Dossier character design : Amano / Nomura, partie 2

L’histoire post-FF VI va faire prendre un tournant plus qu’important à un jeune homme. Ce virage ira même jusqu’à influencer le futur de SquareSoft. Explications. Le trait de Amano est jugé (à juste titre) particulièrement compliqué à appréhender pour un public de non-initiés. Un trait plus épuré et plus propice à l’animation des personnages est souhaité par les pontes de la société. A ce titre le jeune Tetsuya Nomura se voit gratifié du poste de chara-designer sur FF VII, titre mythique en devenir.

Nomura est jeune, beaucoup plus qu’Amano. Il est né en 1972 à Osaka où il a fait des études artistiques en publicité. En 1992, il se fait embaucher par Square afin de superviser l’aspect graphique des combats sur FFV. Il s’occupera également du monster design sur ce même jeu et il sera chargé de restituer en 2D le trait de Amano, son idole. Plus tard, il grimpera vite les échelons pour se voir parachuté directeur graphique de FF VI en 1994. Square lui propose ensuite le poste de character designer de FF VII. C’est le premier FF à être prévu pour l’exportation et c’est aussi le premier FF à connaître un succès international. Après le succès phénoménal de ce septième opus, Nomura se voit confier le même travail pour FF VIII, couplé à un poste de battle visual director. Ceci consiste en fait à imaginer l’aspect graphique des combats, des attaques spéciales, des invocations, etc. Il fera une petite pause avec les FF par la suite, en travaillant sur des titres comme Ergheiz, Parasite Eve et The Bouncer. La raison de cette pause est simple : Amano est de retour aux commandes de FF IX. Le jeune designer reviendra néanmoins offrir sa patte à l’univers de FF X, où sont style va réellement évoluer. Il enchaînera ensuite avec FF X-2 et s’acharne actuellement à donner vie au futur FF XIII. Mais parallèlement à cela, Tetsuya Nomura va s’essayer à la création d’un nouvel univers, plus personnel, et qui mêle les univers de Square et de Disney. Kingdom Hearts est né. Mais retournons au sujet qui nous intéresse aujourd’hui, à savoir l’évolution du design de Final Fantasy.

Final Fantasy VII
Pour son premier FF, Nomura frappe fort. Il signe ici une des plus grosses réussites de sa carrière. En effet, les personnages ne sont pas reconnaissables uniquement par la qualité de son trait, encore mal assuré, mais grâce à la vie et au charisme qu’ils dégagent. Tous les artworks sont pourtant assez rigides. C’est joli certes, mais cela n’a rien d’exceptionnel (surtout comparé aux artworks offerts par Amano. Pourtant, aucun ne laisse indifférent. Il se dégage de ces quelques esquisses une telle magie, surtout chez un perso en particulier (il a des cheveux longs de couleur argent et porte un long katana, mais qui est-ce ?). Mais FF VII ne doit pas son immense succès qu’à ses personnages. L’engouement résulte d’autres facteurs tels que le passage à la 3D, les scènes images de synthèse et le scénar, qui reste à l’heure actuelle un des plus complets et des plus passionnants de l’histoire du jeux vidéo. Les musiques sont comme d’habitude sublimes et font encore frémir plus d’un fan. Bref, Nomura frappe fort, très fort. Cependant, on peut dire que globalement, FF VII porte encore l’héritage de Amano. Il faut dire qu’il a tant contribué à la construction de cette série qu’il en est devenu indissociable. Tout comme pour l’histoire du jeu vidéo et sa reconnaissance en tant qu’art, Amano est LA figure qui a changé, change, et changera certainement les mentalités autour de ce jeune média.

Final Fantasy VIII
Déjà, le trait est plus sûr, les personnages sont moins rigides, et Nomura progresse. Il est également à l’origine d’un des héros le plus charismatique (et controversé) de l’histoire des FF, Squall. C’est en effet un perso qui ne laisse pas indifférent. FF VIII sera, pour lui, un parcours initiatique, que nombre connaîtront aux portes de l’adolescence. Enormément de gens s’identifieront ainsi à ce jeune homme en

quête d’identité. Côté gameplay, FF VIII change la donne. Il fallait bien de telles mesures pour poursuivre la brèche ouverte par FF VII. Ainsi les MP disparaissent et laissent place à un système de vol de magie. Le mécanisme d’invocation change aussi beaucoup. Ainsi, on pourra, s’équiper d’une invoc pour booster ses capacités personnelles. Pour cet opus, comme pour le précédent, on laisse de côté l’univers fantasy pour laisser place à une ambiance futuriste, avec des personnages aux proportions réalistes. Bref, l’orientation prise par ce volet est plus qu’osée, surtout, connaissant la frilosité des puristes de la série. Au final, voici un épisode qui en ravira certains et que d’autres se contenteront de simplement aimer. Ce qui est sûr, c’est que personne n’est resté indifférent au travail de Square et en particulier à celui de Nomura.

Final Fantasy IX
FFIX est un retour aux sources. L’équipe de direction artistique est dirigée par Yoshitaka Amano, comme un hommage. On revient aux personnages en SD, au système traditionnel de MP et l’univers regagne son cachet fantaisiste, proche des premiers opus de la série. Ce FF est en fait un medley des plus grandes qualités trouvées dans chaque opus de la série, formant ainsi un épisode unique. Square va pousser la PSOne dans ses derniers retranchements pour nous offrir un soft au plus proche des intentions de l’artiste designer. Comme à son habitude, Amano nous délivre là une œuvre tout en finesse et pleine d’ambiguïté. Le jeu des couleurs est encore une fois proche de la perfection, ajoutant à la finesse générale du soft. Prenez un perso comme Vivi, visible en artwork sur ces pages. C’est un monstre effrayant, le regard vide, sans visage. Et pourtant, la maîtrise artistique est telle qu’Amano nous le fait passer pour un clown, tout de pastel vêtu. Mais un clown triste malgré tout. Car c’est ce qui se dégage de ce personnage, une tristesse globale et insondable. Le rendu final est cependant hallucinant. Et le travail de Amano est retranscrit à la perfection dans sa totalité. De plus, on ressent parfaitement le caractère de chacun des protagonistes, à la fois dans le jeu via les modèles 3D, mais surtout dans les dessins préparatoires du maître Amano.

Final Fantasy X et FF X-2
Nomura revient à la charge dans cet opus. On retrouve la patte du jeune talent de Square. Mais ce qui est sûr, c’est que la différence entre l’avant FFIX et l’après s’est montré décisive pour lui. En effet, son passage sur des projets comme The Bouncer lui a permis d’affirmer sa vision du jeu vidéo et de son métier de chara-designer. En effet, il s’exprime pleinement au travers de sa passion et couple à ses créations ses propres lubies. Ainsi vont apparaître des coupes de cheveux extravagantes, des tatouages affolants sur les visages et autres, des bijoux et pendentifs en veux-tu en voilà, bref, un véritable défilé de mode. On se croirait en plein quartier de Shibuya. Cette tendance, amorcée dans FF VIII, prend enfin toute son ampleur, comme si le jeune maître s’était enfin trouvé. Mais FF X, c’est aussi un univers futuriste rempli de couleurs vives et flashy. On ressent également la passion de Nomura pour tout ce qui à trait à la culture néo-pop japonaise. L’ambiance générale du soft transpire de toutes les influences du designer de Square. Spira n’est pas seulement un lieu où se déroulent

les événements de l’aventure, mais il s’agit bien d’un univers à part entière avec ses us et coutumes, ses mythes, etc. Voici peut-être le titre qui a décomplexé l’artiste.

Même commercialement, Square prendra une toute autre direction. La société va commencer à sortir des suites à ses épisodes. Ainsi, la série verra naître un FFX-2 boudé par les fans et FFVII se verra décliné en plusieurs aventures : jeux vidéo, film etc. FF XIII, lui aussi, se verra doté de sa compilation. Il nous réservera de nombreuses surprises. Graphiquement hallucinant, ce dernier soft (ou tout du moins les images dévoilées sur PS3) s’annonce léché avec un perso principal dans la lignée du travail de Nomura qui commence peut-être à tourner en rond. Mais Square n’en démord pas : Nomura représente l’avenir de la société et c’est lui qui a ouvert les portes de la saga au monde entier grâce à son style plus abordable que celui de son prédécesseur, Yoshitaka Amano. Mais tout ceci s’explique très certainement par une approche différente du design chez les deux hommes. En effet, Amano est un artiste dans l’âme capable de faire passer diverses émotions à travers quelques traits, tandis que le passif de Nomura est moins porté sur l’art à l’état pur. Sa formation de publiciste l’oblige, en quelque sorte, à avoir cette vision large qui plaira au plus grand nombre. Et en ce sens, FFVII représente pour moi l’épisode ultime de la série. Il est en effet l’aboutissement du travail de Amano vers le cyber punk, tout en offrant la vision du jeune Nomura, très axée vers la «masse». Ce jeu couple à merveille les qualités de chacun et rend hommage à l’éternelle quête de reconnaissance du jeu vidéo.