Top Spin 4, la référence

Vu que je suis fan du tennis (mais si, vous savez, les images de Federer glissées insidieusement, l’actualité tennistique discrètement évoquée dans les A quoi jouez-vous ?), les jeux de tennis tiennent forcément une place importante dans ma vie. Je les confronte, comme par réflexe, aux stars actuelles. « Hé, mais il sert pas comme ça normalement Monfils ! » « Et Nadal il a une beaucoup plus grosse… forme ! » (Fichtre !) Du coup, pour Top Spin 4, rien que pour lui, je vais m’essayer à la critiquanalyse. Une critique, et une analyse, donc. On mettra ça dans les deux. Ou pas.. on va se donner le temps de la réflexion. Tiens, « critiquanalyse » (un mot qu’il est moche), ça me rappelle les mots valise. Vous savez « château + tomate = chatomate ». Je sais plus, d’ailleurs, si il faut absolument que les syllabes soient identiques ; à l’âge où ça amuse, on s’en moque, de toute façon, on est des mini-anarchistes, des mini-révolutionnaires. Des mini-trucs.

Bref. Il se trouve que lorsqu’on est fan d’un domaine, et que celui-là se voit porté dans un autre domaine de prédilection, ça donne parfois n’importe quoi, comme un mec qui joue au tennis avec un pad. Dans la vraie vie, s’entend. Mais ça donne aussi des trucs parfaitement sensés, comme un, euh, ça y est, je me perds en route. Normalement je suis pas censé écrire ça, mais je suis pour la transparence du processus créatif. On n’est que des hommes, finalement. Je crois que je devrais entamer un nouveau paragraphe.

Oui, Agassi a vraiment eu cette coupe de cheveux.

Comme je suis clément, je vais épargner les malheureux, les tristes : ceux qui n’apprécient pas le tennis dans la vraie vie, et aborder directement l’aspect vidéoludique de la chose. Et comme il n’y a pas de secrets entre nous, je peux déjà vous dire que Top Spin 4, suite de Top Spin 3, est un très bon jeu. Voilà, les plus pressés peuvent passer à la conclusion. Pour les autres, je m’explique. Top Spin 3 était déjà une tentative très intéressante, et m’avait vu faire des infidélités à Virtua Tennis. Il faut dire que la licence de Sega a beaucoup de mal à évoluer depuis le 2, porté tant bien que mal sur Playstation 2 après un excellent épisode sur Dreamcast, et ce n’est pas le dernier épisode en date avec des déplacements virtuellement accélérés et un moteur toujours à la peine qui va me faire changer d’avis. Le souci de Top Spin 3 était très certainement son accessibilité, et c’est sur ce point en particulier que les développeurs ont souhaité appuyer. Avec brio, devrais-je dire, vu que cet épisode est indéniablement plus simple à prendre en main, y compris pour les profanes, et possède une courbe de progression assez impressionnante.

Le jeu arbore à nouveau des joueurs bien modélisés – mais encore perfectibles – et des courts magnifiques. La splendide terre battue de Top Spin 3 est là, prête à recevoir traces de balles et dérapages en tout genre, et on se prend au jeu des échanges accrochés, réalistes, voire tout simplement passionnants. Je tiens à féliciter 2K pour avoir su garder ce qui fait l’essence du tennis : un putain de suspense, et pour les plus châtiés, une sacrée incertitude. Pendant l’échange, le placement revêt beaucoup d’importance, tout comme la sélection que vous ferez des coups disponibles : slicés (coupés), à plat (frappe classique), lifté (balle haute), lob, chacun de ces coups trouve son utilité à point nommé. En retard ? Envie de gêner l’adversaire ? Ne réfléchissez plus, faites un slicé ! Ajoutez à cela la possibilité de faire un coup puissant (en pressant le bouton quelque temps) ou précis (en pressant rapidement), et vous obtenez une sacrée panoplie. Le secret se trouve dans la variation et dans la régularité. Parce que je n’ai pas encore évoqué le système de timing, et c’est un peu, à l’image des matchs en vrai, à celui qui craquera le premier.

Il est possible de créer votre personnage et de lui donner un drôle de tête.

Dans cet épisode 4, le système de coup risqué à été abandonné, car il était possible d’en abuser et de frapper comme une mule en permanence. Le timing est désormais l’élément primordial qui déterminera de la réussite et de la puissance de vos coups. Relâchez la touche « Trop tard » et risquez de rendre une sombre bouse, à défaut de la mettre directement dehors ; faites-le au bon moment et mettez un « Parfait » dans les gencives de votre adversaire. C’est sans aucun doute l’élément qui demande le plus d’attention lorsque l’on prend le jeu en main, mais là où ça devient particulièrement malicieux de la part des concepteurs, c’est que même avec un peu de pratique, il est rare de ne faire que des « Parfait », et la réception des coups prend en compte votre position au moment de frapper et les statistiques de votre joueur. N’espérez donc pas renvoyer une pure balle avec Bernard, hahaha ! Les petits ratés participent finalement à rendre les échanges plus intéressants, mais parfois terriblement exigeants. Désolé, mais ta grand-mère qui découvre l’internet ne va rien comprendre. Un petit point sur l’habillage, moderne, sobre, et plutôt efficace. On regrettera les temps de chargement, parfois un peu laborieux, mais on appréciera la musique punchy qui fait monter l’adrénaline, juste avant le match. Pense à passer à l’académie, et si tu galères, joue contre Bernard.

Maintenant qu’on sait que Top Spin 4 est un bon jeu, donc, on posera la question de sa fidélité au regard des joueurs existants et de leur diversité. Difficile de répondre à cette interrogation de but en blanc, néanmoins, car si sur certains aspects il est indéniable que le jeu leur est fidèle, sur d’autres aspects il ne l’est pas. Déjà, parce qu’il n’y a que 7 joueuses, et aucune anciennes joueuses de celles qui ont marqué l’histoire, tandis que du côté des hommes 17 soldats sont au garde à vous, composés par ailleurs de 8 anciens joueurs. Un déséquilibre frappant, mais pas autant que le manque d’attractivité des joueuses en question. Là on touche à un problème déjà présent dans l’épisode précédent et dans Virtua Tennis : les joueuses manquent tout simplement d’intérêt, et si ce n’est pas un secret qu’en compétition elles n’ont pas la condition physique des hommes, il est dommage qu’en autant d’itérations tennistiques les développeurs aient échoué à les rendre intéressantes à jouer. Il y a de quoi faire, pourtant, et rendre les match féminins un peu plus techniques était une possibilité.

Les courts sont splendides mais le public, de près, c'est pas encore ça. Aussi, il y a beaucoup de moustachus.

Parmi les joueurs disponibles, on constatera bien sûr les errances que sont Bernard Tomic et Eugénie Bouchard. Le premier ne nous est pas complètement inconnu (non, ce n’est pas ton pote Bernard qui habite dans le Périgord) puisque le très jeune joueur australien était présent aux trois derniers Open d’Australie (invité) et auteur de prestations honorables. La seconde semble restée au rang d’énième espoir français en ce qui concerne les dames. Là où c’est vraiment dommage, c’est qu’il s’agit là de la seule joueuse française du jeu. Pas de Rezai, pas de Bartoli (pour cette dernière c’est peut-être pas si grave). Je ne vais pas vous faire l’inventaire des joueurs qui auraient dû être là, mais il y en a beaucoup. D’un jeu de tennis à l’autre le nombre de joueurs est souvent réduit à peau de chagrin, et pourtant il y a de quoi faire, ne serait-ce qu’avec les actuels vingt premiers mondiaux. Les jeux de foot ont bien leurs innombrables équipes, clubs, et autres cercles douteux. Point de vue sélection, donc, pas ou peu de progression, et c’est bien dommage.

Un début d’explication peut être le degré de fidélité des joueurs en question. On retrouve les mimiques, les geste (services, coup droit, revers), les postures, et globalement parlant, le style. Nadal, par exemple, a le style approprié : il remet tout, tout le temps, très fort, et fait pleurer les adversaires. Là où il y aurait à redire, c’est que pour rendre les confrontations équilibrées, les développeurs les ont classés dans des archétypes : frappeur de fond de court, défenseur de fond de court, attaquant. Ça veut par exemple dire que les statistiques de Nadal sont excellentes en endurance, en puissance et en vitesse, mais mauvaises en volée et service. « NOOOOOOOONNNN » Ouaip, ça c’est le vrai Nadal qui vient de hurler. C’est à dire que si il a pu être vrai que Nadal était une tanche à la volée (désolé Rafa, tu sais que c’est vrai), ce n’est plus le cas. Nadal est au moins bon à tous les niveaux, et c’est même pour ça qu’il est l’actuel numéro 1 mondial. En l’état, on se retrouve donc avec 16 tennismen niveau 20, et Bernard. Oui, Bernard est niveau 19. Les niveaux ne riment donc à rien. Comme si James Blake valait un Federer ! Roh l’autre !

Top Spin 4 est un jeu de tennis passionnant et équilibré. Beaucoup plus accessible que son grand frère (et que ta grand-mère), et mille fois plus intéressant que Virtua Tennis, la balle jaune de 2K Games parade via une ultime démonstration de leur savoir-faire en matière de jeu de sport. Trouvez des amis, faites-les jouer, et offrez-vous une soirée comme vous ne l’aviez jamais imaginé : une soirée à jouer au tennis, au gré de quelques grossièretés.

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