Okamiden, la puissance du chibi !

Test - Okamiden ou la puissance du chibi, serez-vous capable de résister ?!

Un trèfle à quatre feuilles, celui de Clover Studio. Un symbole parfait pour une de ses perles, Okami le « nature adventure » de la PS2. Celui qui a réussi l’impensable : surpasser son modèle, en dérobant dans certains cœurs la première place devant Zelda Twilight Princess. Après un portage sur Wii, la rumeur d’un mystérieux Okami Den planait au-dessus des prairies et soufflait dans les arbres. La nouvelle éclaboussa les alentours comme un pavé dans la mare : la suite d’Okami sortirait sur DS ! Il n’est pas ici question de critiquer la fameuse portable, mais tout de même, allait-elle être apte à restituer le sentiment de liberté, de fraîcheur, de son aîné ?

Qui dit chibi console, dit chibi jeu, dit chibi héros. Amaterasu n’est pas de retour, Chibiterasu son fils prend la relève, tout aussi rond que mignon. Neuf mois se sont écoulés depuis les événements du premier jeu, toutefois le mal rôde toujours, l’occasion de relancer la machine. Okamiden aurait pu s’appeler Chibi-Okami, tant l’ensemble s’applique à tirer des « c’est trop chou » du joueur. Craquant, trognon, attendrissant, tous les synonymes sont invités à la fête. Okamiden c’est la puissance du chibi, très bien, mais après ? Il était justifié d’en craindre des répercutions peu reluisantes, comme l’infantilisation à l’extrême des personnages ou une approche minimaliste de l’univers, surtout en prenant en compte la capacité du support.

Il est rapidement clair que parcourir librement de grandes aires de jeu, cela ne va pas être possible. Les surfaces sont découpées en parcelles plus modestes et passer de l’une à l’autre engendre sans étonnement un temps de chargement. Ceux-ci sont courts, mais régulièrement présents. Heureusement, on s’habitue assez vite à ce travers attendu, tout comme à la caméra très proche de Chibiterasu et impossible à contrôler manuellement. Si satisfaire les autochtones est toujours au programme, un sacrifice a du être fait, ainsi il n’est plus question d’aller nourrir les animaux de la campagne. Adieu chers marcassins emplis de bonheur. Pour le reste, on navigue en terrain connu, à savoir aller battre les méchants folkloriques, muni du Pinceau Céleste dont les pouvoirs vont nous être restitués petit à petit.

Contrairement à ce que l’on aurait pu croire, Okamiden n’a pas fait le pari du tout-tactile, à la Zelda Phantom Hourglass ou Spirit Tracks. Le stylet, outre naviguer dans les menus, est distinctement dédié à émuler le mythique Pinceau Céleste et c’est tout. Le résultat s’avère plutôt satisfaisant, même si pas toujours super précis. Il en va de même pour Chibiterasu qui peut évidemment attaquer et sauter, sauf quand un mur invisible est présent. Certains angles de vue nous font parfois partir au fond de l’écran, pour ne devenir qu’un chibi tas de pixels mal dégrossi, rien de gênant, juste une maniabilité pas toujours des plus rigoureuses.

Entre le respect de l’original, le besoin de nouveautés et les limites techniques imposées, l’équilibre n’est pas évident. Pourtant, et contre toute attente, Okamiden réussit sa figure ! Nombreux sont les lieux déjà connus, principalement les extérieurs et les villages (un plaisir à revisiter), permettant de rappeler de bons souvenirs au joueur. De l’autre côté, Capcom a opté pour de fréquents donjons, inédits et assez longs, supportant bien plus facilement le découpage en pièces. Une solution toute trouvée, pratique et surtout incluse avec une certaine diplomatie. En tant qu’apprenti divinité, Chibiterasu ne jouit pas d’une personnalité percutante, on pourrait même lui reprocher d’être aussi transparent qu’il est adorable (c’est dire). C’est pourquoi il va rencontrer divers compagnons de route, à commencer par le fils de Susano, pour l’aider dans sa quête. Les donjons se concentrent donc particulièrement sur la coopération, de nombreuses plates-formes vacillantes seront l’occasion pour le joueur de guider non pas Chibiterasu, mais son ami.

L’union fait la force, surtout lorsque l’on n’a pas encore atteint sa pleine maturité. Chibiterasu compense par conséquent son manque d’expérience par de multiples rencontres avec, notamment, des équivalents chibi des anciens personnages d’Okami. Encore une occasion de ramollir nos barrières les plus musclées : un louveteau, de l’amitié en pack de gros et des enfants courageux plein d’espoir, difficile de ne pas fondre. Si d’un point de vue purement quantitatif, Okamiden est un peu une version light (forcément, tout est plus petit), la magie opère malgré tout et c’est là le principal piège qui est évité. On frémit, on est ému, on rigole, tout est là et l’esprit magique à l’humour parfois décalé est reproduit avec brio. Une véritable surprise quand on pense que Clover n’est plus derrière les fourneaux. Ouf, l’esprit n’est pas trahi.

Après avoir trouvé une parade astucieuse pour contourner la faiblesse de la DS, on aurait pu penser que les développeurs se pencheraient sur les deux principaux reproches formulés à l’égard d’Okami-mère. Premier incriminé : le doublage yaourt, constitué de blablabliblibloblu, copie conforme d’un dialogue surréaliste dans Animal Crossing. Vous ne supportiez pas les voix déconstruites du premier ? C’est pareil dans la suite ! Qui plus est, le jeu étant fortement scénarisé, ce ne sont pas les séquences de bavardages qui manquent. Seconde accusation : la facilité déconcertante. Certes, nous ne sommes pas dans un beat’em all tendu du slip, il n’empêche qu’il existe une manière de pondérer les mécanismes. Au début d’Okamiden, deux difficultés sont proposées, une pour les débutants, l’autre pour les joueurs confirmés. A cœur vaillant, rien d’impossible, la dernière option est choisie. Sauf que… les batailles s’enchaînent, très proches (voire identiques) du premier et une question taraude l’esprit une fois les premières centaines d’ennemis à terre. Est-ce que le game over existe dans ce jeu ? Il paraît que oui, mais en tout sincérité, je ne l’ai pas croisé une seule fois. Pour le côté défi, on repassera. L’aspect enfantin général, qui se retrouve au final aussi bien dans le fond que dans la forme, destinerait-il Okamiden vers un jeune public ? Sans doute. Malheureusement, outre l’édition collector japonaise à tomber, la traduction française nous est également passée sous le nez. La version européenne ne comporte qu’une langue disponible, l’anglais. Autant dire que pour les bambins et les anglophobes, le confort ne sera pas au rendez-vous.

Qu’à cela ne tienne, Okamiden comble ses imperfections par un charme quasi-constant. La charte graphique « estampe » est reprise et fait des merveilles, le jeu est réellement joli ! La musique n’est pas en reste, un sincère régal pour les oreilles, du niveau de son ancêtre. L’angoisse d’une succession de modestes stages plus ou moins reliés entre eux n’a pas lieu d’être. Il s’agit bel et bien d’une histoire à part entière, jamais chiche en clins d’œil, au contraire. La lumière d’Amaterasu plane de manière bienveillante sur son descendant. Faut-il encore préciser que c’est trop mignon ? Les situations variées permettent de garder un rythme soutenu, ainsi que l’envie pressante de découvrir la suite. Malgré tout, au bout d’une vingtaine d’heures, le bout du bout se fait sentir et le recyclage assez pénible du dernier donjon pourrait presque laisser un goût mitigé en bouche. Fort heureusement, la conclusion touchante emporte le moindre remord sur son passage.

Okamiden est donc un Okami en plus petit. Misant une grande partie de sa poésie sur son allure chibi, le jeu touche notre corde sensible et il est difficile de résister aux rondeurs de Chibiterasu et ses amis. Bien sûr, pour les fans de la première heure, la légitimité d’un épisode sans Clover et sans l’effet de surprise reste à prouver. La recette réussit pourtant à apporter son lot d’émerveillement et c’est avec une joie non dissimulée qu’on retrouve les sensations d’hier. Il ne reste plus qu’à oser parfaire l’expérience en allant jouer au milieu des champs avec son chiot fraîchement adopté.

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