Après deux opus intitulés “Acid”, Metal Gear revient ce mois-ci en France avec “Portable Ops” sur la Playstation portable, abandonnant le gameplay à base de cartes pour revenir à une configuration et un design déjà assimilés par le joueur, infiltration/action, mais avec tout de même de l’originalité. Cette alchimie faisant à la fois la force et la faiblesse du jeu ; même si les fans marcheront les yeux fermés vers ce nouveau Metal Gear Solid, dont la sortie tombe à point nommé pour les faire patienter jusqu’au 4, prévu sur Playstation 3.
Six ans après Metal Gear Solid 3 : Snake Eater, Snake, alias Naked Snake, alias Big Boss, se retrouve mystérieusement enfermé dans une cellule en Amérique du Sud. Après une évasion devenue un classique dans la série, en rampant dans un tuyau d’aération, on apprendra qui est derrière tout ça et quels sont les ennemis à abattre : des anciens membres de Fox, l’ancienne unité d’élite de Snake, dont le projet secret est, ô surprise, l’utilisation d’un tank pouvant lancer des missiles nucléaires, le Metal Gear. Si les débuts du jeu sont très coutumiers pour la série – se cacher, éviter les gardes – les changements arrivent progressivement, pour le meilleur et pour le pire. Tout d’abord une nouvelle barre apparaît à côté de la barre de vie, une sorte de barre d’endurance qui baisse constamment et qu’il faut faire remonter en prenant les traditionnelles “rations” (pour la barre de vie, il faut maintenant des packs de santé et donc essayer de ne pas se mélanger les pinceaux pour l’habitué de la série) ; si cette barre pose peu de problème avec Snake, elle deviendra cruciale pour l’incarnation des recrues, le nouveau système de gameplay. Ensuite, si l’on reproche souvent à MGS et à son game designer/réalisateur/producteur Hideo Kojima de faire des cinématiques trop longues et des dialogues au codec trop dense, on ne peut que rester admiratif face à son talent de mise en scène et son sens du rythme dans le montage. Hors cette fois-ci, la majorité des cinématiques et autres cut-scene ne sont plus réalisées avec le moteur du jeu, comme à l’accoutumée dans la série, mais avec des images de bandes dessinées (avec bulles et onomatopées de rigueur) dans un style proche du récent MGS Digital Graphic Novel, ou encore des Artwork dessinés traditionnels de la série. Si l’on peut apprécier ce design et la stylisation qu’il entraîne dans le jeu, on peut constater que Kojima met cette fois-ci de côté son principe d’utilisation du moteur du jeu pour favoriser l’immersion du joueur ; et il faut reconnaître que malgré leurs qualités, ces cinématiques ont tendance à éloigner le joueur de l’environnement général du jeu, voire même à chercher ce qu’il y a à voir dans le pire des cas, la faute au design brouillon et confus des traits du dessin. En dehors de cela, visuellement “Portable Ops” rappelle évidemment Snake Eater, non seulement grâce à son background, mais aussi avec son style de couleurs ternes à la dominante marron/vert.
Dans le gameplay, le joueur retrouvera très rapidement ses marques (même le mode multijoueurs rappelle celui de la réédition de Metal Gear Solid 3 : Snake Eater, Subsitsence), le plaquage contre les murs, la visée à la première personne avec le bouton R, le radar, etc… même l’intelligence artificielle devient prévisible. On sait pertinemment que si l’on se poste suffisamment loin d’un soldat de patrouille, même si l’on entre dans son champ de vision, il ne nous verra pas. Encore une fois, on reprend ses habitudes avec les avantages et les inconvénients propres à la série. Par contre Kojima et son équipe semblent avoir cédé à la critique continuelle de certains joueurs quant à la caméra placée au-dessus, quasiment à la verticale ; si dans Subsistence le joueur avait le choix entre cette vue et une autre à la troisième personne, dans “Portable Ops” on doit subir obligatoirement cette dernière. « Subir » car le manque d’un stick analogie droit permettant de contrôler la caméra se fait cruellement ressentir. La vue a vraiment trop tendance à suivre beaucoup trop lentement et l’action n’est plus très claire. Si c’est largement compensable avec la croix directionnelle (permettant de rediriger la caméra) lors des phases d’infiltration, cela devient carrément problématique lors des scènes d’action et dans les passages étroits en intérieurs, ou pire pendant les combats contre les boss ; les deux boutons (le stick analogique pour contrôler le personnage et la croix directionnelle pour réajuster la caméra) étant à gauche il est évidemment impossible de contrôler les deux en même temps. Si les développeurs du jeu ont bien prévu un bouton permettant de recentrer rapidement la caméra derrière le dos du personnage, le bouton L, celui-ci a en fait une double fonction : votre personnage braquera également son arme devant lui, posant à nouveau un problème lorsqu’on utilise une recrue, “camouflée” grâce à son costume identique à ceux des soldats ennemis, mais immédiatement remarqué lorsque l’on montre tout signe d’agression. Il est en fait étonnant de constater qu’un jeu Metal Gear souffre de problèmes de réalisation de ce type, tant les opus antérieurs étaient irréprochables sur ce point. Mais il faut aussi constater que le hardware portable de Sony manque souvent de prise en main pour tous types de jeux à cause de la configuration pénible de ses touches.
Mais l’atout principal de “Portable Ops”, et qui fera oublier tous les problèmes techniques bloquant l’immersion, c’est le nouveau système de recrutement des soldats. Snake étant maintenant seul, il va recruter progressivement des personnages afin de former Fox Hound ; avec lequel il prendra Zanzibar dans les premiers Metal Gear sortis sur MSX (la chronologie est donc maintenant bouclée ; Portable OPS en était le chaînon manquant). Mais la force de cet opus est de rendre interactif ce recrutement, et même de le placer au centre du gameplay. En effet chaque soldat croisé dans les différents niveaux peut être assommé ou anesthésié (avec le pistolet tranquillisant de Snake) et ramené au camion conduit par le bien connu Roy Campbell, au début de chaque niveau. Après quelques jours d’enfermement (plus ou moins long selon le personnage), ils seront convertis à votre cause, pour finalement se joindre à Snake sur le terrain. Le joueur pourra donc alterner tour à tour, et un par un, plusieurs personnages. Et si l’on veut avoir une équipe solide, il faudra recruter des personnages de plusieurs catégories : les soldats pour aller sur le terrain, les médecins pour soigner les soldats entre chaque mission, etc… Les caractéristiques de chaque membre du futur Fox Hound sont paramétrables et évolutives. Et chaque personnage croisé dans le niveau est susceptible d’êtres recruté (la difficulté étant sa place dans le niveau, plus ou moins éloignée du début et donc du camion de Campbell) ; et même les plus emblématiques de la série MGS, tel que Para-Medic, ou Ocelot, pourront être convertis à votre cause. Loin d’être seulement un ajout facultatif, le recrutement des soldats est à la fois au centre de l’histoire du jeu et de son gameplay. À certains passages clé du scénario, il faudra même avoir un certain nombre de soldats dans son équipe pour pouvoir avancer dans l’intrigue. La gestion de ses troupes n’est pas non plus optionnelle, car si l’on veut être efficace dans les niveaux, il faut prendre du temps pour gérer ses troupes, les faire évoluer et varier leurs catégories. Une nouveauté vraiment surprenante pour un jeu tel que MGS, car en fin de compte, et après compréhension de ce système, le joueur regarde chaque ennemi comme une recrue potentielle, pouvant par-delà rallonger la duré de vie de “Portable Ops” selon sa motivation et son investissement pour avoir son armée idéale. Metal Gear Solid ajoute à son côté infiltration/action une traque à l’homme permanente ; Snake étant en plus d’un héros devenu culte un concurrent sérieux pour la chasse aux Pokémons.
Malgré ses défauts intrinsèques Metal Gear Solid : Portable OPS arrive à garder une alchimie équitable entre le déjà vu et la nouveauté pour en faire un jeu prenant. Il est en plus découpé en missions temporellement courtes adaptées à la transportabilité de la PSP. De plus, en dehors des portages de RPG (où la cible des rolistes virtuels est déjà conquise) et des jeux concepts, tel que “Loco Roco” ou “Lumines”, “Portable Ops” est probablement l’un des meilleurs jeux de la console, et certainement le meilleur jeu d’aventure/narratif. Loin d’être simplement le jeu de background pour les fans les plus acharnés que l’on pouvait attendre, ce nouveau MGS est à la fois une réussite et une expérimentation de gameplay, laissant entrevoir le meilleur pour le futur quatrième opus.
Philippe


