A l’occasion de l’anniversaire de la sortie d’Okami sur notre territoire (un an déjà), nous vous permettons de (re)découvrir le test / dossier diffusé dans le magazine Console Syndrome d’alors. Parce que ce jeu est toujours considéré comme l’un des meilleurs et parce que sa sorite sur Wii ne devrait plus trop tarder, nous estimons qu’Okami mérite sa place dans nos colonnes. Bonne lecture.
Il y a des jeux dont la magie nous prend au cœur, dont l’ambiance visuelle et le charme ressortent ; l’immersion, le background, tant d’éléments qui font que nous sommes immergés au point que le monde réel s’efface le temps d’une partie. A l’instar d’Ico et Shadow of The Colossus, Ôkami fait partie de ceux-là, la Playstation 2 en fin de carrière lâche une de ses dernières perles. Sorti depuis plus d’un an au pays du soleil levant, le dernier bijou du studio Clover arrive enfin chez nous. Une année de séparation entre nos deux continents, une année terrible pour ceux qui n’ont pas de Playstation en version japonaise ou outre atlantique, une année à ronger son frein sur des images distillées au compte goutte ou sur les tests des autres versions. Heureusement, l’attente n’aura pas été veine, il est bien là, cette fois, et le jeu en vaut la chandelle, l’attente est justifiable pour les non japonisants ou (et) non anglophones ; il possède une telle ambiance et un background tellement varié que rater une partie de l’histoire pour une défaillance linguistique serait pour le moins saugrenu.
Izanagi et Izanami, les kamis fondateurs
Selon la mythologie japonaise, au commencement la Terre était vide. Izanagi et Izanami décidèrent alors de descendre sur terre pour la peupler. Cependant la Terre n’était qu’un vaste océan, il fallait d’abord créer une base afin de pouvoir s’y établir ; c’est au moyen d’une hallebarde que Onokoro (première terre ferme) fut créée. Elle fut en fait la première goutte d’eau qui eut jailli de la hallebarde après que celle-ci fut trempée dans l’océan et secouée dans tous les sens ; chaque goutte tombée créa une île. Les îles japonaises étaient nées. Avec le temps les deux kamis donnèrent naissance aux autres kamis qui formèrent les montagnes, les rivières, etc… Lors de la naissance du kami du feu, Izanami fut mortellement brûlée. Elle s’enfuit alors au royaume des morts pour se cacher de son mari, mais celui-ci, souffrant de l’absence de sa femme, la rejoignit. Lorsque Izanagi retrouva enfin sa bien-aimée, elle ne l’autorisa pas à poser son regard sur elle, elle devait d’abord demander l’autorisation aux kamis des enfers la permission de revenir sur terre et récupérer son enveloppe charnelle (ou encore, elle lui dit adieu et de l’oublier, mais par respect pour elle, elle lui demanda de ne pas la regarder). Mais la curiosité fut la plus forte et Izanagi surprit son épouse, son corps était en train de se décomposer et dégageait une odeur insoutenable. Izanami humiliée et en colère poursuivit Izanagi qui s’enfuyait. Celui-ci s’échappa de justesse et scella l’entrée du royaume des morts avec une lourde pierre. Pour se venger, elle annonça qu’elle tuerait chaque jour 1000 créations d’Izanagi, qui dit à son tour que ce serait 1500 créations qui viendraient alors de lui. Le cycle de la vie et de la mort était maintenant posé. Izanagi partit ensuite se purifier de l’enfer ; en lavant son œil gauche il donna naissance à Amaterasu, déesse du soleil ; son œil droit donna naissance à Tsukiyami, le kami de la lune et de son nez sortit Susanoo, le kami des tempêtes.
Amaterasu, déesse de lumière
Amaterasu, nom strictement inconnu dans notre civilisation occidentale, est en fait à la mythologie japonaise ce qu’est Râ à la mythologie égyptienne, c’est-à-dire le dieu du soleil ou plus précisément dans notre cas, de la lumière. Concernant l’histoire d’Amaterasu, il y a plusieurs traductions plausibles à la mythologie, le fond restant identique ; seuls les faits changent, voilà donc l’histoire de la déesse de la lumière : Un jour où Susanoo – frère et kami des tempêtes et du chaos – était dans une rage plus furieuse qu’à l’accoutumée, il ravagea le royaume de sa sœur ; celle-ci se retira dans ses appartements (une autre version de l’histoire dit que c’est à la suite d’un combat entre les deux dieux que Susanoo enferma sa sœur dans une grotte), ce qui eut pour effet immédiat de faire disparaître le soleil sur terre. Susanoo fut banni du royaume des cieux pour cette faute grave ; cependant la colère d’Amaterasu n’était pas étanchée pour autant, elle s’obstina à rester dans ses quartiers. Les autres dieux pensaient que la déesse de la lumière comprendrait que son rôle était très important et qu’elle ne pouvait rester cloîtrée trop longtemps : sur terre, les récoltes ne recevaient plus de lumière et les hommes n’avaient plus droit à la chaleur du soleil, la situation s’aggravait de jour en jour. C’est alors qu’un kami eut l’idée de se rendre autour de la porte des appartements de la déesse et de chanter « le jour soit loué, où nous avons enfin trouvé une déesse aussi brillante que la belle Amaterasu pour la remplacer » La déesse en entendant ces paroles entreprit d’ouvrir la porte afin de voir cette fameuse remplaçante. Elle fut surprise en apercevant une jeune femme magnifique et resplendissant de mille éclats, elle resta bouche bée, elle ne referma pas la porte, puis elle s’aperçut qu’il s’agissait en fait d’un miroir, c’était elle-même que les gens acclamaient. Cette magnifique femme n’était personne d’autre qu’elle-même. Se sentant honteuse, elle reprit sa place dans le ciel et depuis le soleil ne s’est jamais arrêté de briller. C’est aussi depuis lors que le miroir est un attribut d’Amaterasu. A la suite de ça elle ordonna à Nigani son petit fils de descendre sur terre afin de la diriger. C’est ainsi que jusqu’à la seconde guerre mondiale, les empereurs japonais étaient considérés comme les descendants de la déesse.
Quand la nature reprend ses droits
C’est de ce cadre mythologique que le jeu nous imprègne tout le long de son aventure. Ainsi la déesse du soleil se réincarne en loup afin de redonner ses couleurs à notre monde et vaincre Orochi, de retour parmi les mortels – retour dû à ce qui pourrait être considéré au premier abord comme la convoitise d’un humain pour Tsukuyomi, l’épée sacrée qui a vaincu le démon à huit têtes par le passé. Voilà par quoi tout débute. Je ne m’attarderai pas sur le scénario afin de ne pas spoiler ceux qui joueront le jeu dans le futur. Sachez seulement que le scénario est une petite perle, baignant dans la mythologie japonaise avec une pincée d’humour, il est d’une fraîcheur remarquable. Mais malgré cela, le jeu est un véritable hymne à la nature ; en cette période où l’écologie est au centre de nombreux débats, Ôkami réanime la fibre écologique du joueur en permettant à celui-ci de redonner ses couleurs à l’environnement qui l’entoure, en refleurissant un plan de fleurs fanées ou un cerisier. Mais là où le jeu fait fort c’est qu’il force ce joueur à redorer la nature, tout en lui laissant quand même le choix, d’une part grâce à un système d’évolution expliqué plus loin, mais aussi grâce à son charme qui donne envie de faire un monde plus beau. Pourquoi laisser un arbre sans fleur quand on peut voir celui-ci resplendissant et cela juste par un rapide coup de pinceau ? Les zones salies par le mal sont représentées par des zones d’ombre dans lesquelles Amaterasu ne peut pénétrer sans prendre le risque d’y laisser la vie. Afin de redonner à la nature tout son éclat, il devra rechercher 12 kamis afin de récupérer la totalité de ses 13 pouvoirs et ainsi refleurir l’arbre sacré qui protège la zone. Dans ce monde de beauté, le bonheur est aussi un élément incontournable du jeu ; une fois le mal éradiqué des différentes zones, la flore et la faune feront à nouveau leur apparition. Et le jeu gérant le cycle du jour et de la nuit, vous aurez tout simplement la possibilité de nourrir les animaux occupant la campagne sous le reflet de la lune ou sous le soleil nippon, ou encore, lorsque vous apercevrez les habitants vaquer à leurs occupations, avec bien sûr les soucis qui vont avec, d’aider ces pauvres bougres. Des petites missions bien sympathiques histoire de couper un peu entre deux temples.


