MGS 4 – la guerre a changé, partie 2

Comme Med vous l’a dit dans son article d’hier, il n’y aura pas de test à proprement parler de Metal Gear Solid 4. Afin d’être vraiment clair et de convaincre les éventuels déçus, je rappelle que notre décision a été modifiée de façon claire et naturelle, au fur et à mesure que nous progressions dans la partie. MGS4 ne peut se conformer aux méthodes de test classique. Pas parce qu’il surpasse les autres jeux, pas parce qu’il est meilleur, mais tout simplement parce qu’il est différent. Le jeu est très bon, c’est un fait, certainement le meilleur jeu exclusif de la PS3. Mais il nous a surpris et a suscité en nous des milliards d’interrogations. Nous souhaitions donc vous en faire part.

Nous avons démarré notre marathon MGS avec beaucoup d’excitation. Personnellement, toute subjectivité dehors, je l’attendais comme « le jeu de ma vie ». Pourtant, nous avons mis du temps à rentrer dans l’aventure. Au delà de toutes les petites habitudes modifiées (cf. le texte d’hier), le fait est, qu’à mon avis, l’esprit MGS est presque absent de cet épisode (même le logo a changé !!). Evidemment, on retrouve les personnages chers à nos cœurs, les cinématiques longues et superbement mise en scène, les détails humoristiques et décalés, la griffe Kojima, mais il manque un je-ne-sais-quoi d’impalpable. Ce n’est pas nécessairement moins bien qu’avant, mais le feeling est tout simplement différent. Est-ce du à la caméra libre (nous avions fait MGS 3 dans sa première version, pas avec Subsistence et sa caméra entièrement mobile). A la nouvelle maniabilité ? Au style de jeu, plus proche de Splinter Cell et Call of Duty, où l’infiltration est presque absente ? Au découpage en acte qui rend le tout moins cohérent qu’avant ? Peut-être bien. Là où tout le monde se félicite de l’ouverture d’un gameplay auparavant rigide et antédiluvien, je me retrouve à critiquer l’innovation. Bien sûr que la formule MGS devait évoluer, mais pas avec ce MGS 4. Je m’explique.

Pour commencer, il est évident que ce MGS 4 sera difficile à appréhender. Un novice sera séduit par la nouvelle accessibilité offerte par la refonte du gameplay. Mais il ne pourra vraisemblablement comprendre un traitre mot de l’histoire et se sentira exclus des enjeux et des private jokes. L’ultra fans de MGS se réjouira de la narration, mais pourra être rebuté par les changements opérés. Pourtant, ce MGS 4 lui ai entièrement dédié. Kojima l’a fait ainsi. Chacun des opus précédents pouvaient se lire comme une histoire à part entière. Le premier parlait de l’affrontement entre Liquid et Solid et de leur rapport avec la figure du père. Le second se focalisait presque exclusivement sur les Patriots et introduisait le personnage de Raiden. Enfin, le troisième nous parlait de Big Boss, un homme, avec ses faiblesses, ses forces et ses sentiments. En plus de ses intrigues intrinsèques, chacun possédait une connotation plus profonde et déjà détaillée dans les dossiers précédents. Chaque opus, pourtant identique dans le gameplay, était radicalement indépendant des autres. Mais parcourus par le même esprit. Dès qu’une partie était lancé, et même 4 ans après notre dernière partie d’un MGS, on était tout de suite dans le bain. Un style reconnaissable entre mille. MGS 4 réunit toutes les pistes narratives évoquées auparavant. Pourtant, malgré qu’il réussisse à ne pas s’embrouiller (le scénar s’insère admirablement bien dans la story line, tout est huilé au détail près et cogité depuis 10 ans – 20 ans certainement), ce MGS est différent. Il ne peut être vu et entendu sans les autres. Son histoire propre (son prétexte narratif si vous préférez) est d’ailleurs bien inférieur. Snake doit pourchasser Liquid pour le tuer. Un acte du jeu se résume à se rendre où le frère de Snake avait été aperçu, à se rendre compte qu’il est déjà parti et à le suivre à sa nouvelle destination. Finie l’arrivée au sein d’une mission où des millions de zones d’ombres subsistaient. Finie la présentation de la team de support avec qui on pouvait faire joujou avec le codec. Là où MGS1 se distinguait par son rythme parfait et son intensité, ses personnages mythiques, laissant transparaître un Hideo Kojima tout excité par les nouvelles perspectives offertes par la PlayStation (la 3D, entre autres), où MGS2 voyait Kojima prendre possession de son nouveau jouet, la PS2, avec réalisation hollywoodienne, chorégraphie matrix too much, mégalomanie, histoire et ambition démesurée, et où enfin, Snake Eater voyait un homme ayant enfin dompté tous ses caprices et dévoilant son contenu le plus mature, maitrisé et d’une justesse effarante, Guns of the Patriots ne semble avoir de justification que dans son statut d’offrande aux fans. Sa thématique est riche, son évocation de la guerre et de ses conséquences est très réussie, mais il peine à dégager une identité propre. Il tient presque du best-of volontaire, tout en marquant une forte connotation nostalgique et contemplatrice sur sa propre histoire, sur le jeu vidéo, sur le travail de Kojima et sur le futur de la licence. Etrange paradoxe, car il regarde autant en arrière qu’il ne se tourne vers l’avenir, (le tout matérialisé par les credits du titre où Tomokazu Fukushima (co-scénariste jusqu’alors) est au abonné absent et où les rênes du développement sont partagées entre Kojima et Murata (le nouvel homme fort et le probable successeur de Kojima, déjà réalisateur de ZOE 2). Une fin de cycle pour l’un, un début pour l’autre.

A de nombreux égards, ce Guns of the Patriots était annoncé et perçu comme la fin d’un cycle. Mais le titre a le cul entre deux chaises. Une réelle volonté d’aller de l’avant, de dépoussiérer le gameplay, mais aussi une envie de boucler la boucle, de résoudre tous les mystères. Peut-être est-il trop définitif dans sa structure, car cette volonté de tout conclure et expliquer est plus proche d’une mentalité occidentale, qui ne sied peut-être pas à Kojima. En tout cas, ce MGS 4 ressemble plus au moins à l’épisode de trop pour lui. Ne prenez pas ça de façon péjorative. J’ai déjà expliqué dans l’introduction que le titre était excellent et qu’il comblera les fans. Mais les messages véhiculés dans le jeu m’ont laissé cette impression. Pour rejoindre l’article de popo sur le JV après MGS 4, je pense qu’en fait, il faut voir la chose autrement. MGS 4 n’est pas le dernier jeu de son genre, il est déjà en train de regarder en arrière le chemin parcouru. Après réflexion, j’ai ressenti notre aventure comme si Kojima était assis à côté de nous (un peu comme un film avec les commentaires audio du réalisateur). Et quand Snake nous dit « la caméra aérienne, c’est quand même mieux », on ressent le fond du problème. Oui MGS a évolué. Mais est-ce réellement dû à la volonté de son concepteur ? Deuxième exemple, la manière dont les protagonistes souffrent. Tout le monde sera égratigné au cours de l’aventure, soit physiquement, soit au niveau de la perception qu’aura le joueur du perso en question.. Certains font des retours presque forcés, des personnalités auparavant sympathiques se révèlent sous un autre jour. Un peu l’effet inverse de Snake Eater en somme, où on nous apprenait à aimer la menace principale des anciens chapitres. On pourra toujours parler d’absence de manichéisme, mais il n’y a pas que ça. Et quand on sait combien Kojima s’identifie à Snake, on ne peut que sourire. Il a du souffrir aussi durant le développement. Comme si le producteur star de Konami nous disait « Vous m’avez « forcé » à revenir. Vous risquez de le regretter, je risque de maltraiter vos héros préférés ». Ce MGS 4 résulte d’une demande forte des fans. Pourtant Hideo avait annoncé que pour lui, le cycle avait été terminé par MGS3. Alors c’est sûr, MGS 4 résout tous les mystères. Mais en fin de compte, il ne fait que mettre les ponts sur les « i ». Tout était déjà là, dans la trilogie PS (j’omet volontairement les opus MSX). Ces trois épisodes complémentaires et d’une cohérence absolue. MGS 4 se pose là, un peu en trop, s’identifiant constamment à un cycle auquel il n’appartient pas, il sert à combler tous les fantasmes de fans (mais vraiment tous), pourtant, on ne sent pas cette démarche naturelle, plutôt forcée.

Ne croyez pas que le jeu nous a déçu. Il nous a surpris par certains aspects inattendus, mais aussi bluffé par ses grandes qualités. Evidemment MGS propose de grands moments. Des pics d’adrénaline, des idées formidables. D’autant plus que graphiquement, même si dans l’ensemble des textures sont faibles, il propose des fulgurances ahurissantes, des personnages troublant de réalisme, des séquences dynamiques incroyables, des montée d’émotion et de nostalgie comme j’en ai éprouvé rarement dans un jeu vidéo. MGS 4 est une expérience qui doit se vivre et se ressentir, plus qu’elle ne peut se décrire. C’est pourquoi nous conseillons à tout joueur de tenter l’expérience. Mais il est encore plus sûr que MGS 4 sera encore plus apprécié lors d’une seconde partie. La première fois sert à découvrir le scénario et de mettre fin au suspens. Mais le véritable intérêt sera révélé lorsque le joueur désireux de prendre son temps exploitera toutes les ficelles du gameplay et jouera le jeu à fond, sans pression. Et alors, l’analyse qu’on pourra faire sera certainement différente.

A lire également :