Comme promis, voici la première des trois parties du dossier consacré à la série des Prince of Persia. Nous reviendrons aujourd’hui sur la trilogie des Sables du Temps avant de découvrir mercredi le test du dernier chapitre en date, pour enfin, faire le point vendredi prochain à travers un article sur l’influence des Sables Oubliés sur l’ensemble de la saga.
C’est à l’âge de 20 ans que Jordan Mechner s’approprie la rotoscopie et l’adapte au jeu vidéo. En filmant son frère sauter, courir et tomber, le jeune créateur utilisa une technique cinématographique de la fin du XIXème siècle afin d’analyser la gestuelle du corps humain pour la retranscrire au mieux dans ce qui deviendra son chef d’œuvre : Prince of Persia. Mais la rétrospective d’aujourd’hui ne va pas remonter si loin dans le temps. Pour notre plus grand plaisir, nous omettrons de parler du piètre Prince of Persia 3D de 1999, pour filer directement en 2003, année de sortie du premier volet de la trilogie des Sables du Temps. De plus nous n’aborderons pas en profondeur le scénario, seule une présentation de chaque volet sera faite. Je préfère laisser aux derniers retardataires, la chance de découvrir par eux-même l’une des plus belles histoires contée dans un jeu vidéo.
Prince of Persia : Les Sables du Temps – 2003 – PS1, PC, Xbox, GC
Vision moderne du chef d’œuvre PC de 1989, Prince of Persia : Les Sables du Temps est le nouveau projet de l’équipe d’Ubisoft Canada. Depuis Splinter Cell premier du nom, cette équipe a le vent en poupe et s’offre même le luxe d’intégrer le géniteur de la série en tant que collaborateur. En plus de développer le renouveau d’une saga un peu oubliée, ce nouveau PoP va propulser sur le devant de la scène une ambiance peu utilisée dans le monde du jeu vidéo : l’univers des Mille et Une Nuit. Soufflant comme une brise d’air rafraichissante, ce changement d’influence va faire respirer une industrie plongée en 2003 au milieu des classiques japonais : Mario, Final Fantasy, Star Ocean et autres F-Zero.
L’histoire
Le postulat se distingue par rapport à son ancêtre PC. Plus question ici de délivrer une princesse en soixante minutes. L’histoire, plus complexe, prend place au cours de la traversée du royaume d’Inde par le roi Perse Shahraman et son fils (le héros). Ces derniers partent en direction d’Azad afin de pactiser avec le Sultan local. Mais avant cela, l’armée Perse décide de piller un Maharajah provincial qui détiendrait un trésor fabuleux. Pour que le succès du roi soit total, l’armée dispos d’un espion particulier travaillant sur place : un Vizir. En échange de son aide, le félon ministre recevra une portion du butin qu’il choisira lui-même. Manque de chance, le Vizir va vouloir une Dague trouvée par le Prince de Perse. Le roi refuse évidemment de priver son jeune fils de sa première prise de guerre. Avant de quitter les lieux, l’armée fait prisonnières les femmes du royaume conquit. Au milieu des esclaves, une certaine Farah se fait kidnapper. Cette jeune femme se révèlera par la suite, un personnage très important. L’armée se remet en route vers le palais du Sultan d’Azad pour lui apporter la pièce maitresse de la récente conquête : un sablier géant contenant les Sables du Temps. Ce présent a pour finalité de sceller la paix et l’amitié entre leurs deux peuples. Ébloui par l’éclat du sablier, le maitre des lieux demande pourquoi les Sables du Temps brillent tant. C’est là que le vil Vizir entre en scène en expliquant que le sablier recèle une merveille que nul n’a encore jamais vu. Mais, que seule la Dague du Prince peut libérer. Le jeune héritier, poussé par le Vizir, décide d’insérer la Dague dans le sablier. Sans surprise, c’est une malédiction qui s’abat au moment où les Sables du Temps sont libérés. Un cyclone ravage le palais et transforme les humains en monstre de sable. Le Prince, rongé par la culpabilité, est ainsi livré à lui-même et doit à présent trouver une solution pour rompre le charme répandu par sa faute.
Un premier épisode de génie
La tâche était peu aisée, le risque de décevoir les fans de la première heure ou tout simplement de froisser une des légendes du jeu vidéo, était grand. Mais cette remise aux goûts du jour de Prince of Persia est tout bonnement exceptionnelle. Et cela grâce à plusieurs décisions de génie. La première est toute simple et immerge instantanément le joueur dans une ambiance merveilleuse. Cette idée, c’est le mode de narration. En effet, l’histoire vous est contée par le Prince lui-même. A travers une voix-off parfaitement interprétée (par Louis-Philippe Dandenault), les pensées et les doutes du héros vous seront connus. Toujours captivant, les états d’âmes du Prince sont aussi très drôles. Couplé au mode de narration, l’immersion est amplifiée grâce à des features ingénieuses, tel le fait de récupérer de la vie en buvant de l’eau dans les fontaines croisées (et non en mangeant des medikits trouvés par hasard). L’ambiance est sauve et les éléments propres au jeu vidéo sont présents. Mais Prince of Persia est avant tout un jeu de plate-forme / aventure. Et là aussi, l’objectif de conserver l’essence de l’opus fondateur est réussi, tout en insufflant modernité et originalité. Comme au bon vieux temps, vous devrez percer le mystère de mécanismes titanesques qui régissent le fonctionnement du palais. Le maniement du héros est simple et le résultat à l’écran est impressionnant. Le Prince virevolte dans tous les sens en outrepassant sans encombre les systèmes de défense automatisés. L’agilité du héros est hors-norme et la sensation d’être un virtuose du pad vous fera rapidement enfler les chevilles. Mais la singularité de ce volet sont bien évidemment les sables du temps. C’est au fur et à mesure de votre périple que la Dague vous permettra d’influer sur le temps : le ralentir ou revenir dans le passé. Si le level design est extraordinaire (vous ne passerez jamais deux fois par le même endroit), la distinction entre les phases de plate-forme et celles de combat est pas contre trop marquée, trop artificielle. Ce bémol et l’absence de boss sont bien les deux seuls reproches qui pourraient être fait à l’encontre de ce premier chapitre.
Petite information sympa, il faut savoir que le jeu est sorti au Japon un an plus tard (septembre 2004) avec un design plus manga pour plaire à un public peu réceptif à nos directions artistiques. Il n’eut pas un grand succès, mais se classa néanmoins lors de sa première semaine dans le top 10 avec des ventes d’environ 14 000 exemplaires.
Le Prince et Farah version pays du Soleil Levant.
Prince of Persia : L’Ame du Guerrier – 2004 – PS2, GC, PSP, PC
Un million d’exemplaires vendu en Europe, deux millions dans le monde. Même si ces résultats sont honorables, PoP 1 eut surtout un succès d’estime (comme Beyond Good and Evil). Le second chapitre arrivera malgré tout rapidement, un an plus tard seulement. Et même si on sait aujourd’hui que le premier jeu ne devait pas emmener de suites, quelle joie de revoir le Prince.
L’histoire
Les événements de PoP 1 ont perturbé la ligne du temps et libéré par la même occasion un monstre qui ne trouvera le repos que lorsque le cours du destin sera rétabli. Dommage pour le Prince, le sort n’avait pas prévu qu’il vive. Traqué sans relâche, notre héros vit depuis sept ans dans une peur permanente. Une ombre guette chacun de ses pas. Sa Nemesis, le Dahaka, le hante avec pour seul dessein de lui faire traverser les portes de la mort. Dès lors, sa seule solution est de voyager jusqu’à l’île où les Sables ont été crées et trouver un moyen d’empêcher leur fabrication par l’Impératrice du Temps. Un postulat sympa, bien qu’un peu tiré pas les cheveux. On distingue clairement l’envie de faire une suite malgré un premier épisode qui s’auto-suffisait. Mais la galipette scénaristique sera magnifiquement exécutée et l’histoire reprendra ainsi de plus belle avec le troisième volet de la trilogie.
Un Prince flippé et pas content
L’atmosphère générale du jeu contraste radicalement avec celle du premier. Les sept années qui se sont écoulées ont considérablement endurci le Prince. Son regard a perdu sa naïveté d’antan et brille à présent d’une lumière inquiétante. Son look et sa nouvelle palette de coups sont à l’image de son humeur assombrie. Désormais pourvu d’une seconde arme qui s’émoussera au rythme des victimes, le Prince décapite maintenant à tour de bras ses opposants avec une certaine fureur. Mais la plate-forme n’est pas délaissée, le jeu a même trouvé un équilibre entre les phases de combat acharnés et les moments d’acrobaties. Pour pimenter le tout, une nouvelle séquence a fait son apparition. Sous forme de poursuite, mettant en avant le Dahaka, ces scènes vous donneront des sueurs froides et aéreront vos parties. Cependant, je regrette la disparition de l’ambiance Arabe, si rare dans le monde du jeu vidéo. La personnalité du musculeux protagoniste se révèle aussi moins bien restituée. Plus énervé, le Prince en devient aussi plus discret et moins cocasse. Si PoP 1 était une démonstration de game design, le deuxième volet ne brille pas du même génie. La seconde partie du jeu nous fait, en effet, retraverser les mêmes lieux aperçus dans la première. L’Âme du Guerrier est une suite de grande qualité, mais est loin d’égaler son ainé.
Battles of Prince of Persia – 2005 – DS
Surfant sur la mode des jeux de cartes à la Yu-Gi-Oh ou Kingdom Hearts : Chain of Memories, Battles of Prince of Persia est le premier spin-off de la saga. Cet épisode se révèle problématique aujourd’hui, car il se positionne scénaristiquement entre Les Sables du Temps et L’Âme du Guerrier. Précisément à la place revendiquée par Les Sables Oubliés, le nouveau volet next-gen. Les deux histoires vont-elles se chevaucher ? L’une va t-elle prendre la place de l’autre ? Même si vous aurez la réponse dans le test de mercredi, la trame de ce chapitre DS est si accessoire que je doute fort qu’elle prenne le pas sur le nouvel opus.
L’histoire
Comme vous le savez, en libérant les Sables du Temps dans PoP 1, le Prince a éveillé le Dahaka. Traqué de jours en jours par ce dernier, notre héros n’a rien trouvé de mieux, pour oublier son fardeau, que de provoquer une guerre entre le royaume de Perse et celui d’Inde. Une intrigue brève, mais il ne fallait pas s’attendre à mieux pour un petit jeu DS qui ne tire son prestige que de son nom.
Abattons nos cartes
Le changement d’optique intervient donc autour d’un gameplay façon jeu de stratégie. Trois nations (Perse, Indienne et Dévas) et neuf généraux (dont le Prince) vous seront proposés dans cette conquête au tour par tour. Ressemblant dans son déroulement à un Advance Wars ou a un Fire Emblem, vous déplacez vos troupes sur une carte. A chaque rencontre avec un ennemi, un changement de plan intervient pour dévoiler le champ de bataille. Le système pierre-feuille-ciseaux est aussi de la partie pour régir le rapport de force entre les unités. Comme nous sommes dans une guerre de royaume, l’aspect T-RPG est mis en avant via la gestion de masse des rixes. Vos unités ne représentent non pas un héros, mais un groupe de guerriers d’un certain rang (archer, magicien, etc.) et leur moral peut être affecté en fonction de leur efficacité sur le terrain. Même si avec le temps, le titre propose plus de subtilités, Batlles of Prince of Persia ne se révèle être qu’un sous T-RPG, techniquement pauvre et vraiment peu stimulant.
Prince of Persia : Les Deux Royaumes – 2005 – PS2, GC, PSP, Wii, PC
Dernier chapitre de la trilogie des Sables du Temps, cet épilogue prend un virage moins action et intègre un soupçon d’infiltration. Un second personnage entre en scène, mais il ne s’insère pas seulement dans le scénario, il est jouable !
L’histoire
Après avoir brisé les Sables du Temps, été traqué durant sept années par le Dahaka, être allé jusqu’à l’île du Temps pour convaincre son Impératrice de ne pas créer les Sables, notre vaillant prince ne trouve toujours pas le repos. De retour dans sa ville natale, il découvre Babylone en proie aux flammes. L’incompréhension s’empare de lui, car tout aurait dû s’arrêter, les Sables n’ayant pas été créés, les sept ans de malheur auraient dû être balayés pour laisser place – enfin – à un retour à la tranquillité. Mais le temps n’aime vraiment pas qu’on se joue de lui. Échoué sur le rivage, vous assistez impuissant à l’enlèvement de votre belle (en effet, si vous avez terminé PoP 2 avec la vraie fin, c’est-à-dire en trouvant les neuf fontaines secrètes, vous savez que Kaileena est maintenant de votre côté). Plus vous vous engouffrez dans la ville et plus la désolation ensevelira le jeune héritier. Le Vizir du premier épisode n’est pas mort. La Dague ayant été rendue, les aventures de PoP 1 n’ont donc pas eu lieu. Le Vizir est bel et bien vivant, toujours plus assoiffé de pouvoir. Suite à un événement, que je ne dévoilerais pas, la ville de Babylone est recouverte par la puissance des Sables. Le Prince se situant à proximité de l’évènement, il s’en retrouve affecté. Cet évènement aura pour conséquence de révéler chez lui son côté le plus sombre. Une sorte de nouvelle entité va naître : le Dark Prince. Doté d’une conscience propre, ce dernier manigance de sombres plans dans le dos de notre héros .
Le meilleur des deux mondes
Deux nouveautés principales sont intégrées à cet épisode : des phases en chars et une orientation plus infiltration. Concernant ce dernier point, chaque combat pourra être engagé de deux manières : l’une brutale, en fonçant comme une buche dans le tas, et une seconde, plus fine, où vous userez du Speed Kill, nouveau mouvement basé sur la discrétion. Vous pourrez ainsi achever vos victimes (jusqu’à trois d’un coup) en tapinois. Le jeu s’aborde donc différemment selon votre envie. Entre la discrétion et la violence, quelle arme choisirez-vous ? Prince of Persia : Les Deux Royaumes, est sans conteste l’épisode le plus abouti. Il sait se montrer profond et efficace. Le Dark Prince est un personnage captivant, drôle et inoubliable. Il vous fera partager l’aspect schizophrène du Prince et révèlera celui qui sommeille en chacun de nous. Les situations se révéleront parfois comiques, mais souvent authentiques d’humanité. Des passages touchant mettant en scène un héros assailli par l’amour, hanté par la vengeance, tiraillé par une conscience belliqueuse et, bien évidemment, une femme interviendront régulièrement. L’épilogue est superbe, mais sa quintessence ne pourra être atteinte que si vous avez terminé les deux premiers volets.
Chaque épisode apporte quelque chose d’essentiel. Le premier a bâti de superbes fondations : une ambiance merveilleuse, un gameplay exemplaire, un level design génial et une narration originale. Le second confirma, en rééquilibrant la balance action / plate-forme tout en agrémentant le panel de coups du héros. Enfin, le troisième, vrai melting-pot, chaparda le meilleur de chacun. Tous ces éléments se mêlent et se croisent sans aucune redite, dans une cohérence rarement égalée. Cette trilogie représente ainsi un vrai bijou vidéoludique.









