, sans envie folle, à le finir pour ne pas le sentir s’éloigner, ce sentiment avait quelque chose d’agréable et d’inattendu. Il faisait nuit, mais j’avais encore le temps pour davantage de jeu. Je décidais de surfer sur la vague.
Pourtant, à ses débuts, je ne partis pas avec le meilleur des sentiments, le gameplay un peu mou et les environnements simplistes testant alors mes convictions. Ils ne firent que les tester, heureusement. Je n’eus pas l’impression, à l’instar de ma malheureuse expérience avec Dark Soul, de me voir jouer et de me dire « Je ne sais pas si j’aurais dû acheter ça. Je vais continuer, mais ce n’est peut-être pas pour moi. » Je ne repensai pas au prix avec angoisse. Non, en jouant à Lollipop Chainsaw, je gardais cette curieuse impression que ça allait le faire, que c’était pour moi, ce tableau complètement absurde : une jolie blonde insouciante qui tronçonne du zombie, la tête de son petit copain, attachée tout contre ses fesses, concourant à la fête avec des répliques de séries B. Le sourire, je le gardais, au moins la majorité du temps, les défauts les plus classiques (caméra, graphismes, options de jeu limitées) étant au rendez-vous. Les délires japonais mal foutus aussi. Tous, je les détestais, mais ils collaient plutôt bien.
Je devinais, aux bruits de couloir, et à la carte du jeu, que l’aventure serait brève. J’anticipais : hors de question de le terminer en deux jours. Soit, ce fut trois. Mais au moins : pas d’affilée. Je notais, en allant, des répliques très salées : « Juliet, I’m so gonna totally masturbate to you tonight » (J’apprenais, pour l’occasion, la forme verbale « masturbate to [someone] ».) « Zombies suck dick at driving. » Je leur préférais les plus sucrées : « What’s your favorite color, Nick? » « Blue. No, green. » « Awesome. I love learning about you. » « I fucked up. It’s yellow. » Le sourire, à nouveau. (Mea culpa : j’ai joué en original, d’autres préféreront en français.)
De préférence, on pardonnera les préalables : les temps mort, les délais notoires, et les interruptions. En l’absence des améliorations disponibles sur Shop2Chop.com (dans le jeu, banane), Juliet reste démesurément au sol, patraque, se fait facilement interrompre, voire prend une minute de réflexion, en fin d’enchaînement. Mettez ça de côté. Jouez. Même, recommencez une partie. Jusqu’au stade où tout devient beau, et facile. Où vous découvrez et redécouvrez Zed – cocksuckers. Où l’esquive devient une seconde nature. Où les têtes sautent sans interruption, pendant ces invraisemblables basketball. Un conseil, néanmoins, aux Juliets en devenir : soyez économes, et faites l’acquisition de la technique à 999 pièces dès que possible.
Lollipop Chainsaw, c’est comme une bonne bière : calorique, parfois grossière, mais avec ce qu’il faut de fruit et d’ébriété. Pas un jeu qui touchera votre âme, donc. Plutôt un drôle de schmilblick un peu corniaud, un trip délicieusement régressif et rock’n roll, qui vous fera jouir des oreilles et briller des yeux. Je recommande chaudement, aux compote de pommes et chipolata, aux bourgeois gentilshommes, à ceux qui offrent des chances, aux amoureux de l’autre chose. Lollipop est de ces jeux imparfaits, idiots et disgracieux qui vous font oublier le sérieux de la vie, comme ce moment dramatique où vous avez versé trop de sel sur votre steak – et, diantre, comme ce fut horrible.



