Je n’attendais pas vraiment Space Marine. J’avais supposé un jeu plutôt moyen profitant de la licence Warhammer, un non événement paru au début de l’intense calendrier de la rentrée 2011. J’avais tort, et je le reconnais bien volontiers. Il y a sans doute quelques années je ne me serais pas donné la peine de vérifier. J’y aurais re-songé quelques mois ou quelques années plus tard – « Le jeu d’action tiré du RTS ? Je l’avais pas fait, ça avait l’air plutôt moyen ». Mais ça paye d’être curieux. Souvent, ça rate ; parfois, même, c’est un fiasco. Mais occasionnellement – et c’est pour ces fois-là qu’on continue d’essayer – c’est en plein dans le mille.
Relic Entertainment, c’est quand même quelque chose. Warhammer 40 000 : Dawn of War, déjà, était un superbe objet de destruction. Dawn of War 2, avec ses nouvelles mécaniques, était un rayon de soleil innovant dans cette turpitude qu’est devenu le RTS. Si vous n’avez fait aucun de ces deux jeux, vous avez raté quelque chose (il est encore temps). Est-ce qu’en ne faisant pas Warhammer 40 000 Space Marine vous rateriez quelque chose ? C’est une bonne question.
A ceux qui ont passé une mauvaise journée, qui détestent leurs voisins, leur boulot, je dis oui ; à ceux qui ne supportent plus les petits tracas familiaux, à ceux qui bouffent des pâtes tous les jours, aux gens qui ne jurent que par le sport ou l’élévation de l’esprit, je dis oui. Aux templiers de la mort et de la destruction, je dis fuck yes. Space Marine est votre pilule de viagra, votre interdit alimentaire, votre vengeance assourdissante, votre intense satisfaction, votre EPO (sans la dépendance et les halu). (J’en fais des tonnes, mais je schématise.)
On aura vraisemblablement remarqué l’ambition que se donnent de plus en plus souvent les jeux vidéo. En total opposition, Relic livre un jeu simplement fun², et prenant². Un jeu pas condescendant pour deux ronds, un jeu devant lequel vous ne sentirez pas con, un jeu qui envoie chier les standards à la con (le système de couverture). C’est amusant d’ailleurs, à la vue des larges groupes d’ennemis, je me suis mis à chercher la touche pour se mettre à couvert (les sacs de sables et les murs à mi-hauteur m’y ayant vivement encouragé), maugréant légèrement de ne pas avoir eu cette info dans les explications de jeu… avant de supposer qu’il n’y en avait peut-être tout simplement pas. En fait, les éléments pour se mettre à couvert ne sont pas pour nous, ils s’avèrent être destinés aux ennemis !
Il faut dire qu’ils en ont eu besoin. On évoque souvent certaines figures du cinéma pour évoquer la résistance hors pair d’un personnages : un vrai Robocop, un pur Terminator, voire un Rocky (pour les plus modestes). Des tapettes. Les Space Marines sont des brutes qui n’appellent à aucune comparaison. Ce sont des engins de guerre, des éléments de l’apocalypse, des petites fins du monde. Mais aussi des gens polis. Les Space Marines – dans ce cas précis, les Ultramarines – ne sont pas des badass ou des emo qui se la pètent. Fuck ! ou Merde ! ne font pas partie de leur vocabulaire. Ce sont des gens raisonnables, sensés, qui s’expriment comme tout un chacun, mais qui font un travail remarquable dès lors qu’il s’agit de massacrer des populations entières. Hey, ils sont juste bons dans leur job.
Leur job, dans ce cas précis, c’est de sauver un monde. Avec l’arrivée des Orks sur le monde Forge Graia, la garde impériale se voit rapidement submergée. Les Ultramarines sont alors envoyés pour ralentir leur progression et sécuriser les éléments clés. On retrouve alors – pour ceux qui sont déjà familiers avec l’univers Warhammer 40 000 – les unités, leurs armes et leur style caractéristique. Les Orks, en bonne chair à canon, tenteront régulièrement de submerger Titus, le Space Marine que vous contrôlez, et ses deux comparses monotones, bien qu’on avouera leur légère préférence pour votre cas très personnel. Pour se défendre (lire pacifier la zone), l’arsenal comprend quatre armes à distance (de quatre types différents), facilement interchangeables, d’une arme de corps à corps (qui existe également en quatre types) et de grenades. Dans l’absolu, vous pouvez vouloir vous jeter dans la foule, c’est même plutôt conseillé, mais dans les situations tendues un peu de stratégie ne fait pas de mal : éclaircissez les rangs, jouez avec le décor, activez votre furie pour regagner de la vie ou exécutez un ennemi assommé pour faire de même, ces deux dernières actions augmentant considérablement le dynamisme des phases d’action.
Si vous n’avez pas repeint la planète lors des premières missions, ça ne devrait pas tarder, le jeu étant particulièrement sanglant. Des ennemis coriaces apparaîtront régulièrement pour brouiller les cartes et vous forceront à esquiver (oui, les Space marines peuvent esquiver), sous peine de violente disparition. Même si le jeu ne demande guère plus que de répéter les mêmes techniques, l’alternance des environnements et des situations de jeu (jetpack, baby!) rendent les combats assez peu redondants. Le jeu s’avère viscéral du début à la fin, facile à prendre en main et à suivre, et très loin de devenir lassant. Avec ça, les niveaux se montrent à leur avantage en étant varié dans leur taille, leur architecture et leur ambiance. Les phases de repos vous permettront d’en profiter d’avantage et de collecter les messages audio, seuls éléments secondaires disponibles dans le jeu (tant mieux ?).
Scotchant, Warhammer 40 000 : Space Marine propose une plongée viscérale dans l’univers de Warhammer et captive notre attention. Les phases en jetpack, fluides, burnées, parachèvent ce jeu d’action intense. En filigrane, l’impressionnante démonstration de Relic nous rappelle comment on faisait avant que le système de couverture ne se démocratise. En passant d’un genre à l’autre cette convention des jeux d’action s’est perdue – pour mon plus grand plaisir – et laisse place à une production instinctive, presque évidente, riche en adrénaline, sans les inconvénients de l’alcool et des courses sur l’autoroute (à ne pas reproduire chez vous). Space Marine ne concours pas à la vedette des grands magazines, celle qui dure – L.A. Noire, Call of Duty, Gears of War 3 – mais a une verve et une simplicité dépaysante. L’hérésie serait d’y renoncer.





