Vos contributions : Les astuces de la localisation des jeux vidéo

Une contribution de lecteur consacrée au travail de localisation de nos jeux vidéo.

Les passionnés des jeux vidéo de longue date se rappellent sûrement des premiers temps de leurs passion quand ils restaient pendant des heures devant leurs moniteurs, le cœur serré, hypnotisés par le mouvement « trépidant » des deux lignes et du point de la version primitive en 2D et en noir et blanc de ping-pong, qui n’en étaient pas moins à l’occasion de matchs frénétiques. Pour de tels jeux, la localisation n’était pas nécessaire parce qu’ils s’appuyaient sur un langage international, facile à comprendre et sans connotations culturelles particulières. Mais l’évolution de la technologie a rendu les jeux vidéo de plus en plus complexes, et aujourd’hui les éléments visuels et sonores contiennent un très grand nombre de connotations qui doivent être adaptées pour éviter que l’utilisateur final ait une expérience négative lorsqu’il joue.

Avec une telle complexité des jeux vidéo, la localisation est devenue un processus important dans le développement de ces applications. Même si le Japon et les États Unis sont les principaux créateurs de jeux vidéo, ils ne se limitent pas à leurs marchés locaux et leurs produits s’adressent à une audience globale. C’est alors que la localisation joue un rôle qui influence directement les ventes du jeu, en le rendant accessible par les joueurs du monde entier.

Modèles de localisation

Il ya deux modèles de base de localisation. Le premier, désigné en anglais par le terme « Sim-Ship » ou « livraison simultanée », consiste à intégrer le processus de localisation dans le développement proprement dit du jeu de telle manière, qu’au moment du lancement, le jeu soit disponible pour toutes les cibles internationales. Le deuxième, appelé « Post-Gold » en anglais, consiste dans l’adaptation et la traduction du jeu pour ses audiences spécifiques après le lancement de la version originale.

En ce qui concerne l’efficacité de ces deux modèles, le premier, « Sim-Ship », semble être une meilleure option. Réaliser la localisation simultanément avec le développement du jeu rend le processus plus facile d’un point de vue technique et maintient les coûts à un niveau plus bas. Cependant, avant de décider des marchés pour lesquels il convient de localiser le jeu, il est indispensable de procéder à une analyse détaillée afin d‘éviter d’offrir un produit à un public qui ne l’apprécie pas ou n’en a pas besoin. D’autant que si l’on découvre de nouveaux marchés plus tard, il sera toujours possible de procéder à l’adaptation du jeu après son lancement sur le marché original.

Quand les développeurs ont pris conscience de l’importance du processus de localisation, ils ont commencé à faire leurs premiers pas dans ce processus d’une façon très timide. Comme toute nouvelle démarche, la localisation a connu des erreurs mémorables. C’est le cas par exemple de la traduction du jeu « Zero Wing » pour la division européenne du développeur japonais Sega Mega Drive, qui est restée dans l’histoire pour ses quelques erreurs devenues célèbres, surtout dans sa version anglaise : « All your base are belong to us ».

Doublage des voix de personnages

Quand on en arrive au doublage des voix des personnages, la situation devient plus complexe et délicate. Même si le doublage est la solution optimale, si le ton des voix et la traduction étrangère ne sont pas fidèles à la version originale, il peut nuire à l’expérience offerte par le jeu. Ces dernières années, les gamers sont devenus très sensibles à ce type de détails. C’est pour cela qu’on retrouve souvent des acteurs célèbres derrière les voix des personnages virtuels. Pour Fable III, par exemple, la distribution n’avait rien à envier à celle d’un film candidat aux Oscars, avec des noms comme John Cleese, Stephen Fry, Simon Pegg, Ben Kingsley ou Zoe Wannamaker. Avec des acteurs consacrés, le doublage sera d’une qualité incontestable, mais les coûts décourageront certainement les PME du domaine des jeux vidéo.

Les sous-titres offrent une solution plus abordable mais, bien qu’il s’agisse d’une option plus facile à réaliser, l’expérience de l’utilisateur final sera indéniablement moins bonne puisque moins immersive. Ces sous-titres peuvent en effet distraire le gamer de l’action du jeu et sont plus difficiles à lire surtout s’il s’agit d’un jeu au déroulement rapide. Ainsi le gamer aura du mal à se concentrer sur le message affiché quand il a devant lui une armée de créatures des ténèbres qui menacent sa base.

Perspective technologique

Outre la traduction, il existe d’autres aspects du processus de localisation qui interviennent au niveau de la conception. Les éléments visuels, textuels et sonores doivent ainsi être réalisés par couches successives pour que la séparation et la substitution par un contenu écrit dans une autre langue puisse se réaliser facilement.

Les développeurs des jeux vidéo doivent relever toute une série de défis quand ils en arrivent au processus de localisation. Un projet d’adaptation pour un marché étranger peut devenir coûteux si on veut rester fidèle aux éléments de l’original, mais une fois cette démarche finalisée, le marché pour le jeu s’élargit et beaucoup plus d’utilisateurs seront susceptibles de l’acheter. Les efforts et ressources investis dans la localisation offriront alors un retour sur investissement significatif.

Par Dan Aldulescu, chargé marketing chez l’agence de traduction et de localisation Lingo24.

 

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