De l’exaltante première aventure de Shepard résultait la frustration de ne pas avoir pu découvrir plus en avant chacune des races de l’espace concilien. Le codex fourmillait d’éléments mais qui nous pendaient au nez, incapable de les corroborer de vive voix. Alors, dès le début de l’aventure, nous est vendu un melting-pot comme on osait à peine en rêver : Butariens, Krogans, Galariens, et que sais-je encore : ils sont tous au rendez-vous, accompagnés de nouvelles races. Les premières sonorités se font grisantes tandis que l’on replonge dans cet univers si particulier qu’est celui de Mass Effect.
Mass Effect 2 joue la carte du changement dans la continuité. Tout comme Persona 4 pour Persona 3, Mass Effect 2 répond au bleu par l’orange. Ainsi, dès le menu du jeu, le ton est donné – littéralement. Les premiers pas dénotent d’ailleurs une des choses qui frappent le plus dans cette suite : Mass Effect 2 est nettement plus sombre, et on le comprend fort bien à peine la machine mise en route. Succédant à un début d’aventure vif en émotion, pour ne pas dire brutal, la suite de l’intrigue forcera notre héros à fréquenter les basfonds des systèmes Terminus pour recruter certains des meilleurs éléments de la galaxie. A défaut de tester votre sens moral, les premiers pas sur Omega procurent de l’inconfort : ternie par la violence et la corruption, la ville, toute de rouge et de gris vêtue, nous ferait presque regretter l’aspect propre et ordonné de notre bonne vieille citadelle. Mais il n’en est rien. Plus urbain, plus varié, les environnements de Mass Effect 2 sont nettement plus agréables à visiter que ceux de son homologue. La plupart des quêtes se passent désormais en ville et fournissent l’opportunité rêvée de se plonger dans les architectures parfois mémorables des races de toute la galaxie. Adieu, donc, aux plaines de silice, et bienvenue au level design fin et coloré. A travers son environnement urbain inspiré, Mass Effect 2 remplace à merveille les cabrioles sans fin du Mako et des extérieurs qui pouvaient se montrer parfois très répétitifs. Sur un plan purement technique, si la modélisation des personnages a, elle, à peine progressé (difficile de ne pas mentionner ces horripilantes coupes de cheveux), le jeu est légèrement plus beau et le grain esthétisant moins prononcé. De plus je trouve que les races ont gagné en typage. En effet, au sein de chacune d’entre-elles, les individus se démarquent mieux. Si c’était déjà le cas pour les Humains, cela est désormais d’autant plus marqué, chose fort appréciable depuis que la Citadelle n’est plus le seul endroit permettant de converser avec mille et une races.
Le début de l’aventure, d’abord haletant, prend directement suite à la fin des évènements de Mass Effect 1. De la même manière que dans ce dernier, le scénario tisse peu à peu la finalité de l’intrigue, tout en soulevant de vives interrogations au sein de l’équipage, évoquant parfois à mi-mots des craintes de circonstance. Cela est de mise par l’aspect parfois dérangeant des ennemis et leur mode de fonctionnement, et participe a conforter l’atmosphère que j’évoquais plus tôt. Toutefois, malgré un scénario maitrisé de bout en bout, l’intrigue principale est assez brève et les révélations manquent parfois d’impact : il m’est arrivé de constater que l’une ou l’autre des révélations n’avaient que peu d’emprise sur les différents personnages. Si la surprise et la découverte sont de mise, donc, Mass Effect 2 reste à cet égard un pont entre le début et la fin : toujours passionnant, mais un peu moins. Quoi qu’il en soit, cet épisode, bien que partiellement sabordé par un aspect social fortement mis en avant (et sur lequel je reviendrai plus après) permet de découvrir de nouveaux éléments primordiaux qu’ils convient de replacer dans la trilogie Mass Effect. Le codex, une nouvelle fois, nous plonge plus en avant dans l’incroyable univers tissé par Bioware : histoire, anecdotes et personnages nous permettent de mieux en saisir la portée. Attention toutefois, le texte se heurte visiblement à des questions de lisibilité en ce qui concerne la version Xbox 360, problème dont Bioware a d’ores et déjà annoncé qu’il ne serait pas patché.
J’évoquais la mise en avant de l’aspect social. Pour cela la production pêche dans la référence du genre : le RPG japonais. Certains d’entre-eux ont depuis toujours fait valoir des dialogues se plaçant dans les interstices. Visant à développer des liens entre les personnages, ces micro-évènements servent bien souvent à développer la crédibilité des protagonistes tout en renforçant la cohésion du groupe, élément primordial des productions japonaises. En cela subsiste une étonnante similarité entre Persona 4 et Mass Effect 2, lesquels introduisent tous deux la possibilité de découvrir chaque personnage en les amenant à se libérer émotionnellement face à Shepard, voire face aux autres membres de l’équipage. Mass Effect reprend donc son système de dialogue caractéristique en y ajoutant une nouveauté intéressante : les actions héroïques ou audacieuses, qui laisseront au joueur le choix d’interrompre les bavardages pour régler le problème avec conciliation… ou pragmatisme. Cet ajout dynamise considérablement les dialogues tout en requérant du joueur qu’il soit vigilant. Au final, les dialogues aideront une nouvelle fois le joueur à nouer différents liens avec les autres personnages, la finalité étant de créer une cohésion suffisamment forte pour affronter tous les dangers. A nouveau Shepard constitue donc un centre d’attention primordial, dévoué à la cause de l’univers tout autant qu’à celle de ses camarades. Et ils sont nombreux ! Entre le premier épisode et le second leur nombre a pratiquement doublé, et les personnes disposant du DLC « Le Prix de la Revanche » (ce qui concerne, sauf erreur de ma part, l’ensemble des personnes ayant acheté le jeu neuf) auront onze protagonistes à leur disposition.
De manière plus explicite que dans Mass Effect 1, chaque personnage vous soumettra une requête, laquelle vous permettra souvent d’explorer son passé. A l’échelle de ces dit-personnages, elles sont plus ou moins intéressantes mais parfois bien trouvées car elles ne nécessitent pas systématiquement un carnage en règle. Ce n’est qu’à l’issu de ces phases clés que l’une ou l’autre des romances sera disponibles, selon le sexe de votre héros et les préférences établies de chaque personnage. De ce côté, Mass Effect 2 n’a pour ainsi dire pas fait les choses à moitié : langage cru et galipettes improvisées sont parfois de mise. Inévitablement, cela dépend des personnages, et les premiers fantasmes jetées sur Miranda rejailliront peut-être sur une autre damoiselle. Reste que l’apogée de votre relation devra attendre la toute fin du jeu, alors choisissez bien, à défaut de rester fidèle à votre dulcinée de Mass Effect 1 (et dont le regard inquisiteur trône sur votre bureau !).
Soutenus par les musiques parfaitement homériques de Jack Wall et au gré d’environnement mieux maitrisés, les combats sont devenus plus tactiques. Lors du premier épisode, il m’était souvent arrivé de mourir bêtement, à cause d’endroits trop vides et m’obligeant à manœuvrer à découvert ou au contraire, à cause de salles exigües qui ne me permettait pas d’exploiter au mieux les compétences de mon commando. En outre l’arrivée massive d’ennemis permet désormais de tester au mieux vos talents de leader et le positionnement des membres de votre commando devient primordial. Bioware en a d’ailleurs profité pour simplifier les commandes de combat. Vos compères, malgré quelques défauts de réactivité, se placent désormais systématiquement à couvert, ce qui peut parfois provoquer des situations assez cocasses lorsque les derniers éléments permettant de se planquer se trouvent au début du stage ! Parmi les défauts d’IA, on peut aussi noter que j’ai parfois pris une vilaine raclée en l’absence d’un des deux commandos, lequel aura préféré rester bêtement de l’autre côté de la porte, le combat l’empêchant manifestement de se téléporter. C’est le genre de chose qui ne pardonne pas car les phases de combats ne sont pas dénuées de challenge et demanderont, à défaut de prouesse, de la patience. Pour vous aider à survivre, vous aurez bien évidemment l’équipement high-tech que l’on connait, désormais pourvu de munitions et dont la sélection se fera juste après avoir sélectionné vos alliés. Abandonnant ainsi le système d’inventaire du premier épisode, les armes n’en demeurent pas pour autant sans intérêts, et gagnent en modularité ce qu’elles perdent en multiplicité. Moins varié mais plus ingénieux, ce système permet de customiser l’ensemble de votre équipement via les matières premières récupérées (ce qui leur donne, pour le coup, une vraie utilité). Vous aurez par ailleurs la possibilité d’utiliser des pouvoirs limités mais variés. Le cooldown de l’ensemble des compétences oblige désormais à préparer les phases de combat en amont tout en obligeant le joueur à agir de sang froid pendant les incartades.
Puisqu’il s’agit d’une suite, Mass Effect 2 a fait fort et importe un nombre impressionnant de données issues de Mass Effect 1. Le jeu fait valoir un récapitulatif lorsque vous importez une partie, mais croyez-moi, ça ne se résume pas qu’à ça. Vous serez amené à croiser de nombreux PNJ issus de votre premières aventure et certains évènements en apparence anecdotiques y trouveront également leur écho. Si cela peut paraître de prime abord parfaitement dérisoire, l’immersion s’en trouve considérablement renforcée. Imaginez qu’un jeu acquiert la possibilité de vous remémorer de nombreux détails de vos premières aventures comme si vous les aviez vécues vous-même. C’est cela, la force de Mass Effect 2. Sans compter que la replay value incite grandement à s’y remettre.
Pourtant, des avis déjà mis à jour, nombre d’entre-eux regrettent que Mass Effect 2 ait moins d’éléments de RPG que dans le premier. J’ai envie d’en diverger, quitte à paraître déraisonnable. Il est quelque chose d’acquis et qui tend à m’irriter passablement : cloisonner la catégorie des RPG comme répondant à des critères extrêmement rigides tels que moult compétences et objets à débloquer. Et si je disais que les changements qu’apporte ici Mass Effect 2 font du bien ? Que Mass Effect 2 est tout autant un RPG que le premier, sinon meilleur ? Au gré de mécaniques de jeu un peu plus prévisibles (pourcentage d’avancement des nébuleuses et des systèmes, objets systématiquement signalés à l’écran) et de quelques bugs mineurs, la nouvelle production de Bioware est devenue plus intuitive sans avoir sacrifié ce qui faisait le cœur du premier épisode : la densité de son univers. Mass Effect n’a absolument rien perdu de sa superbe et se condense ici à son meilleur en nous permettant une nouvelle fois de jouer un rôle humain au devant de l’immensité de l’univers. Est-ce que vous aimiez avoir un inventaire remplis à ras-bord dans le premier ? Moi, non. Mass Effect 2 est la suite tant attendue, de celle qu’on voit rarement, mais qui s’adressera en priorité aux personnes ayant fait le premier, tant il en est perclus de références. Ceux qui n’en font pas partie y trouveront tout de même un jeu exceptionnel qu’il convient de ne rater sous aucun prétexte.





