Psychonauts

Archives de CS - On exhume la super critique d'un super jeu du super Coucou!

 

Note de Cartapouille, le mec qui a choisi de remettre cet incroyable article sur le devant de la scène: Cet article est une republication. Et même une re-republication, car cet article avait été publié pour la première fois dans le magazine CS, diffusé a une liste de veinards dans Toulouse, des privilégiés (dont je ne fais même pas parti, imaginez l’exclu!). Et pourquoi celui-là? D’abord pour sa forme, pas banale pour une critique, pour fêter Double Fine et leur récent Stacking, et enfin pour Coucou Bellemare sur la fin de l’article, qui vous pousse à la consommation de cet excellent titre, un peu trop méconnu. Sur ce, place à la prose d’Éditeur!

 

 

 

Etat d’âme d’un testeur : CS est un magazine qui, par certains aspects, tend à rendre hommage à certains jeux vidéo n’ayant pas atteint les cœurs ou le Panthéon des cartons commerciaux. Parfois, on tombe sur un jeu et on se dit “pourvu qu’il ne connaisse pas le même sort et qu’il ne sombre pas dans les abîmes insondables de l’oubli”. Oui, certains titres dont on sent à l’avance qu’ils passeront inaperçus et qu’il faudra défendre bec et ongles au moment de leurs sorties et clamer sans pudeur tout le bonheur éprouvé en jouant.

Et bien, chers amis lecteurs, Psychonauts est de ceux-là. Malgré un service marketing défaillant qui lance son jeu dans la même période que Shadow of the Colossus (Youn je te hais toujours, au fait) et une jaquette évoquant les meilleurs épisodes des Razmokets, le jeu en vaut la chandelle. Petit rappel : cet article n’est pas un test à proprement parler, mais plutôt une liste de raisons cherchant à expliquer pourquoi tout le monde doit se procurer Psychonauts.

1 – Un jeu d’auteur
L’un des gros défauts de nombreux jeux disponibles aujourd’hui est le manque d’âme. Ah, il semble loin le temps où un petit programmeur bichonnait son titre comme son propre enfant en y mettant toute sa passion et son énergie. Ainsi, au travers de l’expérience ludique, on pouvait ressentir la personnalité de ce passionné, et on se baladait pendant des heures avec un étrange souffle chaud derrière la nuque, comme si le développeur était harnaché sur son dos. Et bien Psychonauts est de cette trempe. Pensé et mijoté pendant des années par Tim Schafer, ce jeu possède l’âme des grands, avec en filigrane la propre psychanalyse de son auteur. Schafer est un vieux de la vieille, l’un des membres du Lucas Arts de la grande époque, lorsque Star Wars n’avait pas encore phagocyté la branche jeu vidéo. L’ami Tim a ainsi bossé sur des jeux forcément cultes tels que Day of the Tentacle, ou encore Monkey Island. Un gros bonnet du jeu d’aventure qui, tel Dieu avec Adam et Eve (ou Ronald McDonald avec son Big Mac, pour les plus terre-à-terre), a insufflé un souffle de vie à son bébé.

2 – Une originalité incroyable
Le héros du jeu, Razputine, est un apprenti Psychonaut. Ces policiers de l’esprit peuvent pénétrer les pensées des gens et ainsi résoudre les problèmes. Chaque intrusion cérébrale deviendra en fait un niveau à part entière, reflétant l’état d’esprit du sondé. Ainsi la variété n’a d’égale que la personnalité des différents protagonistes croisés : ambiance de guerre apocalyptique dans la tête de l’instructeur Oleander, un remake de Godzilla à Dipneustopolis, ou encore une bourgade américaine typique, sur fond de Big Brother, dans l’esprit de ce grand parano de Boyd. La trame de l’histoire vous conduira jusqu’à une sordide affaire de vols de cerveaux et vous fera rencontrer des personnages hauts en couleurs : un poisson géant, un Caliméro psychopathe, un prof sénile, un dur à cuire zozotant, etc. Pour mener à bien votre aventure, vous pourrez utilisez les dix pouvoirs psychiques mis à votre disposition (lévitation, télékinésie, pyrokynésie, etc.) et quelques phases de baston vous demanderont d’éclater les censeurs (les ennemis des pensées subversives – toute critique d’une quelconque société occidentale est purement volontaire) avec votre poing géant. On baigne donc dans le grand n’importe quoi, et c’est tant mieux.

3 – Un humour omniprésent
Pour définir en un mot Psychonauts, j’emploierais “délirant”. L’ambiance si particulière qui se dégage du jeu est également due aux très nombreux dialogues émaillant l’aventure. Le doublage français est excellent et certaines répliques sont déjà cultes (“Pourquoi Lunettor ? Pourquoi ?”). Au cours de vos pérégrinations, vos différents objectifs vous demanderont de retrouver des bagages émotionnels égarés (représentés par de vrais bagages), de cramer des ours récalcitrants, de combattre un tank propulsé par des cerveaux, mais il sera aussi question de discothèque brésilienne, de hamburgers, de Napoléon Bonaparte, de monstre du lac, ou bien encore de transport collectif (avec voix sexy inside). A vous de tout remettre dans l’ordre.

4 – Un vrai jeu de plate-forme
Comme vous allez le découvrir, ce numéro de CS met la plate-forme à l’honneur. Et bien, Psychonauts est un parfait représentant de cette lignée. Très peu de baston, beaucoup de passages aériens, un double saut, un brin de réflexion… Pas de doute, on est en terrain connu. Le jeu s’articule autour d’un hub central (la colonie de vacances) et chaque niveau correspond à un passage d’exploration cérébrale. Ce système n’est pas sans rappeler Mario 64, même si les différents mondes sont plus courts et linéaires que dans le titre de Miyamoto. Chose appréciable pour un titre de plates-formes actuel, on compte un grand nombre d’objets à récolter, de petites quêtes à mener à bien, etc. Tout ceci est d’ailleurs gérable dès le début, ce qui donne la désagréable impression de ne plus savoir par où commencer et de passer à côté de plein de choses dans les premières heures du jeu.

5 – Le juste prix
Voici l’argument ultime qui vous donnera envie d’acquérir Psychonauts dès la fin de la lecture. Le titre de Double Fine est proposé pour seulement 45 euro. Vous excuserez cette dernière partie un peu Pierre Bellemare-style mais je ne pouvais passer outre ce petit détail vraiment sympa pour votre portefeuille. J’espère donc que je vous ai convaincu, et je le répète : c’est de la bombe ! Sinon, tentez-le au moins en occase, vous ne le regretterez pas…

Psychonauts est, vous l’aurez compris, un excellent jeu de plate-forme/exploration/aventure. Graphiquement c’est plutôt joli, mais il n’y a rien de techniquement bouleversant (sauf la représentation des yeux des différents personnages). Les phases de plates-formes sont un modèle du genre et les objectifs sont très variés. La montée en puissance de Raz est bien échelonnée, ce qui donne constamment envie d’aller de l’avant. L’aventure est un peu courte, mais prenante, et la maniabilité n’est jamais prise en défaut. Les situations s’enchaînent sans temps-mort et l’utilisation des pouvoirs est bien pensée et judicieuse. Le soft peut se parcourir d’une traite, mais libre à vous de rôder un peu dans le camp d’entraînement, de parler à vos amis, de fouiner à droite à gauche et ainsi de profiter plus longuement de l’ambiance générale du titre. Les thèmes abordés sont originaux et assez inédits dans un jeu vidéo et l’humour apparent ne sert qu’à mettre en exergue les paradoxes de notre propre monde. Beaucoup de qualités indéniables pour un titre qui ne semble pas payer de mine au premier abord. Une excellente surprise pour un jeu bien qu’il est bien pour donner à l’intérieur de ta console.

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